
À l’occasion du TOTEC 2017 dédié à la sécurité, Alain Bensoussan, avocat à la cour d’appel de Paris spécialisé en droit des technologies, a expliqué les risques que représente le profilage du voyageur avec l’arrivée du RGPD et sa pratique dans le futur.
Déjà interrogé par TOM sur les enjeux du RGPD, Alain Bensoussan a profité de sa prise de parole lors du TOTEC 2017 pour expliquer aux acteurs du Travel les risques constitués par le profilage des voyageurs. La mise en application de la nouvelle loi prévue le 25 mai 2018 va forcer les acteurs du Travel à revoir leur méthode de collecte des données pour établir le profilage de leurs voyageurs. « Vous pensiez que mettre vos bases de données clients en conformité avec le RGPD était suffisant ? La méthode de collecte que vous employez est également au cœur des enjeux de la nouvelle loi. Le ciblage des clients, qui constitue depuis quelques années la pratique privilégiée par le marketing, va devenir un risque important pour les entreprises dans quelques mois. Oubliez le profilage du voyageur tel que vous l’établissez aujourd’hui, au risque d’être sanctionné dans 162 jours », a averti Alain Bensoussan. La sanction est conséquente pour les entreprises qui ne se plieront pas au nouveau règlement. Pour rappel, les amendes délivrées dans le cadre du RGPD peuvent s’élever jusqu’à 20 millions d’euros. « À ce prix-là, ce n’est plus un procès, c’est une gourmandise », a ironisé l’avocat. Face à la nouvelle loi, Alain Bensoussan a émis des prédictions sur ce que pourrait être le futur de la collecte de données.
Privilégier une synchronisation physique virtuelle pour la collecte de données
Le juriste a conseillé aux entreprises collectant les données de leurs clients, et notamment aux aéroports dans lesquels le volume de data est important, de prendre leurs précautions en matière de collecte. « Le ciblage des clients tel qu’il est exercé aujourd’hui doit être banni par les acteurs du Travel. Oubliez la collecte de masse au travers des plateformes comme Facebook ou Instagram, le RGPD le proscrit. Aussi, vous devez désormais effectuer un profilage synchrone, c’est-à-dire qui mêle le physique et le virtuel », a expliqué Alain Bensoussan. On peut parler de profilage synchrone quand par exemple les données du voyageur sont collectées au moment où il est géolocalisé (virtuellement) et qu’il se trouve dans l’aéroport (physiquement) à l’instant T.
La valise connectée, nouveau support de collecte de données
Dans sa vision de l’avenir de la collecte des données du voyageur, Alain Bensoussan mise sur une démocratisation des objets connectés comme nouvelles cibles du profilage synchrone. « La valise connectée va être le nouveau support de surveillance dans les aéroports. Reliée à son propriétaire via sa montre connectée, elle permettra par exemple d’effectuer les contrôles douaniers ou de confirmer l’identité du voyageur lors de l’enregistrement », a expliqué l’avocat. Outre les fonctions assurées par la valise connectée, l’objet constituera pour les acteurs du Travel un nouvel outil de collecte de données pour un profilage synchrone.
Vers l’ubérisation de la sécurisation des données ?
Avec l’augmentation des robots connectés sur laquelle mise l’avocat, comme le robot voiturier par exemple, le droit des technologies va être contraint d’évoluer. « Aujourd’hui, les entreprises n’ont pas l’autorisation de faire le travail de la police à la place de la police. Sécuriser les données, c’est aussi sécuriser les individus qui y sont rattachés. La question de la sécurisation des données du voyageur et plus largement des consommateurs va poser à terme des problèmes de droit », a expliqué l’avocat. Alain Bensoussan n’a aucun mal à imaginer que dans un futur proche, des acteurs du secteur des technologies tels qu’Apple se positionnent en tant que spécialistes de la sécurité. « C’est une question de logique. Au travers des technologies développées, comme la reconnaissance faciale ou l’assistant vocal intelligent Siri, et du volume de données collecté par Apple, l’entreprise dispose d’une meilleure légitimité en tant qu’acteur de la sécurisation des données », a souligné Alain Bensoussan.
Bientôt tous robots
Autre tendance évolutive mise en lumière par le juriste : le développement des robots à tous les secteurs d’activités. « Si les robots assistants ont déjà envahi les aéroports japonais, nous assisterons très rapidement à un développement de masse de ces technologies. Plus encore, dans quelques années, on ne parlera plus d’objets connectés, mais d’humains connectés. Que ce soit au travers de puces ou de prothèses connectées, la technologie va s’intégrer de plus en plus au corps de l’humain. Reste à savoir si dans ce futur, les humains veilleront à la sécurité des données de leurs robots ou si les robots assureront la sécurité des données humaines », a conclu le juriste.