Le Petit Futé a beau être une marque emblématique en France grâce à ses guides touristiques, elle n’est pas la plus avancée en matière de numérique. Du moins c’est ce que l’on peut penser au premier abord. Ces dernières années, la société créée en 1976 réfléchit aux manières de diffuser son contenu qualifié autrement que par le biais du papier. Guides personnalisés, application mobile ou encore CRM pour les réceptifs, le Petit Futé est en train de se créer un écosystème numérique afin de mieux faire face à la concurrence.
Trouver les locaux du Petit Futé dans le 15e arrondissement n’est pas chose facile. Il faut dire que la société sait se faire discrète. « C’est volontaire », répond avec un sourire Dominique Auzias, co-fondateur, en nous ouvrant les portes de la maison d’édition qui édite les guides touristiques depuis 1976. Discrète, la société française l’est aussi sur le pan numérique. Ce n’est pas dans les allées de Viva Tech ou du CES que vous trouverez ses équipes. Pourtant, le Petit Futé n’est pas aussi en retard qu’on ne le croit. « Notre notoriété nous permet de nous passer de grandes campagnes de communication », justifie Dominique Auzias. Dans les locaux parisiens, 150 personnes composent l’équipe. « 90% d’entre eux dépensent toute leur énergie dans le digital », continue t-il. D’ailleurs, la moyenne d’âge est plutôt jeune, autour de 30 ans.
Accompagner le voyageur durant les 5 étapes de son périple
Le Petit Futé s’est donné pour mission d’être présent à chaque étape du voyage : durant l’inspiration, la recherche, la réservation, le séjour et le partage d’expérience qui vient juste après. Sur ses sites qui rassemblent 50 millions de visiteurs uniques par mois selon les dires du co-fondateur, l’internaute peut s’inspirer grâce aux 5 millions de POI (points of interest) répartis dans 800 destinations, accumulés depuis plus de 40 ans. Tout ce contenu a été digitalisé à travers les années et peut être piloté par les équipes et contributeurs via une super plateforme maison qui centralise tout. Et s’il est toujours attaché au support papier, il peut bien sûr commander les fameux guides ou en consulter des extraits gratuitement.
Depuis peu, il a également la possibilité de créer son propre guide personnalisé. Pour cela, il n’a qu’à sélectionner les catégories qui l’intéressent le plus parmi tout le contenu des guides. S’il le souhaite, il peut choisir de n’avoir que des adresses de restaurants par exemple. Il peut ensuite décider d’exporter son guide sous format PDF ou e-pub ou de le recevoir au format papier chez lui après avoir choisi son titre et ses couleurs. Le prix est calculé en fonction du nombre de pages souhaité. « Il nous a fallu des années de travail pour mettre au point cet outil », explique Dominique Auzias.
Une application développée avec un spécialiste de la traduction
En parallèle de ses applications sur les villes et les régions, Le Petit Futé a mis au point une autre application, gratuite, avec Systran, spécialiste de la traduction passé sous le giron du groupe coréen CSLI en 2014. Nommée Ready2Go, elle est équipée de reconnaissance vocale et permet au voyageur d’accéder à des informations sur les destinations grâce à ses cordes vocales. A la manière de Google Lens, elle permet également de traduire en temps réel du contenu texte grâce à la réalité augmentée, comme les menus, dans plusieurs langues : Français, Anglais, Chinois, Coréen.
Une plateforme de mise en relation entre réceptifs et voyageurs
Il y a deux ans, le Petit Futé a créé sa propre startup qui évolue indépendamment de sa maison mère. Quotatrip met en relation les voyageurs avec des réceptifs qui leur correspondent. Sur le site, l’internaute renseigne ses souhaits, ses préférences et son budget afin d’être recontacté par des réceptifs. La startup se charge de faire matcher ses envies avec les bons prestataires qui payent un prix fixe de 25 euros pour obtenir son contact. « Nous ne fonctionnons pas sur un modèle de commission », précise Pierre Flourens, CEO de Quotatrip. Cette plateforme a vocation à devenir un véritable CRM afin de permettre aux réceptifs de communiquer plus facilement avec les voyageurs. Une levée de fonds est prévue courant 2019.
Diffuser son contenu à tout prix
Pour diffuser son contenu en dehors de ses supports, le Petit Futé multiplie les partenariats. La société a signé avec Google, MSN ou certaines compagnies aériennes afin d’inspirer ou d’éclairer les voyageurs. Il peut s’agir de commentaires courts, comme sous les restaurants affichés dans Google, ou d’articles et guides digitaux, comme sur les IFE des avions.
L’autre problématique est de mettre en avant tout le contenu digital que l’on ne peut pas mettre dans un guide papier. Pour cela, la société mise sur le QR code. « La population asiatique ne jure que par le QR code et si les Français n’ont pas encore totalement adopté cette pratique, cela pourrait vite changer », déclare Dominique Auzias. Bientôt, toutes les nouvelles vignettes collées sur les vitrines des restaurants en seront équipées afin de connaître le menu ou l’histoire d’un établissement. « Nous ne sommes pas en retard, nous sommes prudents. Ce qui nous intéresse, c’est d’étudier les comportements », conclut le co-fondateur du Petit Futé en nous raccompagnant après ce grand tour du propriétaire.