Nous avons profité du passage de Michael Wu, Chief AI Strategist chez PROS, à Paris pour l’interroger sur l’impact de l’intelligence artificielle sur les systèmes de recommandation et de revenue management dans le Tourisme. L’occasion de faire le point sur le fonctionnement de l’IA et sur son impact dans le futur.


Quel est votre rôle chez PROS ?
J’ai rejoint l’équipe de PROS il y a quelques mois. Je travaille sur trois aspects. D’abord, je supervise l’amélioration de nos algorithmes grâce à l’intelligence artificielle et au machine learning afin de perfectionner nos produits. Mon autre mission consiste à participer à des conférences afin d’éduquer l’industrie. En ce moment, il y a beaucoup de sujets « hype » tels que l’intelligence artificielle. J’essaie d’expliquer ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire avec ce type de technologies afin que les professionnels fassent les meilleurs choix possible. Enfin, je travaille à l’intégration de l’intelligence artificielle en interne afin d’améliorer nos process.
Comment utilisez-vous l’IA dans vos produits ?
Nous avons un produit BtoB appelé Opportunity Detection, destiné aux équipes commerciales. Nous regardons les habitudes d’achat des clients et les comparons. C’est un système de recommandations. Le commercial peut choisir de suivre la recommandation ou non. Cela peut aussi être transposé dans le Tourisme via le packaging. L’objectif est de proposer aux internautes des destinations dans lesquelles ils ne sont pas encore allés, mais qui pourraient leur plaire, en se basant sur les habitudes et les goûts de profils similaires. L’expérience voyageur est ainsi améliorée. Car organiser un voyage est compliqué. Il est donc intéressant de se voir proposer un package avec tout les produits ancillaires dont j’ai besoin. C’est ce qu’on appelle l’optimisation d’offres chez PROS. Nous travaillons sur cette personnalisation avec certains de nos clients dans l’aérien.
Pourquoi parle-t-on d’intelligence artificielle et non de Big Data ?
L’IA est une application du Big Data. On parle d’intelligence artificielle lorsqu’il y a une boucle d’apprentissage (learning loop en anglais, ndlr), lorsque le système apprend des décisions et des actions d’une personne. Grâce aux données que l’on possède, issues du Big Data, nous allons par exemple pouvoir proposer un package à un internaute qui prépare son voyage. Soit il est satisfait, soit il ne l’est pas. Dans tous les cas, sa décision viendra enrichir les connaissances du système. C’est ce qu’on appelle le machine learning. Cela permettra d’être encore plus pertinent la prochaine fois.
D’où proviennent toutes les données ?
Ils proviennent du client, de son historique de recherche, son historique d’achat ou son comportement sur le site.
Prenez-vous en compte des données externes, telles que la météo ?
Nous n’utilisons pas encore beaucoup de données externes, mais c’est dans les tuyaux. Nous voulons utiliser davantage de sources de data. Il peut s’agir de données météo mais aussi de données issues des réseaux sociaux. Par exemple, il y avait la Nuit Blanche le week-end dernier et beaucoup de personnes en ont parlé sur les réseaux sociaux. Cela peut être un indicateur sur le nombre de personnes intéressées pour venir à Paris pour cet événement. Et encore, il s’agit d’une manifestation annuelle, donc elle est prévisible. Mais il peut y avoir des événements inattendus. Lorsque nous utiliserons ces sources, nous pourrons faire des prédictions encore plus précises.
Comment l’IA peut-elle profiter au revenue management, l’autre domaine de prédilection de PROS ?
Encore une fois, grâce au système apprenant. Dans le cas des compagnies aériennes, il est possible d’avoir des informations sur la demande et sur les offres des concurrents. Elles peuvent donc ajuster les prix en fonction, mais aussi prendre en compte le comportement de l’internaute face à ces offres. Cela permet de proposer le bon prix en fonction du profil de la personne de manière très dynamique.
Parlons un peu du futur. En quoi l’intelligence artificielle aura-t-elle un impact sur notre façon de voyager dans quelques années ?
Couplé à l’IoT, l’intelligence artificielle pourra nous accompagner dans l’aéroport par exemple pour se rendre à la bonne porte dans les temps. Cela pourra se passer sur mobile ou sur des lunettes de réalité augmentée. L’utilisateur pourra même recevoir des recommandations sur des restaurants ou des activités qu’ils pourraient aimer. Je n’ai pas de boule de cristal, mais ce pourrait être un scénario crédible. Tout sera une question de contexte. Il faudra délivrer la bonne information à la bonne personne au bon moment.
Pensez-vous que ce niveau de recommandation sera incompatible avec le respect de la vie privée ?
Personne ne vous oblige à utiliser un smartphone aujourd’hui et personne ne vous oblige à donner une grande quantité de données à des compagnies aériennes. Pourtant, si vous le faites, votre expérience n’en sera que meilleure. Si les smartphones n’apportaient pas de valeur, nous ne nous en servirions pas. Tout ça est lié à l’impact des technologies sur notre quotidien. Personne ne vous force à aller travailler en voiture ou en métro. Vous pourriez très bien marcher. Pourtant, cela rend notre vie plus facile. Je pense que l’essentiel est d’extraire de la valeur des technologies. En Asie par exemple, tout le monde utilise le paiement via mobile. Certes, cela veut dire que Tencent ou Alibaba connaissent toutes mes transactions. Mais c’est très utile. Peut-être que quelques fois, il faut accepter de céder quelques informations.
Photo d'ouverture : Franki Chamaki
