Advito : « Le prédictif permet de rendre les voyages d’affaires plus rentables »

Utiliser des algorithmes prédictifs pour rendre les déplacements plus rentables ou réduire l’empreinte écologique de l’entreprise grâce à la vidéoconférence…

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Hugo Pellegrin

26 février 20196 min de lecture

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© Archives Travolution

Utiliser des algorithmes prédictifs pour rendre les déplacements plus rentables ou réduire l’empreinte écologique de l’entreprise grâce à la vidéoconférence… Le Voyage d’Affaires n’échappe pas à la transformation digitale. TOM s’est entretenu avec Lexi Benakis, Senior Director, Intelligence & Analytics chez Advito pour connaître l’intérêt et l’évolution de ces outils dans le secteur.

Lexi Benakis Lexi Benakis, Senior Director Intelligence & Analytics chez Advito © Advito

Quel est l’impact des solutions prédictives comme Air Fare Predictor sur le sourcing et la politique voyage ?

Connaître l’évolution des tarifs et les prédictions de disponibilités des sièges permet évidemment d’améliorer l’efficacité des déplacements professionnels. J’y vois une opportunité de rendre les voyages d’affaires plus rentables. Mais l’impact principal se situe pour moi dans l’évolution des relations entre les entreprises et leurs fournisseurs.

Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle relation, plus collaborative entre ces derniers. Un acheteur va échanger de manière différente avec une compagnie aérienne car il a une visibilité sur les prix et les disponibilités. Grâce à quoi, les négociations ne peuvent qu’être plus transparentes. Et cela bénéficie à mon sens aux deux parties.

Quels types de données complémentaires utilisez-vous pour rendre vos prédictions plus précises ?

En somme, nous exploitons toute donnée liée de près ou de loin au voyage pour fournir une estimation la plus précise possible. Cela englobe les prévisions météo évidemment, mais aussi différents types d’événements importants : un concert, un congrès ou un événement politique. Nous analysons aussi la performance des compagnies aériennes au travers par exemple de leurs parts de marché. Il est également nécessaire de prendre en compte l’actualité des aéroports. Par exemple, le fait qu’un terminal effectue des travaux de rénovation est un indicateur à prendre en compte lors de l’analyse prédictive.

De la même façon, nous devons considérer les données relatives aux entreprises. Lorsqu’une société déménage dans de nouveaux locaux par exemple, cela impacte la réservation. Cet ensemble de données a un impact. Il faut noter cependant que toutes ces sources ne sont pas directement intégrées à l’outil Air Fare Predictor. Ce dernier constitue une source de données à part entière. Nos consultants se chargent de collecter et d’analyser les autres sources en complément pour fournir une prédiction plus précise de l’évolution du marché.

Pensez-vous qu’un tel outil perdra de son intérêt lorsque les compagnies aériennes utiliseront également des solutions prédictives ?

Non, car l’intérêt principal de ces outils est d’apporter de la transparence sur la disponibilité et les évolutions des prix et sièges. Jusqu’à présent, seules les compagnies aériennes avaient la main sur ces données, l’acheteur y avait très peu accès. Dès lors que les entreprises peuvent y accéder, la négociation ne peut être que plus efficace. En connaissant les tendances d’affluence futures sur un marché spécifique, les acheteurs pourront être plus efficaces dans leurs négociations, mais surtout plus confiants dans leurs choix. En face, les compagnies aériennes pourront générer plus facilement des ventes du fait de la transparence fournie sur leur inventaire. La même donnée sera accessible aux deux parties. Cela aura également un impact sur le comportement d’achat du voyageur. Celui-ci sera à même d’utiliser cette donnée prédictive en temps réel pour optimiser ses choix de réservation de manière autonome.

Croyez-vous au développement de solutions prédictives pour l'hôtellerie ou le rail ?

Sur le marché hôtelier, il existe déjà des solutions similaires. Celles-ci n’ont cependant pas tout à fait le même fonctionnement. Mais à mon sens, le marché des transports terrestres se prête tout à fait à l’usage de telles solutions. L’objectif étant de pouvoir établir un modèle proactif et prescriptif lors de la réservation. Que peut nous dire la data sur les déplacements ? Comment peut-elle rendre les outils plus intelligents ? Tels sont les enjeux du prédictif pour le marché des transports.

Dans un autre registre, la vidéoconférence peut-elle constituer une alternative aux déplacements d’affaires ?

La vidéoconférence répond à deux objectifs : générer des économies sur les déplacements des collaborateurs et réduire l’empreinte environnementale de l’entreprise. La pratique pourrait se développer à l’avenir, mais il y a encore des progrès à apporter au niveau de la performance des équipements. Plusieurs études rapportent que les équipements de vidéoconférence installés en salle de réunion sont utilisés dans seulement 8 % des cas.

Je pense tout de même que c’est un excellent outil pour discuter de sujets internes à l’entreprise. Elle permet de gagner du temps et de l’argent tout en faisant croître la productivité des collaborateurs. Cependant, l’outil n’est actuellement pas adapté pour vendre ou développer une relation commerciale avec un client. Les équipements vont certainement évoluer à l’avenir. Nous attendrons donc d’avoir plus de données sur leur efficacité afin de soutenir ou non le recours à ces solutions. 

La capacité à estimer le coût global du Voyage d’Affaires est une problématique commune à l’industrie. De quelle manière les outils peuvent-ils évoluer pour résoudre ce problème ?

Cela dépend plus d’une question d’intégration. Si l’on considère les spécificités propres à chaque pays ou région, la plupart des solutions disponibles actuellement ne sont pas adaptées au marché mondial. Quand bien même, lorsqu’une solution a cette capacité, une problématique de terrain persiste.

Parfois, au sein d’un même groupe, les pratiques diffèrent d’une région à l’autre, par exemple au niveau de la gestion des taxes. Différents jeux de données sont exploités d’un pays ou d’une région à l’autre. Ainsi, il n’y a pas de cohérence lors de l’élaboration des rapports. Nous constatons des problématiques similaires avec les outils de réservation ou les cartes affaires. Il s’agit donc à mon sens d’une problématique de terrain qui résulte des standards qui ont été établis.

Pouvez-vous détailler votre point de vue ?

Il ne s’agit pas d’évaluer seulement le coût du déplacement, mais tout ce qui y est rattaché. Un fabricant de métaux par exemple va envoyer un collaborateur avec des équipements. Ces derniers ne peuvent prendre l’avion avec lui. L’entreprise va donc livrer les équipements en avance à l’hôtel à destination. Ce type de dépenses fait partie du coût global du voyage, mais n’est pas pris en compte par les outils actuels. De mon point de vue, nous n’aurons jamais un taux de précision de 100 % sur le coût total du voyage d’affaires grâce aux outils technologiques tout simplement parce que l’architecture a déjà été établie au sein des entreprises. Un moyen d’y parvenir consisterait à recommencer à partir de zéro pour établir de nouveaux standards, ce qui semble peu probable.

Pour faire au mieux, à mon sens, il faut se concentrer sur ce qui est là. Il faut prendre la donnée accessible, l’intégrer aux outils à disposition afin de fournir l’analyse la plus précise qui soit pour estimer le coût global.

Photo d’ouverture : Advito

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