Comment l’identité numérique peut fluidifier chaque étape d’un voyage

Pour améliorer la sécurité lors des contrôles de voyageurs et fluidifier le passage de ces derniers aux différents points de contact que comporte un…

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Hugo Pellegrin

18 septembre 20196 min de lecture

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© Archives Travolution

Pour améliorer la sécurité lors des contrôles de voyageurs et fluidifier le passage de ces derniers aux différents points de contact que comporte un déplacement d’affaires ou de loisirs, de nombreux acteurs voient dans une plateforme de gestion de l’identité numérique des voyageurs une opportunité. L’initiative One ID de IATA ou le système KTDI (Known Traveller Digital Identity) du World Economic Forum posent les bases de ce concept émergent qui intéresse également les gouvernements pour plus d’efficacité aux frontières. Compte tenu de sa position transverse unique au sein de l’industrie, Amadeus veut apporter sa pierre à cet édifice, capable de réinventer l’expérience de voyage de bout en bout. TOM s’est entretenu avec Marion Mesnage, Head of Research and Innovation Amadeus, pour savoir où en est le développement de sa plateforme Traveler ID et quels avantages elle offre aux acteurs de l’industrie.

Marion-Mesnage-Amadeus-IT Marion Mesnage, Head of Research and Innovation Amadeus. Crédits : Amadeus

En quoi consiste le programme « Traveler ID » ?

Marion Mesnage : À travers notre plateforme nous souhaitons connecter les voyageurs à l’ensemble de nos clients qui peuvent être des hôtels, des aéroports, des compagnies aériennes ou des loueurs de voitures. En nous appuyant sur un service de gestion de l’identité numérique, qui peut être issu d’un acteur gouvernemental ou privé comme Google, Amazon ou Verimi une startup spécialisée dans le domaine, nous souhaitons simplifier l’identification du voyageur aux différents points de contact qui composent le voyage. L’objectif étant de rendre l’embarquement, le contrôle de sécurité ou encore le check-in hôtelier le moins stressant possible pour le voyageur.

La plateforme est-elle opérationnelle ?

Nous avons un prototype en cours de développement dont les premiers livrables s’effectueront début 2020 au travers d’expérimentations concrètes avec des compagnies ou des aéroports. Certaines briques ont déjà été testées avec l’aéroport de Ljubjana (LJU) et des compagnies aériennes comme Adria Airways et Lot Airlines pour évaluer le gain de temps apporté par la solution et récolter l’avis des utilisateurs finaux. L’embarquement des passagers s’est avéré quatre fois plus rapide par rapport à la méthode conventionnelle et nous avons pu constater une bonne acceptation du dispositif par les voyageurs qui l’ont essayé, avec un taux situé entre 95 et 100 %. Lors de son enregistrement sur la plateforme le voyageur renseigne ses informations biométriques pour permettre la vérification de son identité aux différents points de contact.

L’objectif de la plateforme est ainsi de permettre l’interopérabilité des différentes identités à l’international. En d’autres termes, elle vise à permettre l’identification d’un voyageur via son identité nationale française ou chinoise, mais doit aussi lui laisser la possibilité de s’identifier via le compte de fidélisation qu’il utilise avec sa société lors d’un déplacement professionnel par exemple. Nous souhaitons ainsi libérer le voyageur de la gestion parfois complexe des contrôles d’identité tout en veillant au respect de sa vie privée, avec un usage de ses données consenti et limité à son trajet.

Certains acteurs voient dans la Blockchain un outil de stockage et de sécurisation des données biométriques, quel est votre positionnement ?

Le principe de traçabilité que comporte la blockchain présente un intérêt pour notre plateforme tout comme le principe de sécurité associé. Nous nous intéressons notamment à la capacité d’automatisation de certains services via l’exploitation des contrats intelligents ou smart contracts. Nous en sommes encore à la phase exploratoire du projet « Traveler ID » et la blockchain constitue l’une de pistes que nous surveillons de près. Comme d’autres sujets numériques, la complexité principale associée à un projet d’identité d’un voyageur réside dans l’aspect global de la solution de gestion. Le système doit être opérationnel à l’international et donc compatible avec l’intégralité des systèmes utilisés par les acteurs de la chaîne du Voyage. C’est actuellement l’un des avantages majeurs de notre plateforme Traveler ID qui peut être exploité universellement.

Quels sont les avantages de votre plateforme pour les acteurs de la chaîne du Travel ?

En premier lieu, le dispositif améliore l’efficacité des contrôles d’identité et minimise les risques de retard grâce à la rapidité opérationnelle qu’il génère. De plus, en étant capables de reconnaître un même individu lors d’un déplacement professionnel ou personnel, les acteurs seront en mesure de personnaliser davantage leurs services. La plateforme contribue ainsi à faire tomber les barrières entre les programmes de fidélisation en facilitant l’usage des Miles dans différents contextes de voyage. Dans le cadre d’un déplacement d’affaires, la solution permettra à l’entreprise ou à la TMC d’assurer un suivi permanent du voyageur et donc de mieux répondre au « duty of care ». Bien que les acteurs du Loisir ne soient pas soumis à la même contrainte, ils pourront renforcer la proximité avec le voyageur grâce à la plateforme.

En sachant que le voyageur vient de récupérer son véhicule de location à l’aéroport, un hôtelier peut par exemple préparer son accueil. À noter que l’utilisateur est toujours placé au cœur de nos réflexions, afin de s’assurer qu’il garde la maîtrise de ses données. Nous effectuons donc un gros travail de transparence, nécessaire pour qu’il sache constamment avec qui, durant combien de temps et pour quelles raisons ses données sont partagées et exploitées. À cela s’ajoute un effort de communication pour montrer comment l’usage de notre plateforme permet d’effacer les aspects stressants de son voyage grâce au partage de données. Demain, on peut imaginer que les agents de voyage proposent à leurs clients différentes gammes de voyages avec un niveau de friction plus ou moins élevé en fonction des données qu’ils acceptent de partager. Une solution de gestion de l’identité numérique des voyageurs ouvre un champ d’opportunités à l’ensemble de l’industrie. C’est pourquoi nous travaillons en concertation avec IATA, l’OACI, le World Economic Forum et l’ensemble de nos clients pour rendre ces cas d’usages possibles.

Pensez-vous que le contexte juridique actuel soit prêt et à quand estimez-vous la démocratisation de tels scénarios ?

Compte tenu du contexte sécuritaire actuel, on pense que les gouvernements vont faciliter la constitution de telles initiatives et comme il s’agit de marchés et d’usages à créer, il y a fort à parier que les législations s’adaptent aux usages. Quant à prédire la démocratisation d’un tel service, il est difficile de se prononcer. D’autant plus qu’un tel projet implique la collaboration d’une multitude d’acteurs. L’initiative One ID portée par IATA est l’un des éléments qui contribuent à la sensibilisation de l’industrie. Du côté des équipements, il faudra par exemple atteindre une masse critique d’aéroports équipés en systèmes de contrôle biométrique pour que la plateforme puisse être exploitée à grande échelle. Mais aujourd’hui, tous les éléments nécessaires à la constitution d’une telle solution existent. En tant qu’acteur avec un positionnement global et transverse, ce qui est assez unique au sein de l’industrie, je pense que nous avons un rôle important à jouer dans la démocratisation de ce projet.

Photo d’ouverture : chuttersnap

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