La seconde édition du Global LiFi Congress a été l’occasion d’imaginer les cas d’usages de cette technologie pour les acteurs de l’aéronautique. Une table ronde a été organisée afin de présenter les applications et les enjeux de l’Internet de la lumière dans l’industrie.
« Mon travail consiste à assurer l’implémentation du Wi-Fi en cabine. Il y a trois ans, j’ai commencé à réfléchir à l’étape suivante. Après ma rencontre avec l’équipe d’Oledcomm, le LiFi est apparu comme une excellente alternative », a expliqué Cyril Brand, Manager BE Avionique Air France. Dès septembre, le transporteur sera le premier au monde à tester le dispositif en vol. L’occasion d’évaluer la réaction des passagers et du marché. La compatibilité du LiFi avec l’intégralité des IFE constitue un avantage considérable. Cette autoroute de la donnée offre une vitesse de connexion 100 fois supérieure à celle du Wi-Fi. Mais la valeur du dispositif ne réside pas uniquement dans ses performances. Son intégration en cabine va permettre de faire évoluer la façon dont est conçu l’intérieur d’avion tout en générant une économie de poids.
© Latécoère
« La fibre optique est mille fois plus légère que le cuivre. Le LiFi permettra également aux compagnies aériennes de supprimer les boitiers d’1kg sous les sièges qui servent à la communication de données », a détaillé Serge Berrenger, Senior VP Innovation and R&T. En fonction de l’architecture retenue, les experts s’attendent à une économie équivalente au poids de 10 à 20 personnes par appareil. Pour Orange, qui s’est également lancé dans le secteur de la finance, le LiFi offre également une opportunité d’améliorer les transactions en vol. « Actuellement, les compagnies aériennes doivent attendre d’atterrir pour valider les transactions effectuées en vol. Demain, le PNC sera en mesure de valider instantanément un paiement en vol grâce à l’intégration du LiFi en cabine », a déclaré Micheline Perrufel, Ingénieur de recherche et Project Manager LiFi Orange.
Un système opérationnel dès 2020
« Son intégration au sein des appareils s’effectuera dans un premier temps au travers des écrans installés dans le dossier des sièges. Dès que les smartphones seront équipés de capteurs LiFi, nous pourrons mettre en place d’autres dispositifs », a annoncé Serge Berrenger, Senior VP Innovation and R&T, Latécoère. Cette technologie nouvelle offre une opportunité aux équipementiers de mettre à jour des systèmes d’information datant de près de 50 ans. Une bonne nouvelle pour les transporteurs dont les appareils ont une durée de vol de 30 ans environ. L’intégration du LiFi réduit donc le risque d’obsolescence tout en offrant de nouvelles applications aux passagers dont les attentes ont fortement évolué.
Qu’en est-il du coût d’installation ? « Le changement de l’architecture câblée s’effectue tous les 6 ans dans le cadre de la maintenance des avions », a expliqué Cyril Brand, Manager BE Avionique Air France avant d’ajouter : « Air France proposera à d’autres compagnies l’installation de l’infrastructure nécessaire à l’implémentation du LiFi en cabine ». L’intégration présente tout de même quelques contraintes. Comment assurer une connexion sans pour autant devoir allumer la lumière en permanence dans la cabine ? En utilisant des rayons infrarouges. De quoi permettre à un passager de regarder une série sur son smartphone sans déranger son voisin qui dort. Cofinancé par Air France, Oledcomm et Latécoère, le projet d’implémentation du LiFi au sein des avions est également soutenue par la DGSI. Latécoère a indiqué que sa solution LiFi destinée aux transporteurs sera opérationnelle dès 2020. Et si les passagers sont connectés en LiFi, les avions seront toujours reliés à l’internet satellitaire. « Aujourd’hui, une compagnie paie 10€ par gigabyte consommé. Les constellations de satellites en bas orbite permettront de réduire le coût de la connexion », a détaillé Serge Berrenger de Latécoère. Un domaine d’activité étroitement lié à l’avènement de la 5G.
Un seul pilote dans le cockpit
Depuis 4 ans, Airbus réfléchit de son côté à l’intégration de l’internet de la lumière dans le cockpit. Plus sécurisé que le Wi-Fi grâce à un signal moins évasif, il ne présente aucun risque d’interférence électromagnétique. « Nous réfléchissons à son intégration dans le cockpit pour connecter le casque et la tablette des pilotes de manière plus confortables pour eux et plus sécurisée », a expliqué Phillipe Prilleux, LiFi Project Leader, Technologic Network Engineer for Avionics Ressources Airbus. L’ingénieur a également expliqué qu’il réfléchissait à un nouveau casque intégrant un capteur biométrique afin de surveiller par exemple le rythme cardiaque des pilotes.
Une maquette de casque pour pilote intégrant le LiFi et un capteur biométrique © TOM
« D’ici moins de 5 ans », l'avancée des travaux de recherches du LiFi dans le cockpit pourrait supporter le concept d'un seul pilote d'avion à maturité. L'occasion de proposer aux autorités et aux compagnies aériennes d'adopter cette approche. Identifier l’endroit idéal pour l’intégration des points d'accès, tenir compte de la réflectivité des matériaux ou encore s’assurer que la connexion sera maintenue s’il y a de la fumée dans le cockpit… Autant de contraintes techniques que les équipes d’Airbus tentent de résoudre dans le cadre du projet ALC (Aircraft Light Communication). Encore au stade de maquette, la version industrielle des casques LiFi pour pilote devrait voir le jour d’ici 5 ans.
Photo d’ouverture : TOM
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