#VivaTech : quand le privé remet la conquête spatiale au goût du jour

A VivaTech, la stage X a accueilli une conférence intitulée "Beam me Up, Scotty : The New Space race" visant à décrire la mutation qui s'opère depuis quelques…

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Hugo Pellegrin

17 mai 20194 min de lecture

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Jean-Christophe Henoux, VP future program d’ArianeGroup, Jeremy Wilks, Journaliste d'Euronews et Holly Ridings, Chief Flight Director de la NASA sur la Stage X à VivaTech.© TOM

A VivaTech, la stage X a accueilli une conférence intitulée "Beam me Up, Scotty : The New Space race" visant à décrire la mutation qui s'opère depuis quelques années dans l'industrie aérospatiale. Animée par Jeremy Wilks, Correspondant espace, sciences et technologies pour Euronews, la table ronde réunissait Holly Ridings, Chief Flight Director pour la NASA, et Jean-Christophe Henoux, VP future program d’ArianeGroup, une coentreprise lancée il y a 3 ans par Safran et Airbus. 

Après un rapide tour de table, le correspondant d’Euronews a demandé aux conférenciers quelle était leur définition du nouvel âge spatial communément appelé « New Space » outre-atlantique. Pour la NASA, l’apparition du terme remonte environ à sept ans, lorsque l’agence a commencé à envoyer des cargos en éclaireur sur l’ISS en préparation à des vols habités. « C’est à ce moment que nous avons décidé de nouer des partenariats avec des sociétés privées et à renforcer la collaboration internationale », a expliqué Holly Rings. Ainsi, la société Space X met à disposition ses lanceurs tandis que les programmes de recherches spatiales européens (ESA) et japonais (JAXA) fournissent leurs véhicules de transferts automatiques (ATV).

Le renouveau de l'industrie aérospatiale

Pour Holly Ridings, première femme à la tête du centre spatial américain, le New Space correspond « à la nouvelle architecture de l’industrie spatiale ». Ce concept de « commercialisation » de l’industrie spatiale résulte notamment du progrès technologique. « Il y a 50 ans, se rendre dans l’espace était difficile et cher. Aujourd’hui une société peut créer un modèle économique rentable dans le secteur », a-t-elle résumé. En 1961, la facture du programme Apollo s’élevait à plus de 15 milliards de dollars. La mission d’exploration lunaire sur laquelle travaille ArianeGroup représente « un coût inférieur à 300 000 millions d’euros ».

L’affaire de tous

Jean-Christophe Renoux a indiqué que l’Agence Spatiale Européenne (ESA) développe la même approche que la NASA visant à inciter des acteurs privés européens à se lancer dans la course. Mais pour lui, le « New Space » ne doit pas être limité aux importants investissements réalisés par des sociétés privées. La réduction des barrières à l’entrée et les progrès techniques ont aussi entraîné un changement dans l’approche technologique. « Traditionnellement, l’espace était un laboratoire d’expérimentations technologiques déployées ensuite dans d’autres secteurs d’activités sur Terre », a expliqué Jean-Christophe Renoux, prenant l’exemple de la céramique utilisé d’abord par les engins spatiaux avant de servir de matériau pour les avions et les voitures.

« Aujourd’hui, nous assistons au phénomène inverse. Des innovations créées dans le domaine de la Santé, du digital ou de la Robotique sont ensuite intégrées par les acteurs de l’aérospatial », a-t-il complété. Le « New Space » est donc l’affaire de tous. Parmi les nouveaux acteurs du secteur, ArianeGroup cite notamment son partenaire PTScientists, une startup allemande financée par Audi qui veut développer une offre de « Moon-as-a-Service ». La jeune pousse conçoit des robots et des cargos lunaires et développe une offre de conseil. ArianeGroup espère lancer sa mission d’exploration européenne « dès que possible ». De son côté, la NASA vise la création d’un écosystème lunaire durable, facilitant la réalisation de missions d’explorations humaines plus fréquentes.

Des expertises complémentaires

L’implication de nouveaux acteurs gouvernementaux ou privés dans la conquête de l’espace n’est donc pas synonyme de compétition pour les conférenciers. Holly Ridings préfère parler d’un « débat sain » entre acteurs pour développer « cette industrie dans laquelle tous ont leur place ». Une vision partagée par Jean-Christophe Renoux, qui voit dans la coopération internationale une nécessité pour que chacun puisse bénéficier d’expertise complémentaire. L’Europe est performante dans la conception de satellites avec Airbus et Thales, mais aussi de lanceurs avec Ariane. Les États-Unis, eux, disposent d’une expertise dans la réalisation de vols habités.

La Lune, sixième continent ?

« Dans le fond, l’ambition commune est de créer un secteur spatial viable et performant », a précisé Jean-Christophe Renoux. « En quoi est-ce important de développer cette industrie ? », a rebondit Jeremy Wilks, journaliste d’Euronews. Pour ArianeGroup, l’exploration scientifique est essentielle et fait partie de « l’ADN de l’humanité ». De plus, les découvertes réalisées dans l’espace bénéficient énormément à la vie sur Terre en termes de technologies ou d’astronomie par exemple.

« Il s’agit d’un accélérateur du progrès humain », a précisé Jean-Christophe Renoux avant d’ajouter que l’industrie est proche de faire de « la Lune, le prochain continent terrien ». Une ambition réaliste au regard des technologies actuelles sur lesquelles travaille par ailleurs la NASA avec son projet Lunar Gateway, un vaisseau en orbite lunaire faisant office de passerelle entre la Terre et la Lune. Une vision partagée par Holly Ridings, qui a rappelé que l’absence de gravité permettait par exemple aux chercheurs de faire de grandes avancées dans le domaine médical. « Enfin, l’étude du système solaire nous permet de mieux comprendre le passé, mais aussi le futur et donc à nous y préparer », a conclu Holly Ridings.

Photo d’ouverture : TOM

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