Angelsquare est un facilitateur de levée de fonds qui gère un portefeuille de 600 investisseurs en France pour accompagner les startups dans leur levée d’amorçage. Parmi les jeunes pousses accompagnées, 6% sont issues du Travel. TOM s’est entretenu avec Charles Degand, CEO d’Angelsquare, pour qui il est indispensable qu’un projet de startup repose sur un modèle économique déjà testé et viable.
Pouvez-vous expliquer le rôle d’Angelsquare dans l’accompagnement des startups sur le volet financier ?
Charles Degand, CEO d'ANGELSQUARE © ANGELSQUARE
En France, Angelsquare gère un portefeuille de 600 investisseurs actifs, composé de Business Angels soit des particuliers, de Family Office (bureau de gestion de patrimoine, ndlr), mais aussi de fonds d’investissement d’entreprises. Chaque mois nous recevons 300 dossiers de demande de financement de la part de startups. Parmi ceux-ci, nous en sélectionnons une dizaine qui nous paraît prête à effectuer leur levée d’amorçage que nous présentons au bon interlocuteur. Il s’agit en général de la première levée de fonds dont le montant est compris en France entre 300 000 euros et un million d’euros.
Travaillez-vous pour le compte des entrepreneurs ou des investisseurs et quel est votre modèle économique ?
Les deux. En tant que facilitateur de levée de fonds notre mission consiste à la fois à présenter aux investisseurs les projets qu’ils recherchent et à conseiller et préparer les startuppers à la levée de fonds. Ces derniers ont souvent du mal à identifier quels sont les bons investisseurs pour leur projet car il n’y a pas d’informations publiques sur le sujet. Une fois préparés, nous les présentons aux investisseurs et les accompagnons jusqu’à la clôture de l’amorçage. Cette période dure 1 mois et demi pour les projets les plus convaincants et peut aller jusqu’à 6 mois lorsqu’il y a besoin de s’entretenir plusieurs fois avec les investisseurs par exemple. Notre modèle économique repose sur un abonnement pour les investisseurs et nous prélevons une commission de 5 % sur le montant de la levée d’amorçage des startups.
Parmi les 125 startups que vous avez accompagnées, 6 % sont issues du Travel. Identifiez-vous des spécificités propres à ce secteur en matière de financement ?
Les levées de fonds s’effectuent de manière assez classique dans l’écosystème du Travel. Il existe des fonds d’investissement dédiés à la mobilité par exemple, mais aucun spécifique au Tourisme. Ce n’est pas le secteur le plus représenté dans le monde des startups contrairement à la Fintech par exemple. Sur les jeunes pousses du Tourisme que nous avons accompagnées, Samboat qui propose la location de bateaux entre particuliers, est issue de l’économie collaborative. La MAIF qui s’intéresse beaucoup à cette tendance a participé à la levée de fonds. Il n’y a donc pas vraiment de spécificité sur ce marché, j’ajouterais qu’en général les Business Angels ont toujours des préférences de base qui les poussent vers tel ou tel secteur.
Quelles sont les technologies qui attirent particulièrement l’attention des investisseurs ?
Il y a toujours des modes technologiques dans l’univers des startups. Actuellement, le big data, l’intelligence artificielle et la blockchain ont le vent en poupe. Là encore, elles ne sont pas propres au Tourisme et touchent tous les secteurs. Cependant, il faut faire attention car beaucoup d’entrepreneurs se lancent avec l’idée qu’une expertise technologique leur suffira à lever des fonds. Or, leur projet et leur modèle économique sont parfois bancals.
Y a-t-il un effet de saturation ?
Je ne pense pas que l’on puisse parler de saturation, beaucoup de projets voient le jour et c'est une bonne chose. Cela suscite de nombreuses vocations et beaucoup d’inspiration. En revanche, il y aura beaucoup de casse. L’intelligence artificielle est souvent présentée comme le nouvel Eldorado des entreprises, surtout depuis l’annonce du plan gouvernemental. Nous assisterons certainement à une épuration massive qui se fera naturellement, mais cela fait partie du jeu. La technologie doit encore mûrir et se développer pour répondre aux besoins du marché. Quant aux investisseurs, ils doivent garder la tête froide pour trouver la bonne techno qui sera le support d’applications concrètes.
Quelles sont les erreurs fréquentes commises par les entrepreneurs à la recherche de fonds ?
Nous constatons qu’une majorité d’entrepreneurs ont une vision biaisée sur les ordres de grandeur des levées de fonds. Après une année d’existence à peine, certaines startups trouvent normal de pouvoir lever 1 million d’euros alors que leur projet est encore au stade de PowerPoint. Je pense que les articles de médias sur des startups étrangères qui lèvent des sommes importantes contribuent à ce décalage. Or, en France les investisseurs sont beaucoup plus rationnels et ont tendance à financer des projets plus solides. Lorsque nous accueillons une startup, nous entamons une période d’adaptation pour que les entrepreneurs prennent conscience de la valeur véritable de leur projet. Cela leur évite de se retrouver face un investisseur qui leur rira au nez avant de leur claquer la porte. Aussi, beaucoup d’entrepreneurs prennent l’initiative d’aller voir directement des fonds d’investissement alors que leur boîte est encore trop jeune.
Avez-vous d’autres conseils à donner à une startup qui cherche à lever des fonds ?
Je m’évertue à leur expliquer qu’un euro gagné vaut plus qu’un euro levé ! C’est un élément qui doit être ancré dans la tête de tous les entrepreneurs. Dès le début de l’aventure, il est indispensable de définir un modèle économique viable. Il faut être capable de démontrer la viabilité du projet avant de chercher à lever des fonds, cela évitera de prendre un retour de bâton. Je constate d’ailleurs que les startups qui parviennent à lever des fonds le plus rapidement sont celles qui sont parvenues à faire plus avec un minimum de moyen. Aller voir un investisseur en possession d’un chiffre d’affaires réel est un excellent début.
Photo d’ouverture : © Sharon McCutcheon