L’événement Museum Connections a été l’occasion d’aborder les applications potentielles de l’intelligence artificielle pour les acteurs de la Culture. Au cours d’une matinée d’ateliers, plusieurs experts de l’IA se sont succédé pour démystifier et éduquer le public sur le potentiel de l’IA.
Casser le mythe
Pour débuter la matinée, Karen Strugnell, Responsable Marketing d’IBM Watson, a présenté dans les grandes lignes les caractéristiques, le potentiel et les limites actuelles de l’intelligence artificielle. « Il existe encore de nombreux mythes associés au potentiel de l’IA », a-t-elle prévenu avant de préciser que « nous sommes encore loin d’avoir à faire avec une machine omnisciente et capable de contrôler tous les aspects de notre société ». Elle laisse ce scénario d’une « IA générale » à un futur post 2050.
Pour l’heure, l’IA s’illustre par 4 capacités majeures : la compréhension, la réflexion, l’apprentissage et l’interaction. Un ensemble de performances applicables à différents domaines allant du langage à la vision en passant par les émotions. « De par ses capacités et ses domaines d’applications, l’IA constitue donc un excellent outil professionnel », a conclu Karen Strugnell. Un « cerveau artificiel » utile pour optimiser l’expérience client, faire de la recommandation ou automatiser des processus. Dans la culture, l’IA permet aussi de proposer des interactions inédites entre les œuvres et les publics.
L’IA pour détecter les contrefaçons
Ensuite, le Dr Ahmed Elgammal du Laboratoire Art et IA de l’Université de Rutgers a fait l’état de l’art de l’IA et des expérimentations menées par ses équipes dans le secteur de la Culture. « Nous avons tenté d’inculquer le concept de créativité à une machine en mettant au point un modèle d’apprentissage automatique », a expliqué le Dr Ahmed Elgammal. À partir d’une base de données d’œuvres et de croquis réalisés par le même artiste, l’algorithme est parvenu à identifier des caractéristiques propres à son coup de crayon. À l’issue de son apprentissage, il était capable reconnaître une œuvre originale d’une contrefaçon de manière instantanée. « Les experts en art analysent les couleurs, la lumière ou encore la composition d’une œuvre pour définir son auteur, son courant et son époque. Mais jusqu’à présent aucune approche scientifique n’avait été expérimentée dans le domaine », a précisé le chercheur. Pour l’heure, l’algorithme a vu juste dans 80 % des cas d’authentification.
L’art vu par un algorithme
Sur la base de ces travaux, d’autres expérimentations autour de l’IA dans le domaine de l’art ont été menées par les équipes du Dr Ahmed Elgammal. Le projet ArtPi ou API de l’art en fait partie. « Nous avons intégré une base de 18 000 œuvres d’art à un algorithme de Deep Learning en lui donnant comme seule indication le courant auquel chacune des œuvres appartenait », a détaillé le chercheur. À partir de cette seule information et après analyse de l’ensemble de la base de données, l’algorithme a été capable d’établir un lien chronologique entre les différentes œuvres. « Le système est parvenu de manière autonome à comprendre que les œuvres baroques ont été créées après le courant de la renaissance », s’est réjoui le Dr Ahmed Elgammal. Plus étonnant encore, l’algorithme a lui-même identifié Paul Cézanne comme étant le « pont entre le mouvement expressionniste et le cubisme ». Une analyse partagée par de nombreux experts en art et légitimée par les contributeurs Wikipédia.
Les capacités d’analyse des œuvres d’art par l’IA rivalisent déjà avec ceux d’un expert en art. La prochaine étape consistera-t-elle à créer des œuvres à partir d’une intelligence artificielle ? « C’est déjà le cas », a indiqué Dr Ahmed Elgammal « certains artistes utilisent des algorithmes pour créer des œuvres à partir d’une base de données d’éléments visuels ». Des situations où l’artiste a un simple rôle de curation.
Photo d’ouverture : Ståle Grut