Cocolabs veut devenir leader des marketplaces de services

Alors que les marketplaces et « one-stop-shop » ne cessent de faire parler d’eux dans le BtoB, la startup Cocolabs veut tirer son épingle du jeu en se…

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Hugo Pellegrin

16 mai 20196 min de lecture

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© Archives Travolution

Alors que les marketplaces et « one-stop-shop » ne cessent de faire parler d’eux dans le BtoB, la startup Cocolabs veut tirer son épingle du jeu en se spécialisant dans le développement des places de marchés dédiées à la vente de services. Un choix stratégique à l’heure où le Tertiaire représente 70 % de l’économie réelle et moins de 10 % du e-commerce. TOM s’est entretenu avec Anthoni Noyon, Cofondateur de Cocolabs, pour en savoir plus sur son activité et sa vision de l’évolution du commerce en ligne.

Quelle est l’activité de Cocolabs ?

Anthoni-Noyon-CEO-Cocolabs Anthoni Noyon, Cofondateur et PDG de Cocolabs. Crédits : Cocolabs

Anthoni Noyon : Cocolabs est un éditeur de marketplaces. Contrairement à la plupart des places de marché qui permettent de vendre des produits, nous nous sommes spécialisés dans le développement de Marketplaces pour l’industrie des Services. Il s’agit d’une solution qui n’a pas été développée par les acteurs référents dans la création de marketplaces que sont Prestashop, Shopify, Drupal ou Magento.

En tant que développeur, j’ai été chargé à plusieurs reprises depuis 2007 de créer des sites web pour des acteurs du Service. À chaque nouveau projet, j’avais l’impression de devoir réinventer la roue. En créant Cocolabs, j’ai donc décidé de créer un kit de développement spécifique à la création de ce type de plateformes. Baptisée Cocorico, il s’agit d’une solution open source qui facilite le travail des développeurs qui souhaitent créer une marketplace pour un acteur du Tertiaire. En parallèle, nous avons fondé Cocolabs avec Arnaud Benatsou en 2016 et réunissons actuellement 22 collaborateurs.

Ce kit de développement open source ne concurrence-t-il pas votre activité principale au sein de Cocolabs ?

En tant que partisans de l’open source, à l’instar de Magento ou Prestashop, nous défendons l’idée que toutes les entreprises, même les PME et les startups qui n’ont pas les ressources pour se payer nos services, aient la capacité de créer leur propre plateforme. Nous encourageons fortement ces acteurs à le faire. D’ailleurs, Cocorico est la deuxième plateforme la plus utilisée au monde par les développeurs et occupe la première place si l’on prend en considération uniquement les marketplaces dédiées aux Services. En quelque sorte, Cocorico constitue une vitrine de notre savoir-faire. Nous sommes convaincus qu’une société qui a les moyens de développer un tel projet ne se contentera pas d’un outil open source. Elle viendra nous voir pour notre expertise afin de créer une solution sur-mesure. Nous avons déjà édité plus d’une soixantaine de marketplaces pour ce type d’acteurs.

Pourquoi s’être spécialisé dans le Tertiaire ?

Le Tertiaire représente 70 % de l’économie mondiale, mais moins de 10 % du commerce en ligne à l’heure actuelle. Cette asymétrie entre l’économie numérique et réelle va obligatoirement s’équilibrer. La vente de services en ligne constitue la prochaine évolution du e-commerce. À noter que c’est le Tourisme qui a ouvert la voie à la pratique. Il suffit de jeter un œil à Uber, Airbnb ou encore Booking.com, qui constituent actuellement les plateformes non cotées en bourse les plus performantes*, pour s’en rendre compte. Ces acteurs ont profité d’une période durant laquelle la barrière à l’entrée était extrêmement coûteuse. En ouvrant notre technologie, nous permettons à d’autres entreprises d’arriver sur ce marché avec un coût d’entrée nul. Cela a par exemple permis à MisterB&B de concurrencer Airbnb sur un segment de niche, en s’adressant à la communauté LGBT.

MisterBnb n’aurait pas pu développer sa marketplace avec Magento ou Prestashop ?

