Vendredi dernier à Viva Technology, Yann LeCun, Chief AI Scientist de Facebook Research, Eric Schmidt, conseiller technique d’Alphabet et David Kenny, senior vice-président d'IBM Watson se sont exprimés sur l'évolution et le futur de l'intelligence artificielle.
Vendredi 25 mai, TOM assistait à Viva Technology, le grand rendez-vous international des spécialistes de la Tech. À l’occasion de ce salon, des représentants d’IBM, de Facebook Research et d’Alphabet se sont partagé la scène pour parler d’intelligence artificielle, une technologie incroyablement « bénéfique pour l’humanité », si l’on en croit David Kenny, senior vice-président d’IBM Watson. Le sujet tombait d’ailleurs à pic, puisque le RGPD entrait en vigueur le jour même. Yann LeCun, Chief AI Scientist de Facebook Research, Eric Schmidt, conseiller technique d’Alphabet et David Kenny n’ont pas échappé aux questions concernant la nouvelle régulation européenne.
David Kenny, senior vice-président d'IBM Watson
Donnez-leur de la donnée
Si David Kenny salue la position de la Commission Européenne sur la protection des données, le conseiller technique d’Alphabet et ex-PDG de Google ne semble pas emballé par le nouveau règlement. « Je préfère résoudre les problèmes à l’aide de l’innovation et de la compétition plutôt qu’à l’aide de la régulation, a t-il déclaré, celle-ci ralentit le processus de travail et de créativité, tout simplement parce que les lois sont basées sur ce que l’on sait et non sur ce que l’on ne sait pas. Voilà mon opinion personnelle ».
Eric Schmidt, Conseiller technique d'Alphabet
Pour l’ex-PDG de Google, les données sont, par ailleurs, une ressource importante pour les entreprises expertes en technologie. Elles sont même au centre du modèle économique de nombreuses sociétés. « Être contre la vente de données personnelles, c’est attaquer le business model des entreprises d’aujourd’hui », affirme Eric Schmidt, qui souligne ensuite que les utilisateurs profitent de nombreux services gratuitement et que la vente de leur data n’en est que l’écoulement logique. Concernant l’utilisation des données personnelles, le Conseiller technique d’Alphabet a le mérite d’être aussi transparent que se doivent désormais l’être les entreprises…
Ouvrir l’IA au monde
Donner accès à l’intelligence artificielle aux centres de recherches et entreprises du monde entier, voilà un point sur lesquels s’accordent les trois pointures invitées à Viva Tech. « Il faut que la communauté de chercheurs évolue comme un tout », a confié Yann LeCun, dont les équipes de recherche situées à Tel Aviv, Paris ou encore New York mettent un point d’honneur à publier tous leurs rapports sur l’IA en open source. Chez Google, l’ouverture de l’apprentissage automatique passe par TensorFlow, un outil développé par la firme pour rendre l’IA « accessible aux startups, et pas qu’aux pays riches et entreprises fortunées », a précisé Eric Schmidt.
Y a-t-il un bouton « off » ?
Observant la rapidité d’évolution de l’intelligence artificielle et du Machine Learning, la journaliste de CNBC Karen Tso, en charge d’interviewer David Kenny, a souhaité savoir s’il y a un bouton « off » en cas de souci. Une inquiétude qui, selon les trois spécialistes, n’a pas lieu d’être. « Je ne crois pas que la technologie voudra un jour dominer l’humanité, simplement parce que l’intelligence n’est pas synonyme du désir de dominer », a expliqué Yann LeCun.
Yann LeCun, Chief AI Scientist, Facebook
Interrogé par Maurice Lévy, ancien dirigeant du groupe Publicis, sur les commentaires d’Elon Musk à propos des dangers de l’intelligence artificielle, Eric Schmidt n'a pas hésité à contredire le fondateur de Tesla. « Elon Musk ne comprend pas les bénéfices que l’intelligence artificielle peut apporter. C’est une technologie fondamentalement bonne pour l’humanité, pense Eric Schmidt, il s’inquiète de l’usage abusif que l’on peut en faire. Mais lorsque l’on a inventé le téléphone, par exemple, les chercheurs n’ont pas tout stoppé par peur que des personnes malintentionnées s’en emparent. Ils se sont lancés, puis le monde a réfléchit à un moyen de contrôler les abus », a t-il expliqué.
Dans tous les cas, de nombreuses entreprises comptent continuer de travailler avec l’intelligence artificielle « puisqu’elle leur apporte beaucoup d’avantages », selon le senior vice-président d’IBM Watson. Elle permet notamment d’améliorer l’expérience des voyageurs « en fournissant des informations personnalisées et en temps réel » mais aussi de « doubler la productivité des entreprises chaque année », a affirmé David Kenny. Et si, pour l’instant, l’IA doit rester un outil d’assistance et de conseil selon Eric Schmidt, les centres de recherche s’investissent toujours plus dans le développement de cette technologie prometteuse. Objectif ? Amener les machines à « fonctionner en observant le monde qui les entoure », a confié Yann LeCun.