Avant d’être nommé CEO de Traveldoo, Stéphane Donders a notamment travaillé pour l’un des premiers fournisseurs Internet en France. Durant ces années, il a compris que tout est une question de timing lorsqu’il s’agit de technologie. « A qui donc vais-je bien pouvoir envoyer un e-mail ? » lui demandait-on à cette époque, dans les années 90. De cette expérience, Stéphane Donders en a retenu une leçon parmi d'autres : il ne faut pas chercher à être en avance, mais à adopter la technologie lorsqu’elle est applicable à un domaine d’activités et qu’elle répond à des besoins. Une manière de penser qu’il conserve quotidiennement à la tête de l’éditeur de solutions pour la gestion des voyages d’affaires, Traveldoo.


Vous venez de sortir une application pour la gestion des notes de frais, pouvez-vous nous en dire plus ?
Stéphane Donders : Le sujet de la gestion des notes de frais est d’actualité dans un monde où l’on se déplace de plus en plus pour le travail. Lorsque l’on engage des frais, il faut pouvoir le justifier. Mais pour pouvoir être remboursé, encore faut-il avoir respecté la politique voyage. Recouper toutes les informations prend énormément de temps une fois par mois, c’est très fastidieux.
Notre objectif avec cette application est donc de dématérialiser la note de frais et de rendre le processus de validation très simple. Le smartphone est devenu un prolongement naturel de notre bras, c'est pourquoi il est le compagnon naturel des voyageurs d'affaires. L’application utilise la géolocalisation pour s’assurer que la personne s’est bien rendue à un endroit. Elle peut pré-remplir le formulaire et l’utilisateur a même la possibilité de le compléter avec la voix, grâce à une technologie de reconnaissance vocale. Il peut aussi ajouter des photos. Pour le moment, nous n’avons pas mis au point de technologie qui permettrait d'analyser une photo et ainsi comprendre son contenu. Mais nous réfléchissons à l’élaboration d’un robot scanner. Un de nos clients utilise ce genre de technologie en scannant les e-mails, mais la question de la vérification manuelle se pose alors. Faut-il tout automatiser ? C’est une question que l’on se pose.
Avec cette application, vous faites partie des entreprises du secteur qui ont enfin compris l’intérêt du mobile…
Les déplacements professionnels concernent les entreprises et pourtant les voyageurs veulent y ajouter une couche de loisirs en transposant leurs usages technologiques. C’est la suite logique de comportements qu’ils ont au quotidien et le mobile en fait partie. Chez Traveldoo, nous réfléchissons aux projets d’une manière globale. Les pays nordiques sont par exemple très mobile 1st, ce qui est moins le cas en France. C’est pourquoi l'application ne voit le jour qu'aujourd'hui. Le mobile s’inscrit dans un phénomène plus global qui est le passage du SaaS vers le cloud.
Il y a aussi un changement dans la manière de penser des décideurs. Ils semblent plus ouverts et plus axés vers la transformation digitale. La question est de savoir si une technologie est juste ludique ou si elle répond à une problématique de sécurité. L’adoption des nouvelles technologies est bien souvent poussée par le terrain. Qui mieux que les voyageurs peut savoir ce dont ils ont besoin ? Mais pour qu’un projet soit appliqué, l’aval de la direction est bien sûr indispensable. C’est là qu’apparaissent deux types de cultures d’entreprise, celles qui se lancent à fond et celles qui tâtonnent. La dématérialisation de l’expense paraît naturelle aujourd’hui, alors qu’elle était critiquée auparavant. Savoir anticiper la technologie est un vrai sujet. Mais il faut aussi savoir la proposer au bon moment.
Vous l’avez dit, de plus en plus d’outils du grand public sont utilisés par les voyageurs d’affaires. Que pensez-vous d’une application qui regrouperait le profil personnel et professionnel du voyageur et qui permettrait de switcher facilement entre les deux ?
On touche là la problématique de la réutilisation des données. Avec le RGPD (règlement européen sur la protection des données, ndlr) elle se pose de plus en plus. On pourrait par exemple utiliser les données PNR pour mieux accompagner les voyageurs. Mais on arrive rapidement à la frontière de l’encadrement des individus. Ce mélange professionnel/personnel est un nouveau sujet. Il sera adopté ou non en fonction des politiques voyage des entreprises.
Chez Traveldoo, permettez-vous aux entreprises d’utiliser des offres loisirs si elles le souhaitent ?
Notre volonté est de laisser le choix aux entreprises. Nous nous connectons aux API en fonction des demandes, que ce soit dans l’hôtellerie ou dans l’aérien. Il y a quelques années, nous avons par exemple permis de se connecter aux compagnies aériennes low cost, ce que ne proposaient pas les GDS. Nous ne souhaitons pas nous connecter à Airbnb par exemple, car nous estimons qu’ils ne sont pas prêts. Nous réfléchissons plutôt à proposer l’offre d’HomeAway qui fait partie comme nous du groupe Expedia. D’une manière générale, nous cherchons à rendre la technologie utilisable lorsqu’elle est au bénéfice du voyageur. C’est à ce moment qu’elle prend tout son sens.
Photo d'ouverture : Puk Khantho
