Avec 163 votes pour et 2 abstentions, le rapport « Tourisme & Numérique » établi par un groupe de travail du Conseil économique, social et environnemental (CESE) a été accueilli à bras ouverts. Les rapporteurs du projet Jean-Louis Cabresprines, Président du Conseil national des CRESS de 2010 à 2016 et Régis Wargnier, Cinéaste, ont expliqué à TOM les préconisations phares émises par le groupe de personnalités qualifiées.
Adopté hier à l’unanimité (163 pour, 2 abstentions, 0 contre) dans l’enceinte du Palais d’Iéna, le siège du CESE, le rapport « Tourisme & Numérique » semble avoir été bien accueilli. L’auditoire composé de syndicats, du Medef notamment, ainsi que de plusieurs associations en lien avec l’environnement, s’est montré très réceptif au projet. Au travers des 180 pages de rapport, l’avis établi par le groupe de travail qualifié, composé de 38 personnalités issues de secteurs et d’institutions variés, a émis quatre préconisations phares. « L’objectif visé par notre cellule de travail était de trouver comment exploiter la totalité du potentiel touristique de la France grâce, notamment, à l’utilisation du numérique », explique Jean-Louis Cabresprines lors d'un entretien pour TOM. Les recommandations principales visent à ouvrir une haute école du Tourisme, à lancer un plan national de départs en vacances, à créer des parcours de découvertes par les habitants et enfin à nominer un interlocuteur unique auprès du Premier ministre dédié au Tourisme. À l’heure où la France accueille 83 millions de visiteurs annuels, l’industrie du Tourisme représente 7 % du PIB national. Ce rapport vise donc à soutenir la croissance du secteur qui connaît un léger ralentissement.
Tourismus : la haute école du Tourisme français
Afin de réunir les différentes formations qui composent les métiers du secteur touristique dans un même établissement, les rapporteurs du projet préconisent la création d’une haute école du Tourisme. « Aujourd’hui, il existe différentes filières éparpillées en France qui permettent de se former au métier de l’hôtellerie, de la restauration ou encore du voyage, mais à l’heure actuelle, aucun établissement de formation n’est en mesure de prendre l’industrie du Tourisme dans son ensemble », analyse Jean-Louis Cabrespines. L’apprentissage des langues étrangères, l’utilisation du numérique ou encore la connaissance de l’histoire liée au patrimoine et aux monuments culturels, autant de connaissances et de savoir-faire nécessaires aux métiers touristiques, mais qui ne sont pas enseignés dans un même établissement à l’heure actuelle. La haute école du Tourisme français Tourismus devra s’organiser en plusieurs campus répartis dans différentes régions pour faciliter l’accès à la formation pour tous, mais aussi dans des pays européens pour renforcer le lien avec nos voisins tout en enrichissant le contenu des formations. « Nous avons choisi ce nom en clin d’œil au programme Erasmus, qui a rencontré un franc succès. Ce nom permet également de mettre en avant le lien fort entre la France et le reste de l’Union européenne », ajoute Régis Wagnier. En plus des formations classiques, allant du bac+2 au master, Tourismus offrira aux professionnels la possibilité d’accéder à de la formation continue au cours de sessions plus courtes qui leur permettront de mettre à jour leur savoir-faire lorsqu’ils le souhaitent. « Nous souhaitons également éduquer les plus jeunes à regarder, analyser et apprécier leur environnement. Une tâche qui débute dès le CM1 au travers de cours d’analyses de reliefs, de paysages et de monuments qui entourent les élèves », précise Jean-Louis Cabresprines.
