Où en est la transformation digitale des aéroports?

L’aéroport du futur sera connecté ou ne sera pas.

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Hugo Pellegrin

24 septembre 20187 min de lecture

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© Archives Travolution

L’aéroport du futur sera connecté ou ne sera pas. Dans un livre blanc intitulé "Airport Digital Transformation" Amadeus évalue le potentiel des technologies au sein des aéroports. Le GDS a chargé le cabinet Arthur D. Little de dresser un état des lieux des technologies déjà intégrées par l’industrie aéroportuaire et d’identifier les plus prometteuses à l’avenir.

Sachant que le nombre de passagers devrait doubler dans les 20 prochaines années, le rapport s’intéresse à la façon dont le digital permettrait aux aéroports de résoudre les problématiques d’infrastructures tout en améliorant l’expérience des voyageurs. Au travers d’entretiens avec les responsables d’aéroports, qu’il s’agisse de Hubs internationaux ou d’aéroports régionaux, le livre blanc s’interroge sur la manière de réduire les coûts dans l’industrie grâce au digital. « Le digital n’est plus une couche à compiler sur les processus physiques, il devient une partie intrinsèque de la marque aéroportuaire », rapporte Chris Au Young, Directeur général Smart Airport pour l’Autorité aéroportuaire de Hong Kong. Bien que la transformation digitale ne constitue pas un sujet nouveau pour ces acteurs, le livre blanc dresse une grille illustrant leur niveau de maturité. L’objectif étant à terme de devenir un « aéroport 4.0 », autrement dit qui est connecté à toutes les parties prenantes afin de s’adapter en temps réel aux exigences qu’il s’agisse de répondre à des besoins opérationnels ou à la demande des clients. À titre comparatif, « l’aéroport 2.0 » dans lequel les voyageurs peuvent déposer leur bagage ou s’enregistrer de manière autonome grâce à des processus automatisés, se rapproche plus des aéroports dont les voyageurs ont l’habitude de fréquenter.

L’étude révèle que les attentes vis-à-vis du digital divergent en fonction du type d’aéroport, de sa situation géographique ou encore de sa stratégie commerciale. Les responsables seniors au sein des plus grands hubs internationaux s’accordent cependant sur le fait que le digital leur permettrait d’améliorer l’efficacité opérationnelle de leur infrastructure. Il s’agit de la priorité numéro un quant aux bénéfices associés à l’intégration du digital. Vient ensuite l’opportunité d’optimiser les coûts et d’améliorer l’expérience du voyageur grâce au développement du digital. À l’inverse, ne pas se concentrer sur ces questions génère un risque de perdre en compétitivité tant au niveau du modèle économique que des performances opérationnelles.

Top 3 des challenges technos

« Parce que les projets d’infrastructures sont coûteux et souvent perturbateurs, utiliser la data pour gérer la demande future — tel que le nombre d’appareils en mouvement, le débit du trafic passager et les volumes de fret aérien — fournit aux gestionnaires de l’aéroport les informations nécessaires pour une prise de décision efficace », explique Angela Gittens, Directrice générale de ACI World. Disposer d’un outil de gestion Big Data et d’un système établi sur le Cloud constituent les deux dispositifs intégrés par le plus grand nombre d’aéroports. Ces solutions sont l’occasion de sortir de la logique de silo et de faciliter la mise en place d’autres projets technologiques, tels que l’intégration de l’internet des objets (IoT) ou encore l’installation de réseaux énergétiques optimisés. Permettant d’automatiser de nombreux processus, l’internet des objets figure également parmi les dispositifs déjà implémentés par les aéroports.

Les technologies déjà intégrées dans le but de réduire le coût des opérations © Amadeus

Le développement de projets autour de la blockchain ou l’installation de système de transports autonomes constitue des investissements technologiques plus rares d’après l’étude. Ils se placent en 7e et 9e position dans la liste des projets technologiques déjà implémentés par les aéroports. À noter que Big Data, Cloud et IoT constituent également les domaines dans lesquels les aéroports prévoient d’investir en priorité afin de réduire les coûts de leurs opérations. Pour l’heure, 16 % des dépenses IT sont ainsi investis dans les bornes et les terminaux d’enregistrements destinés aux passagers, 14 % dans les systèmes de gestion des vols (logiciels et infrastructures) et 12 % dans la gestion des ressources globales.

