Après l’ouverture de la Digital Factory pour assurer la transformation digitale d’Air France, le groupe Air France-KLM a inauguré Big Blank, son laboratoire de startups destiné à inventer le futur du Voyage. Une mission confiée à Hubert Riondel, Pilote Air France depuis 10 ans à qui la compagnie doit notamment la création d’un réseau social interne utilisé par plus de 50 000 collaborateurs. TOM a échangé avec ce passionné d’innovations pour en savoir plus sur les ambitions de cette structure hybride qui cumule à la fois des caractéristiques des incubateurs, des accélérateurs et des fonds d’investissement.
Hubert Riondel, CEO de Big Blank et pilote Air France depuis 10 ans © Edouard Ducos
Quel est le concept de Big Blank ?
Big Blank est un startup studio. Il ne s’agit ni d’un incubateur, ni d’un accélérateur, ni d’un fonds d’investissement, mais plutôt d’une organisation hybride qui reprend des éléments de ces trois types de structure. L’ambition de Big Blank est de créer le voyage de demain, qu’il s’agisse d’un déplacement personnel ou professionnel. Pour y parvenir, nous sommes convaincus qu’il est nécessaire d’innover en créant des startups. Nous nous sommes rapprochés d’entrepreneurs qui ont déjà été amenés à diriger une startup.
Big Blank est une filiale d’Air France-KLM dont le cœur d’équipe réunit une douzaine de collaborateurs. De ce fait, le groupe est en mesure de mettre des ressources à disposition des différents projets. Nous accompagnons les entrepreneurs et leur fournissons nos outils technologiques et notre expertise pour qu’ils puissent répondre au mieux aux problématiques du Travel. Air France-KLM peut également investir jusqu’à 800 000 euros dans un projet pour favoriser son développement. Un montant qui peut être amené à évoluer au fil du développement de Big Blank.
Pourquoi avoir créé une telle structure plutôt qu’un incubateur, un accélérateur ou un fonds d’investissement ?
C’est un parti pris dans le but d’améliorer l’innovation au sein du groupe Air France-KLM alors qu’il n’existait jusqu’alors pas de telle structure. L’idée est d’explorer de nouveaux business en résolvant des problématiques inhérentes au Voyage. Cette industrie se caractérise par une chaîne de valeur longue et complexe du fait de la réunion d’un nombre important d’acteurs. Elle repose aussi énormément sur des sujets techniques. Les GAFA et les startups influencent donc fortement le secteur au travers des innovations technologiques qu’ils démocratisent.
L’enjeu était donc d’imaginer une méthode de travail optimale et flexible pour collaborer avec des entrepreneurs et innover. Nous avons opté pour un processus complet depuis l’identification de l’opportunité jusqu’au lancement de la startup. Au travers des différentes étapes de création, le groupe bénéficie d’une certaine liberté dans le choix des projets à développer.
Les locaux de Big Blank situés au sein d'un espace de coworking à Paris © Edouard Ducos
Quelles sont ces différentes étapes et quelle est la durée moyenne de développement d’un projet ?
Le processus de création s’articule en quatre étapes. La première est une phase d’idéation qui consiste à trouver des idées, les filtrer puis les prioriser. Il s’agit plutôt d’un processus continu au cours duquel nous tentons de donner le plus de sens au projet et voir à quel problème majeur il peut répondre. Vient ensuite l’étude d’opportunité, une méthode très cadrée d’un mois environ qui vise à creuser l’opportunité de marché pour en évaluer son potentiel. Durant 4 à 6 mois, nous procédons à la phase de prototypage durant laquelle nous essayons de confronter l’idée à la réalité. Il faut que les tests réalisés nous permettent de transformer notre intuition de départ en conviction. La validation de cette étape nous amène la phase de développement.
Durant un an nous allons adresser le marché et trouver des clients et utilisateurs pour développer le projet. À chaque étape nous nous efforçons d’être le plus proche possible des entrepreneurs. Au total, l’évolution d’une idée en startup prend 18 mois voire plus. Un point qui nous démarque encore des accélérateurs classiques qui proposent généralement des accompagnements plus courts, de quelques mois seulement. Cette phase de collaboration nous amène à nous considérer comme des cofondateurs des startups qui sortent de Big Blank.
Une première startup devrait bientôt voir le jour, quels sont vos objectifs avec Big Blank ?
Effectivement, nous lancerons une première startup au cours du premier semestre 2019. Big Blank vise ensuite à faire décoller 4 à 5 startups par an une fois le rythme de croisière atteint. Nous avons fait le choix d’un processus long et exigeant. Il faut savoir que derrière un projet développé, 10 à 15 idées ont été émises avant de retenir la solution à adopter. L’objectif est avant tout de permettre à ces startups de se développer de manière autonome. Même si Air France-KLM a pu participer au capital de la jeune pousse, nous souhaitons qu’elle soit en mesure d’aller chercher des fonds une fois qu’elle sort de Big Blank. Pour autant, nous n’écartons pas la possibilité qu’une startup soit financée par le groupe après avoir quitté le startup studio. Mais l’idée est avant tout de permettre à ces entrepreneurs de développer leur business pour qu’il puisse aller démarcher des investisseurs avec un projet solide.
Sur quels types d’innovations vous concentrez-vous ?
Nous sommes convaincus que pour adresser le marché du Travel, il est nécessaire de partir des problèmes à résoudre plutôt que d’imaginer des solutions nouvelles. Il n’y a donc pas d’innovations particulières sur lesquelles Big Blank se concentre. Ce sont les problèmes que rencontrent les voyageurs qui constituent nos critères de sélection, car ils sont le signe qu’il y a un important marché à adresser. Les voyageurs adoptent différents comportements en fonction de leurs origines et cultures. Pour autant, une famille chinoise, européenne ou américaine rencontrera plus ou moins les mêmes problématiques logistiques lorsqu’elle voyage.
C’est un exemple de marché à adresser tout comme celui du port des bagages ou encore de l’évolution des frontières entre voyage et mobilité. Le Voyage est un secteur mâture mais qui regorge d’opportunités à développer. Nous n’écartons pas la possibilité de développer des projets en B2C, en B2B comme en B2B2C. L’objectif est avant tout de servir l’utilisateur final. Il est donc parfois nécessaire d’adresser une solution au travers d’un acteur déjà établi. Aussi, nous ne voulons pas être étiquetés comme un laboratoire de startups dédié au transport aérien.
Où se situent les équipes de Big Blank ?
Nous avons fait le choix d’implanter nos équipes dans un espace de coworking à Paris. L’objectif étant d’être proche de l’écosystème de l’entrepreneuriat et des startups pour stimuler l’innovation. Pour autant nous privilégions la mobilité et nous déplaçons entre les sièges de Roissy et d’Amsterdam lorsque c’est nécessaire. Enfin, nous ne voulons pas que Big Blank devienne un startup studio qui délivre une vision franco-française du voyage. Le Travel est un secteur global au prisme régional très fort. Paris est la première étape qui nous permet d’être au cœur du marché touristique le plus important au monde. Mais Big Blank a vocation à ne pas rester statique et à aller sur le terrain pour se confronter aux problématiques de l’industrie en Europe et au-delà.
Photo d’ouverture : © Edouard Ducos