À l'occasion du 14e séminaire Raffour Interactif qui se tenait il y a quelques jours, le Président du Directoire du Futuroscope est revenu sur les enjeux stratégiques auxquels a dû répondre le parc poitevin pendant ses trente premières années. Entre analyse et instinct, ses équipes ont su utiliser les nouvelles technologies pour proposer de nouvelles expériences aux visiteurs. Le Futuroscope est aujourd'hui le deuxième parc de France en termes de fréquentation totale, avec près de 50 millions de visiteurs depuis son ouverture en 1987.
Guy Raffour, président de Raffour Interactif, présentait le 7 juillet dernier son Baromètre « Courts séjours, vacances, nouvelles tendances et e-tourisme 2017 » qui mesure tous les comportements touristiques des Français. Ce 4e séminaire à La Maison de la RATP, à Paris, accueillait également de nombreux intervenants venus partager leur expérience à un public de professionnels du Tourisme attentifs. Ainsi, de cette journée, Dominique Hummel retient le mot « humilité », « particulièrement en matière d’innovation », a-t-il expliqué. Le Président du Directoire du Futuroscope et Directeur de l’innovation de la Compagnie des Alpes (CDA) est revenu sur tous les moments clé où le parc poitevin a su tirer parti des nouvelles technologies.
Dominique Hummel a d’abord cité l’auteur dramatique Tristan Bernard, qui disait qu’il devait « surprendre le public avec ce qu’il attend ». Il y a trente ans, c’est ce que l’ex-ministre René Monory a tenté d’entreprendre en fondant le Futuroscope. Pourtant, la légitimité d’un parc à thème sans lien avec le territoire — le futur à Poitiers — n'était pas évidente. « René Monory, en homme d’anticipation, a proposé une véritable idée disruptive, a développé l’actuel Président du Directoire. À l’époque, Poitiers ne comptait pas 100 000 habitants. Aujourd’hui, en termes de nombre d’entrées, un Français sur deux est déjà venu dans le parc. »
Mettre un pied dans la technologie
Le parc investit à ses débuts dans des projecteurs IMAX. « Rien de très innovant en réalité. Les visiteurs sont venus nombreux, bluffés par ce qui n’était pas une révolution du futur », a continué Dominique Hummel. Si la technologie a vieilli, elle a interpellé les créateurs du parc sur la thématique du futur. En 2004, ce dernier est rénové. L’image n’est plus la seule à être mise en scène. Cette période marque une rupture de l’offre, avec l’utilisation d’objets. Elle a donné naissance à des sièges mis au bout des bras des robots Kuka, provenant de l’industrie robotique. « Le visiteur a alors eu accès à quelque chose qui n’est plus de l’image, mais qui met le pied dans le monde ostentatoire du futur. L’innovation vient de cette capacité à aller chercher des idées ailleurs pour les emmener dans notre univers », a expliqué l’intervenant.
L’objectif du parc de loisirs est de toujours mettre un pied dans la technologie. Même si parfois, il faut savoir être patient. En 2008, les premiers casques de réalité augmentée tout droit venus de l’armée sont utilisés pour une attraction autour des animaux du futur. Ce fût l'attraction la plus mal notée du Futuroscope : « La technologie commençait à faire parler d’elle, mais nous avons été trop rapides. Il faut prendre le temps de l’expérimentation », a-t-il admis. Leçon retenue, puisqu’il a fallu trois ans de recherches pour développer une nouvelle idée : un simulateur de voitures avec casques. Une attraction qui sera finalement accessible l’année suivante.
L'attraction autour des animaux du futur au Futuroscope en 2008.
Une démarche de « design thinking »
Le Futuroscope est également en recherche constante de collaborations. Les attractions Lapins Crétins et Arthur et les Minimoys en témoignent. Avec ces partenariats, la marque Futuroscope apporte sa créativité. « Ces immersions mettent le pied dans la promesse que le futur n'est pas demain, mais après-demain », s'enthousiasme Dominique Hummel. Dans trois ans par exemple, une montagne russe fera vivre une expérience dans l’espace, inspirée des « grands rêves de l’Homme ».
Selon l’orateur, l’objectif est de gagner quelques dixièmes sur la note TripAdvisor pour que le visiteur passe de la satisfaction à l’enchantement. C’est ce qui crée l’attractivité. Pour cela, trois facteurs sont analysés : les contenus, la relation au lieu et plus mystérieux, l’atmosphère. Le parc s’insère dans une démarche de « design thinking » — synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive. Les deux cents poufs Fat Boys installés sur les pelouses ou encore la création d’un BAR'LAB aux expériences culinaires moléculaires sont des exemples de petits investissements aux grands résultats.
Un changement décisif a également été la dynamique publique / privé : la Communauté e-Tourisme du département de la Vienne porte désormais des campagnes publicitaires marquées de l’ombrelle « Le pays du Futuroscope ». Ses alentours deviennent une destination à part entière, avec des propositions de sites de visite.

De plus, la révolution numérique entraîne une « dématérialisation qui, pour un site comme le nôtre, peut apporter des innovations de rupture », a affirmé Dominique Hummel. En cette période, deux enjeux sont à prendre en compte. La personnalisation avec la Data, qui va développer des nouveaux usages pour améliorer la satisfaction par l’individualisation. Mais également l’intégration du phygital. Selon le Directeur du Futuroscope, le patrimoine français est en retard sur sa mise en Tourisme. Il faut y remédier en étant à l’affût des innovations, en constituant des programmes de recherches… « Nous devons travailler ensemble, pour pouvoir mettre en place l'innovation chez les moyennes entreprises qui n'ont pas forcément les moyens de mettre en place leurs idées », a conclu Dominique Hummel.
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