La norme NDC et les frais GDS étaient LE sujet de l’édition 2017 des Journées des Entrepreneurs du Voyage qui se déroulaient à Lille. Plusieurs prises de paroles ont permis aux participants de mieux appréhender le sujet mais surtout de demander des comptes aux principaux concernés.
Après l’intervention de Yanik Hoyles, Directeur du programme NDC chez IATA, ce fut au tour de Jean-Marc Janaillac, Président et DG d’Air France-KLM, de s’expliquer sur la surcharge imposée aux agences d’un montant de 11€ par aller, qui prendra effet le 1er avril 2018. « Cette surcharge n’est pas une surprise, a-t-il commencé par expliquer, Dans un monde de plus en plus changeant et compétitif nous nous devons d’évoluer aussi ». Il a ensuite déclaré que pour adopter NDC, Air France devait dénoncer les conventions signées avec les GDS. Le coût que cela entraîne est ensuite traduit par la surcharge imposée aux agences. Selon lui, le mode de fonctionnement actuel s’essouffle. La compagnie veut proposer davantage de contenus aux agences pour qu’elles y trouvent aussi leur compte.
Malgré les demandes des professionnels, la surcharge prendra bien effet le 1er avril et pas après. Cette échéance correspond à la fin des contrats souscrits avec les GDS qui prennent fin le 31 mars 2018. « Cela fait 5 ans que les GDS savent pour NDC. Ils auraient pu mieux anticiper l'arrivée de cette norme », a continué Jean-Marc Janaillac. Pourquoi la compagnie n’a pas décidé « d’incentiver » l'utilisation de NDC ? Tout simplement parce qu’Air France n’est est pas capable économiquement selon les dires du PDG.
Jean-Marc Janaillac, PDG d'Air France, à gauche, au micro de François-Xavier Izenic
Les avantages de NDC selon Jean-Marc Janaillac
Même s’il est resté très ferme sur sa volonté d’appliquer la surcharge au 1er avril, Jean-Marc Janaillac a rappelé qu’il n’était pas dans l’intérêt d’Air France-KLM de s’embrouiller avec les agences. « Nous ne remettons pas en cause leur rôle d’intermédiaires. Nous pensons au contraire que NDC va enrichir nos relations avec elles, a-t-il expliqué, la norme va permettre de mieux vendre des produits annexes. Il est normal que nous les rémunérions dessus ». Le PDG a ensuite insisté sur le fait que la compagnie accompagnerait les agences de voyage dans cette transition.
Amadeus VS Air France : round 1
Plus tard dans le congrès, une dernière table-ronde fortement attendue sur le sujet réunissait notamment Amadeus et Air France. Un face à face assez tendu, durant lequel chacun rejetait la faute sur l’autre sur fond de non-dits. Ce fut d’abord au tour de Zoran Jelkic, DG d’Air France-KLM, de confirmer les dires du PDG : « Chaque compagnie a choisi son modèle et nous avons choisi d’appliquer une surcharge. Signer des contrats full content avec les GDS nous coûte plus cher. La surcharge permet de compenser cela ». Un argumentaire tout de suite contesté par Georges Rudas, PDG d’Amadeus France : « Je ne suis pas d’accord. Air France essaie de nous la faire à l’envers. D’autres compagnies qui ont adopté NDC continuent à travailler en full content avec Amadeus. Lorsque j’entends que la volonté d’Air France est d’attaquer les GDS cela me choque ».
Il a ensuite fait référence à une étude réalisée par l’ECTAA (l’association européenne des agents de voyages et des tour-opérateurs) et l’ETTSA (European Technology & Travel Service Associations) qui affirment que la distribution directe ne coûte pas moins cher que l’indirecte. Une étude contestée par Zoran Jelkic. « Si toutes les compagnies contestent notre étude, c’est qu’elle doit être fiable », s’est alors amusé Michel De Blust, Secrétaire Général de l’ECTAA.
Georges Rudas, PDG d'Amadeus France, Valérie Sasset, DG de BCD Travel France, Aurélien Rath, DG de Cap 5, Michel De Blust, Secrétaire Général de l'ECTAA et Zoran Jelkic, DG d'Air France-KLM
Amadeus VS Air France : Round 2
Zoran Jelkic a ensuite affirmé qu’Air France serait bien en full content en NDC mais qu’il faudrait discuter avec les GDS pour savoir si ce sera également le cas via leurs canaux. Amadeus ne sera sûrement pas prêt à temps, mais cela n’est pas de leur faute selon Georges Rudas : « C’est Air France qui a imposé la date du 1er avril et qui a voulu mettre fin aux contrats avec les GDS. Nous avons baissé nos booking fees sur les réservations Air France. Cette décision est entièrement la leur ».
« C’est faux, les booking fees ont augmenté », a alors répliqué le DG d’Air France-KLM. Le groupe a commencé à travailler avec des agrégateurs pour intégrer NDC. « Mais on ne peut pas faire notre API sans Amadeus », a-t-il continué. Sur ce point, Georges Rudas n’était encore une fois pas d’accord : « Ce n’est pas Amadeus qui développe l’API d’Air France, elle est faite en interne. Lorsque nous pourrons nous y connecter, nous pourrons commencer à industrialiser NDC ».
Si chacun à son argumentaire, difficile de savoir qui du GDS ou de la compagnie dit vrai. Valérie Sasset, Directrice Générale de BDC Travel France, a conclu la table-ronde en expliquant : « Air France veut reprendre la main sur sa distribution et maîtriser sa data. Mais le problème, c’est le court laps de temps et ce que cela implique en termes de productivité pour les agences. Cette situation montre en tout cas que la désintermédiation continue bel et bien de prendre de l’ampleur dans notre industrie ».
Photo d'ouverture : Nomad_Soul