Les freins à l’adoption

Si le coût joue un rôle, il est loin d’être le frein principal. Les entretiens révèlent qu’il s’agit à la fois de la culture propre à l’écosystème aéroportuaire et d’une faible demande en matière de solutions technologiques, du fait d’un manque de compréhension des avantages qu’elles peuvent procurer. L’étude soulève que le budget est un frein plus important pour les petits aéroports — où transitent environ 10 millions de passagers annuels — qui craignent un ROI plus faible. Ils se montrent plus sélectifs afin de réduire leurs coûts pour rester attrayants en matière d’offre tarifaire aux yeux des compagnies aériennes. Dans les Hubs — plus de 50 millions de passagers annuels — l’humain semble être le facteur inhibiteur principal. Disposant d’équipes organisées et dominées par des missions ne reposant pas sur l’usage de technologies, ces aéroports craignent un manque d’adaptation de la part de leurs équipes, moins familière avec le digital. Aussi, le grand nombre de sujets et de solutions technologiques complique un peu plus le choix des investissements à prioriser, quelque soit la taille des aéroports.

Peu d’efficacité malgré les investissements ?

« Personne n’aime s’enregistrer. Il s’agit d’une tâche administrative que nous voulons rendre fluide et facile à réaliser », rapporte Chris Au Young, Directeur général Smart Airport pour l’Autorité aéroportuaire de Hong Kong. Paradoxalement, l’étude révèle que cette étape, dans laquelle les aéroports investissent le plus majoritairement, reste l'une des infrastructures les moins efficientes. Le rapport souligne alors la nécessité pour les aéroports d’investir dans un système Cloud afin de réduire considérablement les investissements hardware et de gagner en agilité. En cas de non-efficacité d’un dispositif, il devient plus facile d’en redéployer un autre. Avec une solution de Big Data, le Cloud constitue un des fondamentaux. Ensemble, ils permettront aux aéroports de déployer toute une panoplie de technologies dans les différents domaines dont ils souhaitent optimiser le fonctionnement.

La relation entre l'efficacité des dispositifs et le niveau d'investissements en technologies © Amadeus

Par exemple l’implémentation d’une plateforme open data offrant la possibilité d’effectuer la gestion des vols en temps réel. Ou encore, l’intégration d’un système d’enregistrement biométrique pour optimiser la gestion des passagers. Les aéroports n’étant pas prêts pour un tel dispositif pourront toujours déployer une solution d’enregistrement via mobile. La gestion des bagages constitue également un axe pouvant être optimisé grâce à ces technologies. Alors que certains aéroports proposent une application mobile pour informer les passagers sur le statut de leurs bagages, le rapport identifie l’utilisation de robots intelligents pour récupérer les bagages comme l’une des prochaines étapes de transformation des aéroports. Quant aux processus métiers, ils sont également propices à la transformation digitale. Exploiter des algorithmes permettrait par exemple aux aéroports d’automatiser la mise à jour des bases de données entre différents aéroports, libérant les employés pour les allouer à d’autres tâches à plus forte valeur ajoutée.

Vers l'aéroport 4.0 

Pour l’instant, la majorité des aéroports sont 2.0. Pour se transformer davantage et atteindre le statut 4.0, il est essentiel de définir clairement une stratégie technologique. Le livre blanc pointe également du doigt la nécessité d’intégrer le travail collaboratif avec l’ensemble des parties prenantes à l’écosystème aéroportuaire comme une norme, à l’image de l’initiative ACDM portée par IATA qui jouera un rôle prépondérant dans la construction de l’aéroport de demain. Une collaboration externe qu’il convient de joindre à une part de formation en interne dans le but de faire évoluer la culture et l’esprit propres à l’industrie. Il convient de montrer aux différentes équipes comment telle ou telle technologie est en mesure de faciliter leurs tâches et n’a pas pour vocation unique de réduire les coûts. Le rapport met ainsi en lumière la façon dont la transformation digitale permettra aux aéroports de générer de nouvelles sources de revenus, d’améliorer des processus métiers existants tout en optimisant l’expérience des voyageurs.

Le livre blanc d'Amadeus est disponible en intégralité ici.

Photo d’ouverture : © Amadeus

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