Quelles sont les promesses et quels sont les défis de la 5G ?

Hier se tenait une audition publique sur les perspectives et enjeux technologiques du développement de la 5G au Sénat.

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Julia Luczak-Rougeaux

9 novembre 20185 min de lecture

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© Archives Travolution

Hier se tenait une audition publique sur les perspectives et enjeux technologiques du développement de la 5G au Sénat. Plusieurs intervenants du monde des télécoms sont venus expliquer le fonctionnement de ce nouveau standard 100 fois plus rapide que la 4G, présenter leurs projets et s’interroger sur son impact dans notre quotidien.

L’audition publique a été organisée par Gérard Longuet, Sénateur Président de l’OPECST (L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques) et Cédric Villani, Député Premier vice-président de l’OPECST.

C’est Alain Pouyat, président de Diginotech et membre de l’Académie des technologies, qui a commencé par prendre la parole pour revenir sur les origines de la 5G. Radiocom 2000 dans les années 80, GSM (1G) puis 2G dans les années 90, 3G dans les années 2000 et 4G dans les années 2010, la technologie a bien évolué. De décennie en décennie, les capacités en termes de performance et de transmissions de données se sont elles aussi améliorées. Chaque génération a marqué une rupture. La 1G a contribué à l’arrivée des premiers cellulaires sans fil. La 2G a apporté le numérique. La 3G n’a pas véritablement créé de rupture technologique selon Alain Pouyat, mais elle a été le fruit d’affrontements entre le Japon et le reste du monde. Enfin, la 4G a introduit la notion d’IP et de norme mondiale.

De nouvelles attentes et de nouveaux défis

Le président de Diginotech a ensuite dressé une liste des limites de la 4G qui poussent le développement de la 5G. Parmi elles, le manque d’efficacité de la génération actuelle lors de rassemblements importants. Autre point : la transmission des données n’est pas encore tout à fait instantanée et qualitative. Enfin, elle ne répond pas aux besoins des objets connectés qui doivent dans certains cas communiquer entre eux.

La 5G va permettre notamment de décupler les capacités des smartphones, en termes de connexion et de fonctionnalités. Elle jouera également un rôle dans les villes intelligentes de demain, dans la domotique, dans la médecine (du côté de la téléchirurgie) et dans le secteur des voitures autonomes. Pour éviter les collisions, les voitures devront s’envoyer des signaux. Leur développement dépendra donc beaucoup des performances de la 5G.

En 2020, la 5G basse fréquence (inférieure à 3,5 GHz) devrait faire son apparition, suivie de la 5G haute fréquence (supérieure à 25 GHz) en 2025. Pour repère, la 4G oscille aujourd’hui entre 2,5 GHz et 5 GHz selon les opérateurs. Le déploiement de la 5G haute fréquence devrait être à terme 4 à 5 fois moins cher que la fibre. C’est surtout elle qui devrait avoir un vrai impact sur notre quotidien.

« Mais il reste des défis à surmonter, a déclaré Alain Pouyat. Il faudra maîtriser les hautes fréquences, savoir gérer les objets connectés, l’innovation et la régulation et se poser la question de la cybersécurité ». Car plus on numérise la société, plus il faut de contrôle.

Petit point technique

Après être revenu sur la formule mathématique de Shannon (qui définit l'échantillonnage d'un signal), Alain Sibille, professeur à Télécom ParisTech, est entré un peu plus dans les détails techniques afin d’expliquer le potentiel de la 5G. « Plus on monte en fréquence, plus il est possible de la rendre directionnelle », a-t-il déclaré. Autrement dit, une fréquence pourra être attribuée à un appareil en particulier. Une couche d’intelligence artificielle permettra alors d’envoyer du flux en fonction des besoins. Des antennes multi-éléments verront le jour, permettant plus de robustesse et une réduction des coûts. L’intérêt de ces antennes est qu’il sera possible d’osciller entre le Wi-Fi, la 4G ou la 5G en fonction des besoins et du nombre d’utilisateurs.

Marceaux Coupechoux, professeur à Télécom ParisTech et à l’École Polytechnique, a, lui, ajouté que le débit attendu de 20 Gigabit était théorique. Tout dépend du terminal et de la fréquentation. La répartition va d’ailleurs être une grande question dans ce dossier. La rapidité de la nouvelle génération sera notamment due aux petits clouds intégrés dans les antennes qui permettront de pré-stocker des fichiers, comme une vidéo populaire par exemple qui s’activera à la demande.

L’autre défi de la 5G est l’économie d’énergie selon lui. Car lorsque les terminaux ne fonctionnent pas, il sera possible d’éteindre l’émetteur jusqu’à 400 jours.

La question de la répartition

L’ARCEP est l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes. Comme pour les anciennes générations, elle sera chargée de la répartition sur les réseaux. « La 5G est une innovation de rupture », a commenté Anne Laurent, directrice innovation et mobiles de l’ARCEP. Elle servira non seulement au développement des villes intelligentes et des voitures autonomes, mais elle profitera également à la réalité virtuelle et augmentée. La 5G permettra d’envoyer et de recevoir des informations sans avoir besoin de fil.

L’ARCEP a d’ores et déjà lancé des chantiers autour de la 5G qui continueront en 2019. Elle s’est donnée 4 missions : libérer et attribuer les fréquences, simplifier et préparer les conditions de déploiement, mobiliser les acteurs et faire émerger de nouveaux usages, puis informer et anticiper. 4 bandes de fréquence vont devoir être attribués aux opérateurs.

A la fin de l’audition, Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), a notamment évoqué les risques liés à l’exposition aux fréquences. Plusieurs études ont notamment mis en garde contre le risque d’impact négatif sur la santé, mais rien n’est encore certain. « Il nous faudra des informations sur l’exposition et le fonctionnement des antennes afin de prévenir plutôt que guérir », a-t-il déclaré.

Photo d'ouverture : Christopher Burns

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