Alors que s’ouvre aujourd’hui la très attendue exposition de Léonard de Vinci au Musée du Louvre, TOM a eu l’occasion de tester l’expérience en réalité virtuelle proposée au cœur du parcours : « En tête-à-tête avec la Joconde ». L’expérience, très réussie, permet d’en apprendre plus sur l’œuvre et son auteur, tout en montrant des détails du tableau. Un projet qui pose des questions sur la virtualisation de la Culture et du Tourisme.
C’est une exposition d’exception qui vient de commencer aujourd’hui au Musée du Louvre. Jusqu’au 24 février 2020, les amateurs d’art pourront admirer une rétrospective du travail de Léonard de Vinci. Dix ans de travail ont été nécessaires pour rassembler et analyser les œuvres du maître du clair obscur. 180 œuvres sont présentées sauf la Joconde qui restera dans sa salle habituelle. Qu’à cela ne tienne, les visiteurs auront une autre manière d’admirer l’un des tableaux les plus connus dans le monde, et ce, en réalité virtuelle. C'est la première fois que le Musée du Louvre propose cette technologie dans ses murs.
En tête à tête avec la Joconde
Emissive, spécialiste des expériences immersives en réalité virtuelle, a créé en partenariat avec l’équipe du Musée du Louvre et HTC Vive Arts une expérience nommée « En tête-à-tête avec la Joconde ». TOM a eu la chance de tester ce dispositif en avant-première. D’une durée de 8 minutes environ, l’utilisateur est d’abord plongé dans le Musée du Louvre, où se trouve actuellement le tableau. Au fil de l’expérience et des explications, il rentre dans l'oeuvre jusqu’à être téléporté au même endroit que Lisa Gherardini, la femme qui a posé pour Léonard De Vinci. Proposée en haute résolution, l’expérience reconstitue Mona Lisa en 3D qui réagit aux explications du peintre sur le tableau. On apprend notamment que la femme n’a pas les cheveux détachés, mais qu’elle porte en réalité un voile qui laisse sortir quelques mèches de cheveux sur le devant. Mona Lisa le démontre en direct et ne manque pas de nous faire hocher la tête d'approbation. L’expérience finit par nous plonger dans le décor d’une loggia où l’œuvre aurait pu être peinte.
©Emissive
Des détails complexes à retranscrire
Pour mettre au point la vidéo en réalité virtuelle, 5 mois de travail ont été nécessaires. L’agence Emissive a travaillé en étroite collaboration avec les conservateurs et les spécialistes du musée du Louvre qui vérifiaient l’exactitude du contenu et de la représentation de Mona Lisa. Le programme de soutien de l’art HTC Vive Arts a également participé au projet. C'est lui qui fournit notamment les casques de réalité virtuelle et qui a financé le projet à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros.
Pour reconstituer la femme de Francesco del Giocondo (on apprend dans la vidéo que le nom « Joconde » ou « Gioconda » en italien vient du nom de son mari) en 3D, Emissive n’a pas utilisé l’intelligence artificielle. « Pour reproduire la même lumière et un niveau de détails fidèles à de Vinci, il nous fallait plus que de l’intelligence artificielle », explique Emmanuel Guerriero, co-fondateur d’Emissive. En s’appuyant sur les données fournies par le Musée du Louvre, l’agence a dû en quelque sorte créer une nouvelle œuvre, en réalité virtuelle, basée sur l’original. Le projet était artistique avant tout, et non pas informatique.
©Emissive
La réalité virtuelle comme exhausteur de réalité
Emissive travaille également avec un autre musée actuellement, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Sur ce projet, elle a mis au point avec d’autres partenaires une expérience en réalité virtuelle qui se fait en groupe. Équipé d’un casque et d’un dispositif placé dans un sac à dos que le visiteur porte, le groupe peut visiter la pyramide de Khéops de manière virtuelle. Chaque utilisateur peut se déplacer dans les 200 m² de l’espace d’exposition. Il ne risque pas de se cogner à son voisin car chacun apparaît sous forme d’avatar. Une expérience qui dure 45 minutes et qui rappelle une scène du film Valerian et la cité des mille planètes dans lequel les touristes évoluent dans un monde virtuel.
Pour Emmanuel Guerriero, ces expériences en réalité virtuelle vont venir compléter l’offre touristique existante. « Je ne pense pas qu’elles vont tuer le Tourisme. Est-ce que la chaîne National Geographic en 4K a tué le Tourisme ? », remarque t-il. Elles permettront au contraire de faire voyager certaines personnes qui n’auraient pas les moyens de le faire, que ce soit pour des raisons financières ou physiques selon lui. Il explique notamment que certaines parties de la pyramide de Khéops ne sont pas accessibles au public par exemple. Elles le sont en virtuel. « Dans un contexte de tourisme de masse et prise de conscience écologique, la réalité virtuelle est une alternative », continue Emmanuel Guerriero. D’ailleurs, « En tête-à-tête avec la Joconde » sera disponible sur les stores de réalité virtuelle pour faire profiter toutes les personnes équipées de casques. L’expérience va également être exportée à Taïwan prochainement.
La pyramide égyptienne ne peut pas accueillir plus de 300 personnes par jour. Quant au Musée du Louvre, il peine à gérer l’afflux de touristes qui veulent voir la Joconde. « Regardez ce qui a été fait avec la grotte de Lascaux. Les gens acceptent de visiter sa réplique », ajoute t-il. Selon lui, il est possible d’apprendre plus de choses par le biais de la réalité virtuelle.
Il croit en l’émergence du MaaS, pas celui des transports, mais du Museum as a Service. L’idée que les musées ne seront plus que des lieux physiques, mais qu’ils pourront proposer des expériences virtuelles et personnalisées. « Cela va se démocratiser avec le déploiement de la 5G et du edge computing », déclare le co-fondateur. « La valeur ne résidera plus dans des objets, mais dans la capacité à raconter des histoires », conclut-il.