Lors des Entretiens de Vixouze qui se dérouleront les 7 et 8 septembre, une conférence aura pour thème « Quel algorithme pour le futur de notre tourisme? ». TOM a interviewé Amy Zalman, Ancienne Présidente de World Future Society, pour en savoir plus.
Vous étiez Présidente de la World Future Society. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette organisation ?
La World Future Society a été créée en 1966. Ce fut la première organisation associative internationale réunissant des personnes intéressées, se sentant concernées ou excitées par le futur. L’idée était de créer un centre d’échanges pour réfléchir au futur. Souvenez-vous, à l’époque Internet et les réseaux sociaux n’existaient pas. Faire véhiculer des informations sur les nouvelles recherches et idées était donc très important. A son apogée, l’organisation rassemblait 100 000 membres à travers le monde. Elle est reconnue pour sa capacité à expliquer comment les nouvelles idées et les nouveaux outils vont aider les citoyens à façonner leur avenir plutôt que d’être soumis à ces évolutions.
Quels sont les débats et discussions que l’organisation mène à propos du Tourisme ?
La World Future Society n’a jamais eu de département spécifique au Tourisme. Mais toutes les réflexions de l’organisation peuvent concerner le secteur. L’environnement construit (la transformation de l'espace par l'homme, ndlr), les habitudes culturelles qui changent, le transport, les technologies, la mondialisation sont des sujets de discussions fréquents. Certaines projections étaient fausses, mais c’est parce que les membres étaient en avance sur leur temps. A la fin des années 80, ils ont par exemple prédit que la commercialisation de l’avion supersonique allait arriver avant la fin du 20e siècle. Ce ne fut pas le cas. Désormais, des estimations plus conservatrices prédisent que l’on pourra voyager dans ces avions en y mettant le prix dans les 20 ans à venir. Quelques fois, ils avaient aussi raison. A la fin des années 80, les membres ont deviné que le tourisme d’aventure, les services à destination des personnes âgées, les hôtels, menus et services tournées vers la fitness et la santé allaient voir le jour.
A quoi ressemblera le voyage en 2030 ? Quel impact auront les nouvelles technologies ?
La technologie jouera un rôle important dans le voyage dans les 20 prochaines années. Beaucoup de signes montrent que toutes les tendances actuelles autour de la personnalisation vont continuer à exister. Les systèmes de recommandation actuels sont déjà en train d’évoluer pour créer des profils de voyageurs très spécifiques et leur proposer un séjour personnalisé. Ces efforts pour segmenter le marché du voyage de manière de plus en plus discrète ne sont pas nouveaux, mais aujourd’hui, les outils sont plus sophistiqués. Il y a beaucoup plus d’informations à prendre en compte, puisque tout le monde laisse une empreinte digitale. Les wearables, les plateformes qui incorporent la géolocalisation et les informations sur les transports en temps réel peuvent pousser les voyageurs à vouloir personnaliser leur expérience et améliorer leur satisfaction. Les améliorations dans les secteurs aérien et ferroviaire peuvent vraiment améliorer le confort des passagers de la classe moyenne. Tout cela va permettre à de petites villes d’émerger face à de plus grandes et de se faire connaître.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre intervention aux Entretiens de Vixouze ?
Je vais parler des tendances technologiques qui permettent plus de personnalisation. La possibilité d’incorporer des systèmes de géolocalisation est particulièrement prometteuse. Toutes ces mutations vont nous affecter de manière culturelle. Notre vision du loisir devrait changer et avec elle les raisons pour lesquelles nous voyageons. Dans le passé, nous voyagions pour nous détendre et échapper au travail, mais si nous ne travaillons plus de la même manière, quelle sera la raison ? Si nous voyageons pour découvrir un monde différent du nôtre, mais que la mondialisation nous rend identiques aux autres, quelle sera notre définition de l’exotisme ? Voyager sera également plus contingent dans le futur. Il faudra prendre des décisions à court terme en fonction des évènements météorologiques ou géopolitiques. Dans ce contexte, l’Intelligence Artificielle permettra de faire voyager des personnes de manière équitable, sécurisée et agréable.
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Photo d'ouverture : Mark Asthoff