En 2019, OMIO (ex-GoEuro) affiche clairement ses ambitions internationales. Quelques mois après avoir choisi un nouveau nom, la plateforme de réservation multimodale annonce le rachat de Rome2rio considéré jusqu’alors comme concurrent principal à l’international. TOM.travel s’est entretenu avec Bertrand Etienne, Country Manager Europe d’OMIO, pour en savoir plus sur ce qu’il considère comme un « mariage de raison » et connaître sa stratégie pour devenir un acteur du MaaS longue distance.
Quelles sont les raisons du rachat de Rome2rio ?
Bertrand Etienne, Country Manager Europe OMIO. Crédits : OMIO
Parmi les motifs qui ont entrainé le rachat, nous pouvons citer deux raisons principales. Rome2rio peut-être perçu comme un concurrent d’OMIO mais avant tout comme une solution complémentaire et très efficace dans la planification de voyages. Une phase située en amont du cœur de métier d’OMIO qui reste la réservation et le paiement. Au-delà de la complémentarité des deux solutions, nous avons été impressionnés par leur savoir-faire technique. Ils sont parvenus à développer le meilleur algorithme du marché pour permettre aux voyageurs d’aller de A vers B, il suffit de constater le très faible volume de recherches n’aboutissant à aucun résultat. Il s’agit en réalité d’un mariage de raison qui permet aux deux parties d’acquérir un savoir-faire sur des segments complémentaires à leur cœur de métier.
Compte tenu des différences de notoriété en fonction des régions, nous avons fait le choix, dans un premier temps, de continuer d’opérer distinctement les deux marques. Nous commençons à développer les bases de cette collaboration, mais cela prendra du temps. L’intégration de la technologie multimodale de Rome2rio dans OMIO constitue un exemple de développement invisible pour l’utilisateur. À l’inverse, la redirection depuis Rome2rio vers OMIO pour procéder à la réservation est un exemple de mise à jour qui scellera notre mariage tout en rendant le parcours utilisateur aussi efficace que possible. À long terme, l’idée de fusionner les deux marques n’est pas à écarter. Les utilisateurs et les statistiques donneront le ton.
Qui sont vos concurrents directs désormais ?
En France, 50 % des achats se font encore au guichet. Aujourd’hui, la principale concurrence vient du « offline » bien que la tendance semble s’inverser. Sur des segments spécifiques comme le train, nos principaux concurrents restent OUI.sncf et Trainline. OMIO se distingue en revanche sur le multimodal, en étant le seul positionné sur 4 types de transports et intégrant également le covoiturage avec BlaBlaCar.
Vous avez annoncé votre volonté d’internationalisation en 2019. Votre marque est-elle connue en dehors de l’Europe ?
OMIO réunit actuellement 800 compagnies de transports aérien, ferroviaire, routier et maritime. Nous avons une couverture forte sur 18 marchés européens dont les 5 principaux sont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. OMIO a une forte notoriété auprès des utilisateurs locaux qui réalisent notamment plus de 70 % de leurs recherches et transactions depuis notre application mobile, la seule à réunir du transport longue distance multimodal.
Cette expérience unifiée sur la région Europe attire également les voyageurs intraeuropéens qui apprécient de pouvoir réserver leur voyage en quelques secondes. Le même constat s’applique aux touristes internationaux qui découvrent un outil unifié leur permettant de réserver dans leur langue et avec le moyen de paiement de leur choix pour leur séjour en Europe. Dès 2020, nous accélérerons notre développement sur les marchés américain et sud asiatique.
Comment devenir un guichet unique du transport longue distance (MaaS) alors que les transporteurs aériens privilégient la réservation directe ?
Nous assistons actuellement à une course féroce entre acteurs digitaux qui veulent devenir les guichets uniques de la mobilité intra-cité. Notre ambition finale est également de devenir la référence pour tout transport intercité. Notre marché est cependant beaucoup plus ancien et complexe à adresser en raison d’une hyperfragmentation des acteurs mais aussi des usages. L’aérien s’est fortement digitalisé, le bus également alors que la distribution ferroviaire est encore très physique.
C’est donc une bataille beaucoup plus longue que nous menons au travers d’importants investissements technologiques. C’est d’ailleurs ce savoir-faire que nous avons développé en matière de réservation et de paiement qui pousse les compagnies aériennes à choisir OMIO. Compte tenu de l’ensemble de ces spécificités, je pense qu’il n’y aura pas un seul guichet unique du transport multimodal longue distance mais que 3 ou 4 acteurs domineront le marché.
Photo d’ouverture : Yassine Khalfalli