Deux ans après l’entrée en vigueur de la loi pour une République numérique s’attachant notamment à mettre l’administration publique sur la voie de l’open data, Trainline a réuni plusieurs spécialistes de la donnée, issus des sphères privée et publique, afin de dresser un état des lieux de l’ouverture des données dans le secteur des transports.
La question de l’ouverture des données publiques et notamment celles relatives aux transports ne date pas d’hier. À l’heure où seulement 5 à 10 % des collectivités territoriales ont partagé leurs données non protégées via la plateforme data.gouv.fr prévue à cet effet, Trainline, habitué à exploiter la data pour optimiser son service, a réuni plusieurs experts du sujet lors d’une table-ronde afin de discuter des enjeux de l’open data. Animé par Olivier Provost, Directeur de l’agence Rumeur Publique, le panel réunissait :
- Audrey Détrie, Directrice France & Benelux — Trainline International
- Carl Anderson, Directeur général — Trainline International
- Jean-Marc Zulesi, Député de la huitième circonscription des Bouches du Rhône
- Ishan Bhojwani, Responsable de l’ouverture des données transport pour transport.data.gouv.fr
- Thomas Lefebvre, Directeur scientifique — MeilleursAgents.com
Open Data : un engagement public de longue date
En France, l’obligation de partage des données publiques est inscrite dans la Constitution. Appliquée au secteur des transports, l’initiative a été impulsée par les collectivités et date de 2009. « La ville de Rennes a demandé à Keolis d’ouvrir les données de transports de la ville afin notamment de permettre la création de facilitateurs de trajet », a raconté Ishan Bhojwani de transport.data.gouv.fr. Ce site public destiné à rendre accessibles les données est édité par Etalab – organisme créé en 2011 dont la mission vise à garantir la transparence de la vie publique mais également à favoriser la création de services innovants basés sur l’exploitation de la data. « Les lois Macron (août 2015) et Lemaire (octobre 2016) visent à élargir l’ouverture des données au-delà du secteur des transports pour permettre d’alimenter un maximum de plateformes dans le but d’affiner leurs offres », a expliqué le député Jean-Marc Zulesi. L’intérêt n’est donc pas uniquement politique.
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Devenir le guichet unique de l’offre de transports
Pour un acteur comme Trainline, accéder aux données de l’ensemble des transporteurs sur le territoire simplifierait sa mission consistant à devenir un guichet européen unique pour tous les voyages en train et en bus. « Jusqu’à présent, chaque transporteur disposait d’un identifiant différent. Pour pouvoir distribuer les offres de voyages de ces transporteurs via Trainline, nous devons donc passer un contrat avec chaque entité », a expliqué Carl Anderson, directeur général de Trainline International.
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L’open data serait donc un moyen de mettre fin à une tâche chronophage pour le spécialiste des transports. Le but final étant de satisfaire le voyageur qui pourra planifier un voyage dans les grandes villes d’Europe mais aussi réaliser des correspondances dans de petites agglomérations — dont les données des transporteurs ne sont pas partagées aujourd’hui — via le même outil. « L’objectif est de pouvoir proposer une offre uniformisée au client. En combinant la data de différents transporteurs, nous sommes en mesure de proposer des trajets uniques mais aussi d’améliorer la qualité du service à toutes les phases du voyage », a ajouté Audrey Détrie, Directrice France & Benelux Trainline International. Mettre à disposition l’ensemble des informations permet notamment de réduire le stress du voyageur lors de la planification. Pendant le voyage, être connecté aux différents transporteurs permet à Trainline d’informer le voyageur en temps réel en cas de retard ou d’annulation par exemple. L’open data permet également de mêler différents services de mobilité pour proposer un itinéraire sur mesure. Par exemple en proposant au voyageur un trajet en train, puis une correspondance en covoiturage avant de terminer sa course via un service de vélo en libre-service.
Un travail de longue haleine
Bien que pour le député des Bouches du Rhône elle « permette aux collectivités de réaliser des économies et d’accroître la satisfaction des concitoyens », l’ouverture des données prend du temps pour plusieurs raisons. Par exemple la RATP a développé son système de manière à calculer le temps d’arrivée d’un bus entre deux stations, mais il est incapable de géolocaliser les véhicules en temps réel. « Nous remarquons également plusieurs réflexes propriétaires qui génèrent des réticences de la part de collectivités », a rapporté Ishan Bhojwani. Citant l’exemple de Cahors — dont les données sont aujourd’hui partagées sur la plateforme nationale —, il expliquait que l’agglomération craignait que le partage de ses données ait un impact sur l’utilisation de l’application de mobilité qu’elle avait développée. Mais pour d’autres agglomérations, comme Figeac, l’ouverture des données a permis de rendre accessibles les informations du réseau de bus gratuit aux touristes étrangers. « Une semaine après l’ouverture, le réseau de transports de Figeac a été intégré à l’application mobile d’une agence de voyages canadienne », a rapporté Ishan Bhojwani. Du côté des transporteurs, le responsable des données transport pour transport.data.gouv.fr émettait l’hypothèse que le partage des données représentait un risque d’afficher publiquement et de manière transparente les performances, ou plutôt l’inefficacité, de leurs services. « Il faut rappeler que jusqu’à présent, les études sur les retards de train de la SNCF se basent uniquement sur les données collectées via des comptes twitter », a précisé Ishan Bhojwani.
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L’open data au service du voyageur
Le panel semblait s’accorder sur la nécessité d’ouvrir les données transport afin de simplifier la mobilité des voyageurs, tout en bénéficiant aux acteurs de l’écosystème. L’initiative est une source d’économie pour les collectivités et leur permet également de mettre en valeur leurs réseaux de transports à l’échelle européenne. Pour Trainline l’ouverture permettra demain de développer son offre sur le local comme elle l’a fait à l’échelle européenne. « L’idée est d’être efficace au quotidien. En se projetant un peu on peut également imaginer le développement de nouveaux services, comme l’utilisation de la réalité augmentée pour guider nos utilisateurs dans les gares par exemple », a imaginé Carl Anderson, Directeur général Trainline International. Et bien que les collectivités craignent que l’ouverture profite avant tout à des fournisseurs technologiques internationaux, tel que Google, le représentant d’Etalab rappelait que « l’intérêt principal est de servir le voyageur en simplifiant la mobilité au maximum. Peu importe si c’est l’application de Google, de Mappy ou d’une collectivité territoriale qui parvient à proposer le meilleur service ».
Photo d'ouverture : © Rumeur publique