Pas avec autant de facilité. Les solutions mises à disposition par Magento ou Prestashop contiennent des fonctionnalités purement dédiées à la vente de produits comme les frais de livraison par exemple. Cela engendre un travail de développement supplémentaire pour enlever ce type d’outil ou pour ajouter des fonctionnalités dédiées à la vente de services. Un plombier a par exemple besoin d’une fonction de geofencing pour définir sa zone de chalandise, une plateforme de cours en ligne ou de coaching à distance nécessite un module de géolocalisation qui tient compte des fuseaux horaires. Dans le Tourisme, gérer la saisonnalité des prix et la disponibilité des activités au travers d’un agenda sont autant de fonctionnalités importantes, car elles impactent les tarifs. Or, ces options ne sont pas intégrées par les éditeurs de marketplaces orientées produit.

Quelle est la valeur ajoutée de ce type de plateformes ?

En créant une place de marché, une PME peut aller concurrencer les géants. Il peut s’agir d’une proposition de valeur adaptée à une communauté captive à cela, à l’instar de MisterBnb. D’autres startups peuvent se positionner sur des thématiques de niche en aidant par exemple les touristes qui souhaitent voyager avec leur chien. Il s’agit d’un filtre qui n’existe pas sur Airbnb par exemple. Dans d’autres secteurs d’activités, la marketplace se révèle très pratique. Chaque année, 60 000 nouveaux pianos sont vendus en France et ont besoin d’être accordés. En créant sa marketplace, un accordeur de piano peut accorder ses instruments tout en gérant plus facilement sa demande de rendez-vous. La place de marché se révèle très pratique autant pour l’artisan que l’internaute qui aura accès à un agenda, une grille de tarifs ou encore des avis.

Pourquoi se démocratisent-elles actuellement ?

Avant Internet, les grandes entreprises étaient des entreprises de distribution. La quasi-totalité d’entre elles a vu le jour entre 1945 et 1965 pour reconstruire les réseaux de distribution durant l’après-guerre. Il a fallu attendre le début des années 2000 pour voir émerger de nouveaux géants. Pourquoi ? Tout simplement, car aucun nouveau modèle de distribution n’a vu le jour avant la démocratisation d’Internet, qui aujourd’hui redistribue les richesses. Amazon a construit son empire en se spécialisant dans la vente de biens, Booking.com en développant un service d’hébergements et plus tard Uber au travers d’un service de transports. Les marketplaces seront-elles le support de vente des services ? C’est un pari. À mon sens, rien ne résiste à la vente en ligne, la preuve, vous pouvez même acheter un Boeing sur eBay. Lorsque cela se produira, nous assisterons à l’arrivée des « GAFA des Services ».

Le contexte d’innovation technologique a-t-il contribué au phénomène ?

Jusqu’à présent, la technologie constituait le seul frein au développement des marketplaces. Les prix de lancement d’une plateforme ont été divisés par 8 en 10 ans, alors que la richesse fonctionnelle a beaucoup augmenté. Concrètement, l’évolution technologique a apporté un double effet « kiss cool » : les coûts baissent, et le nombre de fonctionnalités augmente en parallèle. La baisse des prix s’explique par une pression concurrentielle qui n’existait pas auparavant, en particulier grâce à l’arrivée d’éditeurs de solutions pour marketplaces.

Quelles sont vos ambitions à l’horizon 2022 ?

Nous avons une double mission à assurer dans les trois prochaines années : conserver notre leadership et que la vente de services en ligne passe d’environ 7 % à 20 %. Pour y parvenir, le plus gros challenge est d’évangéliser la vente de services au travers des places de marché. En 2008, beaucoup de sociétés ont périclité par peur de se lancer dans la vente de vêtement en ligne. La vente de chaussures a permis d’évangéliser la tendance et désormais les habits se vendent comme tout type de produits en ligne.  En voyant les taux de sollicitations de Cocolabs aux États-Unis et en Allemagne notamment, nous sommes plutôt confiants.

*Lors de l'interview, Uber n'avait pas encore effectué son introduction en bourse

Photo d’ouverture : QuickOrder

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