Avec un panier journalier de 70 € par voyageur et des dépenses 15 % supérieures par rapport à un séjour traditionnel, le tourisme d’itinérance représente un marché attractif pour les professionnels du tourisme. TOM a échangé avec Pascal Cotte, COO de MyTripTailor, qui vient de lancer son application mobile pour en savoir plus sur l’évolution du segment et le rôle des technologies pour mieux répondre aux attentes de ses adeptes.


Comment évolue le tourisme d’itinérance en France ?
L’itinérance, c’est le séjour touristique axé sur le déplacement d’étape en étape sur plusieurs jours. Et ce, quel qu’en soit le type de pratique : à vélo, à moto, à pied, en voiture, etc. Partant de cette définition, il existe une multitude de séjours qui peuvent être considérés comme de l’itinérance. Selon la Fédération Française du Vélo (FFV), l’itinérance à vélo génère à elle seule un CA de 2 milliards d’euros. Avec une durée de séjour comprise entre 5 et 7 jours et un panier journalier moyen de 70 € par personne, le marché est d’autant plus attractif pour les professionnels du tourisme.
En général, un séjour en itinérance génère 15 % de dépenses supplémentaires par rapport à un séjour fixe. Malgré la multiplicité des pratiques qu’il englobe, le tourisme d’itinérance connaît un intérêt croissant de la part des voyageurs. Selon la FFV, la pratique du vélo connaît un essor significatif avec +14 % de passages en 2 ans sur les véloroutes et voies vertes de France. De son côté, la Fédération Française de Randonnées (FFR) enregistre une croissance continue de ses adhérents depuis 5 ans. En croisant nos données à celles de GTA et la DGE, nous constatons également que 50 % des départs itinérants se font sur les ailes de saison.
Existe-t-il un profil type de touriste itinérant ?
Difficile d’en dresser un portrait-robot compte tenu des différents types de pratique. En quête d’aventure, le touriste itinérant est avant tout à la recherche d’autonomie. Il veut être acteur de son séjour et recherche l’indépendance sur fond d’organisation tranquillisante. Quant à la provenance, 40 % de la clientèle itinérante en France est d’origine étrangère : Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Grande Bretagne. La pratique réunit tout de même une variété de profils. À vélo, le touriste type est un homme âgé d’une cinquantaine d’années attiré par la sensation d’aventure. Quant à l’adoption de MyTripTailor, il s’agit d’une audience essentiellement française et éclectique, plutôt féminine et active, qui aime le voyage, la gastronomie et les achats en ligne.
Quel rôle joue la technologie dans la démocratisation de ce type de séjour et quelle opportunité représente-t-elle pour les acteurs du Tourisme ?
Aujourd’hui il est bien plus facile d’organiser son séjour en ligne et d’être informé sur place grâce à la 4G. Organiser son séjour en itinérance sans agence est possible. Le voyageur a moins peur de partir et gagne en autonomie. Notamment grâce à une communication facilitée en cas de problème, via les outils GPS ou applications mobiles qui permettent d’être guidés. L’ensemble de ces systèmes rassurent le voyageur et facilitent ainsi le départ en voyage en itinérance.
Le développement technologique a également transformé les attentes des voyageurs, mais aussi la préparation et la façon de vivre le séjour. Désormais le touriste veut vivre une expérience et a besoin de personnalisation, d’autonomie et d’authenticité. Cela implique de repenser entièrement l’offre et les outils permettant de la distribuer. L’évolution est en cours, avec notamment la mise en place de plateformes permettant d’agréger toutes les prestations : transport, hébergement, activités sur place, etc. Représentant 42 % du total des visites des supports Web des acteurs privés du tourisme en France, le mobile est le point de contact numéro 1 dans le secteur. Or, nous n’avons pas encore assisté à la création d’une application mobile qui s’est imposée comme une référence auprès des voyageurs.
La qualité du réseau mobile dans certaines zones rurales ne limite-t-elle pas la création d’expériences touristiques sur mobile à destination de ces voyageurs ?
Effectivement un réseau mobile peu fiable peut limiter la création d’expériences dans les zones concernées. Mais les acteurs du voyage s’adaptent à cette contrainte et y répondent. Si l’on prend comme exemple notre future application mobile compagnon MyTripTailor, elle fonctionne entièrement hors ligne une fois les informations chargées sur le téléphone en zone couverte, avant le départ par exemple. Sur le terrain, plus de contrainte liée à la qualité du réseau mobile : le guidage utilise le système GPS du téléphone, sur lequel toutes les informations de l’itinéraire auront elles aussi préalablement été téléchargées.
Comment MyTripTailor évolue-t-il pour s’adapter aux attentes du marché ?
Depuis décembre 2018, nous avons ajouté une vingtaine d’itinéraires supplémentaires avec une forte concentration sur les mobilités douces. En témoigne notre partenariat avec la FFV qui donne accès à leur contenu certifié et par exemple à leur trace GPX. Cela nous permet de développer de nouveaux produits plus aboutis ou de renforcer ceux déjà présents sur le site MyTripTailor. En BtoB nous souhaitons développer notre catalogue d’offres avec des développements à l’étranger. Un premier test est prévu avec l’office de Tourisme de Catalogne notamment. Nous sommes en discussion avec plusieurs destinations intéressées par notre solution. L’Ardèche a d’ailleurs déjà mis en ligne des produits élaborés à partir de notre outil de construction d’itinéraires.
La région Rhône Alpes nous a également confié la digitalisation de l’offre ViaRhona qui comprend la création de plusieurs itinéraires à partir du contenu Michelin. Enfin, nous avons lancé une application mobile qui se veut le compagnon de voyage du touriste itinérant. Grâce aux tracés GPX, il fonctionne parfaitement en mode hors-ligne et permet d’être guidé dans les zones blanches. Notre client retrouve sur l’application l’ensemble de ses prestations réservées sur notre site, avec par exemple le numéro de réservation de ses hôtels ou les vouchers de ses activités. De plus, grâce aux notifications il accède à des suggestions d’activités sur place. Une aubaine pour les pros du Tourisme. Actuellement, seulement 4 % des touristes itinérants réservent leur activité en amont du séjour.
Photo d’ouverture : MyTripTailor
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