Lancement d’un plan national de départs en vacances
Cette préconisation s’articule autour de deux axes majeurs qui visent à faciliter l’accès aux vacances pour tous en France. « L’offre touristique en France est dépendante de la demande et de la législation. Prenez les villages de vacances. Aujourd’hui, ils sont nombreux à cibler les classes moyennes plutôt que les familles les plus défavorisées pour des raisons d’optimisation des coûts. Nous demandons donc une intervention de l’État à ce niveau pour instaurer un droit aux vacances, au même titre que le droit au travail en France », souligne Jean-Louis Cabrespines. « En sachant qu’aujourd’hui 8 Français sur 10 partent en vacances grâce au numérique, il est nécessaire de mettre cet outil à disposition de tous pour faciliter l’accès à l’offre touristique en ligne. Nous préconisons donc que les collectivités territoriales prennent des mesures pour faciliter l’accès à un ordinateur et une connexion haut débit, pour que les plus défavorisés puissent accéder à la même offre de vacances que les autres. L’idée n’est pas de créer un ghetto où les plus pauvres se retrouvent en vacances, mais bel et bien de démocratiser l’accès à la même offre existante pour tous », explique Régis Wargnier, personnalité qualifiée au CESE au titre de la cohésion sociale et territoriale et de la vie associative.
Création de parcours de découverte par les habitants
Avec 8 000 musées, 45 000 monuments historiques et 43 sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, la richesse du patrimoine français est indéniable et attire chaque année des visiteurs en masse, avance le rapport. « Malheureusement, aujourd’hui, en France, les touristes viennent voir les sites qui sont le mieux référencés. Mais parfois, vous pouvez trouver à une dizaine de kilomètres du lieu que vous visitez, un port, un bord de mer, un musée ou encore un château médiéval. En créant des parcours de découverte, nous souhaitons mettre en avant la totalité de la richesse du patrimoine français. Par exemple, la France compte dix fleuves dont seulement certaines portions sont visitées. Imaginez un parcours de découverte élaboré depuis la source du cours d’eau, jusqu’à son estuaire, avec tout au long du parcours des lieux d’hébergement et des monuments à visiter », raconte Jean-Louis Cabrespines. À la manière des explorateurs qui découvraient un nouveau territoire, mais dans le sens inverse, cette expérience de voyage est l’opportunité de renforcer la collaboration entre les régions et les communes qui gravitent autour des fleuves. « Il faut bannir l’esprit de clocher pour favoriser la coopération entre les communes, et le numérique peut y aider. En installant des bornes connectées tout au long du fleuve, le touriste pourra être notifié lorsqu’il rentre dans un nouveau territoire et consulter les événements organisés ou encore les monuments à visiter », ajoute Régis Wargnier. Ces parcours de découverte pourraient être accessibles aux voyageurs au travers d’une application dédiée qui permettrait d’optimiser l’expérience de voyage en mobilité. Au-delà de la valorisation du patrimoine et des territoires, ces parcours constituent aussi l’opportunité de rallonger le temps de séjour des touristes et de faire de la France une destination de séjour plus qu’un simple territoire de transit.
Nommer un interlocuteur dédié au Tourisme auprès du Premier ministre
« À l’heure actuelle, les questions liées au Tourisme font l’objet de traitements éparpillés dans les différents ministères. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chapeaute les actions en collaboration avec la DGE (Direction Générale des Entreprises ndlr) au travers du comité interministériel établi par notre Premier ministre, Édouard Philippe, dans le courant de l’été mais ce n’est pas suffisant », explique Jean-Louis Cabresprines. L’idée est donc de nommer une personne au sein du gouvernement qui consacre son temps et son énergie aux questions relatives au secteur. Son champ d’action lui permettrait de coordonner l’ensemble des démarches établies pour le secteur qui couvrent actuellement plusieurs ministères (culture, territoires, etc.), pour devenir un interlocuteur privilégié auprès du Premier ministre.
La journée du 12 décembre 2017 était de bonne augure pour le secteur. Plus tôt dans la matinée, en parallèle du vote, la DGE annonçait l'ouverture de DATAtourisme, une plateforme open-data dédiée au secteur. Maintenant que l’avis a été adopté à la grande majorité, le groupe de personnalités qualifiées doit faire le nécessaire pour faire appliquer les préconisations émises lors de la cellule de travail. « J’irai défendre le projet partout où il le faudra », conclut Jean-Louis Cabresprines avec fermeté.