Un prêtre dominicain appelle à remettre l’éthique au cœur des technologies

Prêtre dominicain, le père Eric Salobir est aussi l’expert officiel en nouvelles technologies de l’Eglise.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

21 mars 20193 min de lecture

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Père Eric Salobir sur la scène du salon Big Data© BIG DATA PARIS

Prêtre dominicain, le père Eric Salobir est aussi l’expert officiel en nouvelles technologies de l’Eglise. A l’occasion du salon Big Data Paris qui a eu lieu il y a quelques jours, il a rappelé la nécessité de conserver une part d’éthique dans les technologies. Une conférence unique en son genre.

Eric Salobir est un personnage intriguant. Prêtre dominicain, il est aussi à la tête du think tank catholique Optic, l’Ordre des prêcheurs pour les technologies, l’information et la communication. C’est lui qui est derrière la rencontre organisée entre le pape François et plusieurs sociétés tech de la Silicon Valley. A 47 ans, Eric Salobir a eu plusieurs vies. Avant de faire vœux de pauvreté et de vivre dans un couvent, il était chargé d’affaires au Crédit Lyonnais. Un parcours atypique qui a attiré l’attention de nombreux spectateurs au salon Big Data Paris.

« Nous ne voulons plus qu’une entité ait le monopole sur nous »

« Quel est le point commun entre les technologies dites ‘de rupture’ ?, a questionné le père Eric Salobir au début de son intervention. C’est la personnalisation ». Pour lui, il y a une nouvelle dimension très individuelle autour des nouveaux produits et services. Le « one size fits all » a fait son temps. Désormais, les consommateurs sont des co-créateurs. « L’intelligence artificielle et la blockchain sont en train d’abolir le collectif », a-t-il continué. Pourquoi une seule monnaie alors que chacun d’entre nous peut avoir sa propre monnaie ? « La blockchain entraîne la fin de l’Etat nation sur le corps social. Nous ne voulons plus qu’une entité ait le monopole sur nous », a déclaré le père Eric Salobir.

Le transhumanisme au service de l’unicité

Nous voulons « sculpter notre propre statue » comme l’écrivait le philosophe Jean Pic de la Mirandole au XVe siècle. Une idée qui va de pair avec le transhumanisme et cette idée d’un humain augmenté. « Nous allons vers une fusion entre le carbone, les humains et les animaux, et le silicone », a expliqué le prêtre sur scène. Les prothèses en tout genre, les puces que l’on se glisse sous la peau participent de cette volonté d’être une meilleure version de soi-même. Selon lui, nous sommes des humains en transition et passons d’une évolution subie à une évolution choisie.

Mais il y a un problème derrière tout ça. Le père Eric Salobir partage la même observation que Yuval Noah Harari, auteur des bests sellers « Sapiens : Une brève histoire de l'humanité » et « Homo Deus : Une brève histoire du futur » : pour qu’il y ait des surhommes, il faut qu’il y ait des sous-hommes.

La personnalisation : un obstacle à la diversité ?

« La diversité, qui fait la force de notre humanité, s’efface derrière la personnalisation », a continué l’intervenant. A terme, nous choisirons ce que nous voulons être et ce que seront les générations futures. Le risque est de créer une société à la Aldous Huxley, emplie d’eugénisme. « Notre société se transforme, mais est-ce vraiment pour le meilleur ? a-t-il lancé avant de rassurer le public : En réalité, ce ne sont pas les technologies qui créent ces phénomènes. Ces tendances existent déjà dans notre société qui les transpose ensuite dans les technologies ».

Le rôle de la solidarité

Selon le prêtre, il ne faut pas renoncer à l’individualisation, mais à l’individualisme. Il faut donc que toutes les technologies se développent autour d’une idée de communauté de destin. « L’économie de partage est aussi une économie du chacun pour soi », a-t-il déclaré.

La question n’est pas de savoir de quelles technologies nous avons besoin dans notre société, mais de savoir quelles technologies utiliser pour créer la société que l’on souhaite. Selon lui, il faut donc repolitiser la technologie. C’est là le dessein du think tank Optic : mettre en œuvre des technologies « éthiques by design ». « Il faut remettre l’humain au centre », a-t-il continué avant de conclure sur une idée teintée de religion : « Je préfère élever un peu le niveau de vie d’un grand nombre de personnes plutôt que d’aider un petit nombre à accéder à l’immortalité ».

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