Au salon Autonomy qui se déroulait il y a quelques jours, TOM a rencontré Yannick Combourieu, Directeur Product Management d’e-voyageurs SNCF, la branche digitale de la SNCF. L’occasion de comprendre comment la société ferroviaire utilise cette technologie dans le MaaS (Mobility as a Service) et connaître ses ambitions dans le secteur.
Yannick Combourieu, Directeur Product Management d’e-voyageurs SNCF
Comment utilisez-vous l’intelligence artificielle au sein de e-voyageurs SNCF?
Cela fait quelques temps que nous nous intéressons à l’IA. Comment beaucoup d’entreprises, nous nous sommes d’abord intéressés aux chatbots. Notre premier chatbot date de 2016. Mais selon nous, le conversationnel n’est qu’une des multiples facettes de l’intelligence artificielle. Une équipe a été créée en début d’année, la team Asimov*. Sa mission est de créer des produits autour de la data et de l’algorithmique. Chez e-voyageurs SNCF, nous pensons que l’IA doit permettre de mettre en place des techniques, des méthodes, des machines capables de simuler l’intelligence. Cela permet de faire de l’automatisation de tâches répétitives pour pouvoir se concentrer sur d’autres plus complexes. Le système est ainsi capable de traiter un grand volume de data et de progresser. La data peut nous aider à créer de meilleurs itinéraires en temps réel. Enfin, l’intelligence artificielle permet également d’interagir avec les voyageurs, c’est là que le chatbot entre en jeu.
Quel rôle peut jouer l’IA dans le MaaS (Mobility as a Service) ?
L’intelligence artificielle permet de rendre les choses complexes en choses simples. Et justement, l’écosystème du MaaS devient de plus en plus complexe. Les acteurs se multiplient, notamment à Paris. C’est très bien car il y a de plus en plus d’offres de mobilité, mais il est difficile de savoir quel est le moyen le plus adapté. Avant, on prenait le métro. Maintenant on se demande si l’on va prendre un scooter électrique ou si l’on va combiner métro et scooter. Le monde de la Mobilité se complexifie sur la zone urbaine. Dans les zones périurbaines, c’est l’inverse qui se produit. Il existe peu d’offres de mobilité partagée. Notre but est d’avoir un moindre impact environnemental sur la planète. Il nous faut donc aider les voyageurs à se regrouper. L’enjeu est de développer le covoiturage pour les trajets quotidiens par exemple. L’intelligence artificielle va ajouter une couche d’intelligence pour réfléchir aux moyens les plus optimaux pour se déplacer.
Autre enjeu, celui de la personnalisation. Certains utilisateurs vont préférer voyager dans le confort d’un VTC alors que d’autres vont préférer un transport plus économique. Autre problématique, celle de la relation client. Cela peut être un casse tête avec la multitude d’offres de mobilité. Mettre des humains pour gérer cette partie alors que les paniers moyens sont assez faibles, ce n’est pas l’idéal.
Toute cette connaissance des flux va également aider les villes à améliorer leurs infrastructures. Elles pourront par exemple ouvrir de nouvelles lignes de bus.
Concrètement, comment cette stratégie s’applique-t-elle dans vos services ?
A travers l’Assistant, nous travaillons avec un certain nombre de partenaires afin de proposer au sein d’une même plateforme plusieurs modes de mobilité. Nous travaillons avec Karhoo par exemple qui est un agrégateur de VTC. A Lyon, vous pouvez ainsi réserver un VTC via notre application Assistant SNCF. Nous travaillons également avec Uber et nous discutons avec Keolis - qui fait partie du même groupe - afin de créer des synergies.
Pour le côté personnalisation, nous nous basons sur la géolocalisation des utilisateurs et sur les données qu’ils acceptent de partager pour pré-remplir certaines recherches. Cela permet d’avoir une approche pro-active. Si l’on sait qu’il prend régulièrement la ligne L du Transilien, nous allons lui demander s’il souhaite recevoir des informations de trafic liées à cette ligne. Ce que l’on pourrait faire également, c’est de lui proposer des mobilités alternatives si l’on constate qu’il utilise sa voiture.
La région Ile-de-France travaille à la dématérialisation des titres de transport. Est-ce une fonctionnalité que l’on trouvera bientôt dans l’Assistant SNCF ?
Tout à fait, nous travaillons dessus. Dans quelques mois, les utilisateurs seront capables d’acheter leur titre de transport ou leur abonnement Navigo directement dans l’application. On le fait déjà à Strasbourg par exemple. Nous générons des titres NFC (sans contact, ndlr) sur les smartphones Android. Nous travaillons sur iOS pour rendre le service accessible à tout le monde. D’autres régions devraient suivre également.
La SNCF veut donc devenir un acteur important du MaaS ?
Oui, nous voulons être un acteur important en France. Nous voulons nous distinguer de nos concurrents de par notre couverture géographique. Aujourd’hui, via l’Assistant, nous avons une couverture en transports en commun supérieure à Google Maps. Avec SNCF, nous avons un maillage fort dans le cadre des trains régionaux. Notre objectif est de travailler avec des acteurs locaux pour leur proposer des solutions. L’enjeu du MaaS est presque un enjeu national.
Notre volonté est d’être une ‘maison ouverte’, c’est pourquoi nous travaillons avec nos concurrents du MaaS. C’est le cas d’Uber par exemple. Mais je pense que nous avons les armes et l’avance nécessaire pour tirer notre épingle du jeu.
*inspirée de l'auteur de science-fiction Isaac Asimov. Une autre équipe de la SNCF s'appelle Jarvis, en référence à l'IA d'Iron Man, qui elle s'intéresse davantage au conversationnel.
Photo d'ouverture: Seb Zurcher