En amont du salon #VEM9 qui se déroulera à Saint-Raphaël les 14,15 et 16 février, Romain Viennois, Fondateur de France Hostels, explique les enjeux de sa prise de parole consacrée à la définition de l’hébergement de demain.
Pouvez-vous nous expliquer brièvement sur quoi portera le contenu de votre intervention à VEM9 ?
Romain Viennois, Fondateur France Hostels © VEM
Romain Viennois : L’équipe de VEM m’a contacté pour partager ma vision du futur de l’hébergement touristique. L’idée de mon intervention est de pouvoir conseiller les hébergeurs qu’ils soient gérants d’un hôtel ou d’un hostel (auberge de jeunesse, ndlr), et plus largement les institutionnels, sur les bonnes pratiques à appliquer pour répondre aux évolutions des attentes du voyageur. Le fait que je partage ma prise de parole avec Rikka O’DOWD d’AccorHotels renforce l’intérêt de l’intervention. Il sera d’autant plus intéressant de voir comment un grand groupe comme Accor appréhende l’évolution de l’offre d’hébergement et de confronter cette vision à celle d’un gérant de startup spécialisée dans le secteur de l’hostel.
Sur quelles ressources s’appuiera votre prise de parole ?
De l’analyse clairement. Cela fait bientôt 15 ans que je travaille dans le secteur des Hostels. J’ai passé ma carrière à imaginer et mettre en œuvre des solutions pour améliorer l’expérience d’hébergement des jeunes générations, qui constituent le cœur de cible des auberges en Europe. J’ai également beaucoup voyagé, que ce soit au cours de mes expériences professionnelles ou personnelles, pour voir les offres d’hébergement existantes à l’étranger. Au travers de ces années de veille dans le secteur, j’ai pu identifier un certain nombre de comportements et analyser certaines pratiques, qui se sont démocratisées ou à l’inverse se sont estompées. C’est cette même expertise du secteur qui m’a poussé à développer France Hostels depuis 2015 pour professionnaliser et renouveler l’offre des auberges en France.
D’après vous, l’offre d’hébergement s’appréhende-t-elle de la même façon pour un hôtelier que pour un gérant d’auberge ?
Oui et non. Pendant longtemps, l’offre des hostels était assez éloignée des services que l’on peut retrouver dans un hôtel, en France en tout cas. Mais cet écart est en train de s’estomper petit à petit, ce qui est normal. C’est une question de bon sens : bien que la cible des hôtels soit différente de celle des hostels, on retrouve forcément des similitudes dans leur demande. Ces points communs prennent d’autant plus de sens si l’on s’interroge sur l’avenir du logement. Le cœur de cible des hostels étant composé principalement de 18-25 ans, ce sont eux qui, dans 5 à 10 ans, constitueront la clientèle des hôtels toutes gammes confondues. Je pense que les hôteliers ont donc tout intérêt à s’intéresser au comportement et aux attentes des clients d’auberge, afin d’optimiser leur offre pour les années à venir. Un point qui sera d’autant plus intéressant de détailler avec Accor, qui vient tout justement de lancer une offre type hostel avec sa marque Joe & Joe pour toucher les Millennials. C’est la preuve que la notion même d’hébergement est en pleine évolution.
Quel est le critère majeur qui caractérisera l’offre d’hébergement de demain ?
Le dépaysement tout simplement. Pendant des années, les hébergeurs ont fait le choix de l’uniformisation. Qu’importe l’enseigne que vous choisissez, vous trouverez dans 90 % des cas le même type d’aménagement des chambres. Les clients ont un besoin d’évasion qui doit être satisfait à chaque étape de leur séjour et l’établissement qui les héberge doit y contribuer. Aussi, les comportements du voyageur ont pas mal évolué. Le voyageur d’affaires qui appréciait travailler dans sa chambre d’hôtel a désormais plutôt tendance à travailler au bar. Y a-t-il encore un intérêt pour l’hôtel à installer systématiquement un bureau dans les chambres ? Chez France Hostels, nous pensons que la taille de la chambre sera de moins en moins importante au fil du temps. Elle devra être connectée, fonctionnelle et avoir un lit confortable. Les hébergeurs pourront alors développer les espaces communs dans leurs établissements, afin d’intégrer la dimension sociale du voyage. Les gens voyagent pour être dépaysés, pour faire des rencontres et les hébergeurs de demain ne peuvent pas négliger cet aspect.
Quelle place prendra la technologie dans l’offre d’hébergement de demain ?
Elle sera évidemment importante. Pour autant, je ne suis pas partisan du 100 % technologie. L’aspect social est important pour le voyageur. La technologie doit être employée pour fluidifier l’expérience de séjour, mais ne doit pas être employée à tout va. Par exemple, les consommateurs en ont marre de devoir télécharger une application à chaque fois qu’ils désirent accéder à un service. La capacité de stockage de leur smartphone n’est pas illimitée. Ils préfèrent pouvoir prendre des vidéos et photos plutôt que de l’encombrer d’une multitude d’applications qu’ils utilisent une fois par an, tout au plus. Évidemment, le parcours client doit être digital mais je pense qu’il est inutile de développer une application, si elle n’offre pas une expérience spécifique qui donnera envie au consommateur de la télécharger.
Quel message souhaitez-vous adresser au public institutionnel, fortement présent sur VEM ?
Tout simplement qu’il y a une nécessité de mieux considérer les jeunes générations dès à présent. Je trouve dommage que certaines destinations aient une mauvaise image des jeunes générations et qu’à l’inverse, les jeunes aient parfois un mauvais a priori sur certaines destinations. Il y a donc un fort besoin de décomplexer les acteurs du secteur sur la question de l’accueil du jeune public. Sans quoi, ils ne pourront jamais revaloriser l’attractivité de leur territoire auprès de cette cible. Encore une fois, les jeunes d’aujourd’hui sont potentiellement les clients haut de gamme de demain. Aussi, sur l’approche technologique, j’ai pu constater que les collectivités font parfois de mauvais choix. Tout simplement car ils connaissent peu le sujet et s’entourent, parfois à tort, de startups, consultants, agences, etc. Le cashless qui peut intéresser un tas de destinations est généralement présenté comme une solution rocambolesque. Mais dans les faits, son application est tout à fait basique. En me basant sur mon expérience de développement de France Hostels, je tiens à dire aux institutionnels qu’il est tout à fait possible de mettre en place des dispositifs technologiques intéressants avec peu de moyens. Encore une fois, la définition des objectifs et la connaissance de la cible sont les deux prérequis à toute stratégie.
Photo d'ouverture : © Markus Spiske