Quatre mois après l’entrée en vigueur du RGPD, le travail de mise en conformité de la part des entreprises est loin d’être achevé. Pour faciliter et accélérer la mission de cartographie imposée par la CNIL, la startup ProLicent a mis au point une solution d’automatisation du processus. TOM a échangé avec Sebastien Parent, Cofondateur de ProLicent, pour en savoir plus sur son outil et comment les acteurs du Travel peuvent profiter du RGPD pour optimiser leur stratégie marketing.
Pouvez-vous expliquer le fonctionnement et l’utilité de votre solution ?
Sebastien Parent, Cofondateur de ProLicent © ProLicent
Sébastien Parent : nous avons mis au point une solution destinée à faciliter le travail du délégué à la protection des données, des responsables de traitement et plus largement des responsables de services en entreprise. Nous venons de commercialiser la V1 de notre solution qui permet d’automatiser la phase de cartographie du traitement des données, une des obligations du RGPD. Elle offre également aux entreprises la « transitivité », autrement dit elle simplifie la collaboration et le partage du registre de traitement des données entre les départements d’une entreprise mais aussi avec ses sous-traitants, une tâche également imposée par le règlement européen.
Quel est l’intérêt principal pour un acteur du Travel ?
Le RGPD concerne tous les secteurs d’activité, le Travel n’est pas plus touché mais il est loin d’y échapper. Qu’il s’agisse du Leisure ou du Voyage d’Affaires, les acteurs de l’industrie évoluent dans un écosystème similaire dans lequel il y a d’importants flux de données personnelles échangées entre des entités tierces, par exemple, entre un OBT et un GDS. On a assisté à beaucoup d’annonces dans l’industrie, mais en creusant un peu, on se rend compte qu’il y a encore beaucoup de travail à effectuer.
Nous discutons actuellement avec des acteurs du Travel pour leur proposer notre solution qui est véritablement axée sur une facilité d’utilisation et simplifie le travail collaboratif sur les problématiques de traitement des données. Aujourd’hui, la CNIL est bienveillante. Il y a eu quelques mises en demeure auprès de sociétés d’assurances, mais aucune sanction n’est encore tombée. Ça devrait bientôt arriver, d’où l’importance de se pencher sur ces questions dès à présent. Avec ProLicent, un acteur qui ne s’est pas penché sur la cartographie du traitement des données peut l’effectuer en quelques semaines et si une entreprise dispose déjà d’un tableur, la mise en conformité est une question de quelques jours.
Comment collaborez-vous avec la CNIL ?
Il convient de préciser que la CNIL ne fournit pas de certification pour ce type de solutions, mais nous avons eu l’opportunité d’interviewer plusieurs de ses membres pour mettre au point notre solution. Nous nous sommes également beaucoup inspirés de la documentation publiée par le régulateur et avons collaboré avec des cabinets d’avocats. La CNIL met également des outils à disposition des entreprises. Par exemple, lorsqu’elles font face à un traitement à risque, lorsqu'il s'agit par exemple de données à caractère religieux, l’entreprise a une obligation de mener une étude d’impact. Une fonctionnalité que nous allons prochainement intégrer à ProLicent pour automatiser ce processus. En Europe, il existe un régulateur par pays réuni autour du G29. L’idée est de pouvoir avancer avec l’ensemble de ces acteurs pour mettre en œuvre une solution européenne.
Quel est l’intérêt de votre solution une fois le travail de cartographie effectué ?
L’automatisation de la cartographie et du partage de fichier de traitement constitue le premier étage de la fusée ProLicent. Le deuxième étage permettra aux entreprises de faciliter la collecte et la centralisation du consentement de leurs clients et prospects via tous les supports, mobiles ou web. Nous développerons en dernier lieu une interface qui permettra à l’internaute de gérer l’ensemble de ses préférences en matière de traitement des données.
Ce point est essentiel pour redonner confiance aux voyageurs et aux consommateurs suite aux nombreux scandales qui ont vu le jour récemment. Il pourra par exemple indiquer s’il préfère être sollicité par mail ou par SMS et à quelle fréquence. Cela permettra aux acteurs du Travel d’entrer dans une phase intéressante en matière d’optimisation marketing, le véritable enjeu du RGPD pour les entreprises. En envoyant sa newsletter au bon moment et sur le canal souhaité par l’internaute, un TO pourra par exemple améliorer le taux d’ouverture et le temps de lecture. Tandis qu’un groupe hôtelier tel que Marriott pourra partager les préférences de ses clients à l’ensemble de ses établissements au travers d’un outil commun. La V3 devrait être mise au point au cours de l’année 2019.
Quel est votre modèle économique ?
Nous proposons un mode de distribution directe aux entreprises sous la forme d’un abonnement, dont le montant dépend de la taille de la structure, du volume de données dont elle dispose mais aussi du nombre d’entités concernées. Le coût est donc variable, compris entre quelques dizaines de milliers d’euros, voire moins pour une PME, et plusieurs centaines de milliers d’euros pour un grand groupe. Nous proposons également notre solution en marque blanche pour le compte de cabinets d’audit et d’avocats avec lesquels collaborent les entreprises pour leur mise en conformité.
Pensez-vous que nous entrons dans une ère où la data peut constituer un nouveau moyen de paiement ?
Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler d’un nouveau moyen de paiement. En revanche, je suis convaincu que la data présente un enjeu de monétisation. Jusqu’à présent, ce sont les entreprises qui en ont profité en revendant des jeux de données à des tiers. Mais en redonnant confiance aux consommateurs dans le traitement de leurs données, ils pourront à leur tour, monétiser leur data avec plus de sécurité s’ils le souhaitent. A ce sujet, un site du Financial Times propose aux internautes d’évaluer la valeur monétaire de leurs données personnelles. J’y crois énormément mais pour y parvenir il convient de travailler en bonne intelligence pour rétablir un rapport de confiance.
Photo d’ouverture : © Olu Eletu