Le cabinet de conseil Gartner vient de dévoiler son top 10 des tendances technologiques stratégiques pour 2018. Elles se regroupent dans trois grandes catégories : les programmes intelligents, le digital et les réseaux.
1ère catégorie : les programmes intelligents
La première tendance évoquée par Gartner est l’intelligence artificielle (IA). D’ici 2025, elle permettra de prendre de meilleures décisions, de réinventer les modèles économiques et les écosystèmes et d’améliorer considérablement la relation client. Le cabinet a remarqué que les études sur le sujet continuent de se multiplier. D’ailleurs, une étude Gartner a montré que 59% des entreprises sont encore en train de rassembler des informations afin de mettre en place une stratégie autour de l’intelligence artificielle. Le reste a déjà fait des progrès dans l’intégration ou le pilotage de telles solutions. Selon Gartner, les entreprises doivent surtout s’intéresser à la « Artificial Narrow Intelligence » qui consiste à effectuer une seule action grâce à des algorithmes optimisés pour cette tâche. Le logiciel créé par DeepMind, filiale de Google, capable de battre les meilleurs joueurs de Go est une solution ANI par exemple.
La deuxième tendance concerne les applications intelligentes et l’analytics. Selon Gartner, chaque application sera composée d’IA dans les prochaines années. Ce sera d’ailleurs le prochain champ de bataille des logiciels et des services, dont les ERP, les systèmes d’information qui permettent de gérer et suivre au quotidien l’ensemble des informations et des services opérationnels d’une entreprise. L’IA « a le potentiel de transformer la nature du travail et la structure des organisations », écrit Gartner.
Les objets intelligents sont la troisième tendance. L’intelligence artificielle et le machine learning permettent aux objets d’interagir de manière plus pertinente avec les utilisateurs. Ils peuvent fonctionner de manière semi-autonome ou autonome à la manière d’un aspirateur ou d’un véhicule agricole. Au fur et à mesure que les objets intelligents prolifèrent, il faut s'attendre au passage d’un fonctionnement autonome à un fonctionnement collaboratif. Les appareils pourront ainsi interagir entre eux avec ou sans intervention humaine.
2ème catégorie : le digital
Quatrième tendance dans cette catégorie : les doubles digitaux. Il s’agit d’une représentation digitale de la réalité. Dans le contexte de l’IoT (Internet of Things = les objets connectés), cela permet de faire parler de vrais objets dans un univers digital. Cela permet de connaître leur état en temps réel. D’ici 2020, des milliards de doubles digitaux devraient voir le jour. Autant de dollars devraient ainsi être économisés en réparation et maintenance. Mais demain, c’est même l’utilisation des objets qu’il sera possible de connaître. Gartner va même plus loin en évoquant un monde virtuel parallèle au nôtre, dans lequel toutes les interactions dans la vie réelle seront stockées.
Le edge computing est la cinquième tendance de l’étude. Ce terme technique désigne la pratique consistant à traiter les données à proximité de la périphérie du réseau d’une entreprise, là où les données sont générées, et non dans un entrepôt de traitement de données centralisé. Selon Gartner, les entreprises devraient prendre cela en compte dans leurs modèles de conception.
La sixième tendance concerne les interfaces conversationelles. Avec elles, les humains et les machines vont enfin pouvoir se comprendre, que ce soit à travers de simples questions ou d’interactions plus complexes. Cette technologie va s’améliorer dans les prochaines années. Gartner imagine par exemple qu’à l’avenir, elle pourra servir à recueillir les témoignages de témoins d’un crime afin de créer un portrait robot. Le souci aujourd’hui est que les utilisateurs doivent s’exprimer de manière très structurée, ce qui peut être frustrant.
Septième tendance : les expériences immersives. Aujourd’hui, la réalité virtuelle, augmentée et mixte changent la façon dont les gens perçoivent et interagissent avec le monde digital. Couplées aux interfaces conversationnelles, elles tendent à rendre l’expérience utilisateur invisible et immersive. L’étude met particulièrement en avant la réalité mixte qui permet de rassembler le meilleur des deux mondes. D’ici 2018, de nombreux smartphones devraient en être équipés.
3e catégorie : les réseaux
Dans cette catégorie, la première tendance évoquée est la blockchain. Gartner donne sa définition : « C’est un grand livre partagé, décentralisé et tokenisé* qui supprime les frictions commerciales en évoluant indépendamment des applications individuelles ou des participants ». Une technologie qui a le potentiel de transformer de nombreuses industries selon l’étude, que ce soit le Gouvernement, la Santé ou la Distribution. Pourtant, de nombreuses technologies basées sur la Blockchain aujourd’hui sont immatures et non réglementées.
La stratégie Event Driven est la neuvième tendance de l’étude. Une entreprise qui prend en compte de multiples évènements pour réaliser une action est event driven. Imaginons par exemple que je sois une marque d’eau minérale. Je sais qu’une canicule surviendra dans quelques jours et qu’un de mes concurrents connaît des problèmes d’insalubrité. En prenant en compte ces évènements, je vais décider d’envoyer deux fois plus de bouteilles à la grande distribution. Selon l’étude, avec l’intelligence artificielle et l’IoT, il est de plus en plus facile de capter ces évènements et de réagir rapidement.
Enfin, la 10e tendance concerne la sécurité. Les systèmes informatiques toujours plus sophistiqués créent des failles non négligeables. Dans ce nouveau monde digital, les techniques de sécurité basées sur la confiance ne sont plus valables. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à donner la responsabilité de la sécurité aux développeurs selon Gartner, pour que les infrastructures soient créées en prenant en compte ces nouvelles failles.
* Fait de remplacer une donnée critique par un élément équivalent nommé token qui n’aura aucune valeur intrinsèque ou signification exploitable une fois sortie du système.
Photo d'ouverture : Patrick Lindenberg