La mise en circulation de la donnée passera-t-elle par sa financiarisation ? TOM s’est entretenu avec Fabrice Tocco, Cofondateur et Co-CEO de Dawex, pour en savoir plus sur les ambitions de sa marketplace dédiée à la vente de données entre professionnels. Soutenue par Amadeus et regroupant 7000 entreprises issues de 20 secteurs d’activités, la startup ambitionne de créer la bourse mondiale de la donnée.


Fabrice Tocco : Après avoir monté et cédé en 2014 une société spécialisée dans la donnée pneumatique, mon associé et moi avons constaté que le secteur de la data ne disposait pas de place de marché dédiée. Actuellement, ce type de plateforme existe uniquement pour de la donnée de type « cookie ». De plus, les initiatives open data ne répondent pas à tout un pan de l’économie sur de la donnée industrielle ou de l’IoT par exemple. En 2015, nous lançons donc Dawex, une marketplace mondiale consacrée exclusivement à la vente de données via un tiers de confiance.
La plateforme permet aux entreprises de maintenir la gouvernance sur leur donnée, en décidant à qui elles souhaitent la distribuer et à quel prix. La Caisse des Dépôts (CDD) a vu dans notre plateforme une infrastructure de circulation et de distribution sécurisée de la data. En 2017, nous avons levé 2 millions d’euros auprès de la CDD ce qui nous a permis d’ouvrir notre plateforme BtoB. Nous sommes convaincus qu’à terme la data aura sa propre bourse au même titre que les matières premières. Pour cela, une place de marché mondiale est indispensable.
Pourquoi vendre via votre plateforme plutôt qu’en direct ?
Dawex permet aux sociétés d’organiser la vente de leurs données de manière structurée et sécurisée. Techniquement parlant, tous les formats de données les plus courants sont exploitables. De plus, nous utilisons les « smart contracts » pour sécuriser les contrats de licence entre fournisseurs et acquéreurs sur la blockchain Ethereum. Ces documents regroupent une multitude de métadonnées relatives aux paramètres de chaque transaction, afin d’éviter toute contestation. Quelle est la fonction d’une place de marché ? PayPal, fait de la transaction d’argents, nous sommes spécialisés dans la transaction de données.
Selon BCG, les entreprises passent 50 % du temps à rechercher de la donnée, via notre martketplace nous facilitons son accessibilité. Ce, à l’échelle mondiale quel que soit le secteur d’activité. L’accès à la plateforme est gratuit, nous avons opté pour un modèle de commission (5,5 %) sur transaction. Nous proposons également différentes options payantes à la manière des modèles « freemium ». Très rapidement, des entreprises en Europe, en Amérique et en Asie se sont inscrites sur notre plateforme qui réunit 7000 utilisateurs actuellement.
Comment évaluer et fixer la juste valeur de chaque type de donnée ?
C’est justement l’un des enjeux Dawex qui permet dans un premier temps de confronter l’offre et la demande. Le marché de la donnée doit mûrir. À mon sens, la notion de troc est très bloquante. La preuve, que ce soit dans le Travel via les transports ou dans d’autres secteurs, l’open data ne convainc pas la majorité des acteurs privés. Nous sommes convaincus que la circulation de la donnée accéléra grâce à sa financiarisation.
Ainsi, les fournisseurs proposent un prix sur la plateforme. Certains plus matures connaissent la valeur unique de leur data, d’autres suivent une logique d’amortissement des coûts. Progressivement, nous proposerons des mécanismes de sensibilité du prix sous la forme de suggestions faites au fournisseur. Par exemple : « X transactions sur des données similaires ont été faites entre tel et tel prix ».
RGPD en Europe, APPI au Japon, CCPA en Californie : la réglementation sur la protection des données personnelles ne joue-t-elle pas en votre défaveur ?
Dès la phase de développement de l’outil, nous avons collaboré avec la CNIL pour faire de la contrainte réglementaire une opportunité en intégrant ces questions dans notre technologie. Nous avons également la capacité de moduler notre outil si la réglementation évolue. Ainsi, seules les entreprises qui respectent les obligations réglementaires liées à la collecte et au traitement de données personnelles pourront les vendre via Dawex. Chaque étape du contrat de licence doit être lue et validée par le fournisseur. Ainsi, à l’instar de PayPal, qui n’est pas responsable lorsqu’un produit interdit à la vente est vendu sur sa plateforme, nous n’engageons pas notre responsabilité sur ce sujet et protégeons l’acheteur également. De plus, avec le développement de l’IoT, de la ville intelligente ou encore de l’industrie 4.0, il existe une quantité importante de données monétisables non soumises à cette réglementation.
Quelle est votre stratégie pour distinguer de la concurrence ?
Beaucoup de startups essaient de se positionner. La plupart ne sont en fait que des agrégateurs qui revendent de la donnée ensuite. Chez Dawex, nous avons développé une deuxième offre qui nous différencie davantage. Constatant une forte demande de la part de nos clients, nous proposons depuis 2018 notre technologie en marque blanche via l’offre Data Exchange Platform.
On peut faire le parallèle avec le NASDAQ qui fournit, via sa technologie, plus de 300 marchés boursiers dans le monde. Cela correspond complètement à notre vision de créer à terme une bourse mondiale de la donnée. L’entrée au capital d’Amadeus, Bouygues Construction et d’Itochu Corporation dans le cadre de notre levée de fonds de 5 millions d’euros en mai 2019, nous conforte dans notre stratégie. D’ici 3 ans, nous souhaitons réunir entre 20 et 30 milles entreprises.
Photo d’ouverture : Aditya Vyas

