Pour concurrencer les géants technologiques américains en matière de véhicule autonome, les constructeurs automobiles traditionnels doivent engendrer de grands changements. C'est la conclusion des quatre experts venus discuter du sujet à Viva Technology. Le développement de logiciels, la sécurité et la coopération entre les différents acteurs sont ainsi des pistes à exploiter pour espérer concurrencer les GAFA.
L'intelligence artificielle vise à transformer à la fois l'industrie automobile et l'expérience des passagers. Qui possédera les données des clients ? Quel rôle les entreprises automobiles européennes joueront-elles dans la construction d'un nouvel écosystème ? C’est à ces questions qu’ont tenté de répondre Ralf Herrtwich, Johann Jungwirth, Jennifer Schenker et Orit Shifman lors d’une table-ronde organisée dans le cadre de Viva Technology..
Désormais, les voitures vont devenir des plateformes software. Avec la technologie du véhicule autonome, le trajet va évoluer en un temps de transit où les passagers pourront rester connectés. Ils utiliseront ce temps pour travailler ou se divertir. « Le temps dégagé va permettre de développer de nouvelles activités. Cela représente des opportunités immenses », commente Jennifer Schenker, Fondatrice et rédactrice en chef de The Innovator — site d’informations spécialisé dans l’impact des nouvelles technologies dans le business. Dans ce contexte, les voitures vont devenir des « smartphones sur roues » aux services personnalisés et alimentés par l’intelligence artificielle. Cela explique pourquoi les géants technologiques de la Silicon Valley, producteurs de systèmes d’exploitation, pourraient finir par dominer l’industrie automobile.
De nouvelles compétences logicielles
Les constructeurs européens l’ont bien compris. Pour renforcer la stratégie numérique de sa marque, Volkswagen a fait le choix d’embaucher comme Responsable du service numérique Johann Jungwirth. Cet ingénieur, anciennement Directeur recherche et développement chez Mercedes, gérait l’innovation en conception et la réalisation du développement produit pour Apple. Il conseillait également la marque sur ses « Projets Spéciaux », dont faisait probablement partie la voiture autonome. « De nombreux changements sont à conduire pour que les constructeurs européens, dont Volkswagen fait partie, deviennent leaders de la disruption qui touche le secteur », a-t-il expliqué à l’audience. Selon lui, dans le contexte d’une collecte massive de Data par les véhicules, l’enjeu est de redonner le contrôle au consommateur.
Car les voitures ne se conduiront pas juste elles-même. Elles connaitront le conducteur, comprendront ses humeurs, s’adapteront aux circonstances selon un rapport de McKinsey Company cité par Jennifer Schenker. L’étude affirme par ailleurs que la compétence logicielle va devenir l'un des facteurs de différenciation les plus importants pour l’industrie. Au fur et à mesure que les voitures seront intégrées dans le monde connecté, les constructeurs n’auront plus d’autre choix que de « participer aux nouveaux écosystèmes de mobilité qui résulteront des tendances technologiques et des consommateurs ». D’après la rédactrice en chef, le pouvoir sera à celui qui, dans l’écosystème de la mobilité, sera propriétaire de la relation client.
« Nous devons apprendre à séparer l’analyse des données pratiques et personnelles et nous assurer que le machine learning respecte la sécurité de cette data. De cette façon, nous pourrons gagner la confiance des utilisateurs », confirme l’ingénieur. « Pour être compétitives face aux géants de la Silicon Valley, les entreprises doivent travailler à nouveau comme des startups », explique quant à elle Orit Shifman Chairman, CEO d’OSR Enterprises AG. Le groupe suisse met aux services des constructeurs automobiles des plateformes répondant à leurs besoins. Elle les lie ainsi aux développeurs. « Il faut réduire l’écart entre tous les acteurs pour des voitures plus sûres », ajoute-t-elle. Selon elle, si l’héritage des acteurs traditionnels a de la valeur, le changement doit être entrepris. Et les constructeurs européens ne peuvent le faire seuls. « C’est à cela que sert une entreprise comme la nôtre », affirme-t-elle.
Des échanges nécessaires
Une coopération nécessaire que valide Ralf Herrtwich, Vice President Automotive de HERE Technologies, spécialiste de la cartographie numérique et de la localisation. Celui qui est pour le moment le plus grand système de cartes digitales de la planète a déjà annoncé de nombreux partenariats. L’entreprise s’est par exemple associée à Xee. Pendant que cette dernière collecte en temps réel les données relatives à la sécurité, à la consommation où la maintenance, HERE Technologies fournit des informations contextuelles sur le lieu, les points d’intérêt, le trafic en temps réel aux utilisateurs. De plus, en mai dernier était annoncée avec le constructeur automobile Daimler une plateforme conjointe pour l'enregistrement en ligne et l'identité électronique. Un service qui permettrait aux clients de maintenir le contrôle de leurs données.
L’ensemble des cartes modernes créé par HERE Technologies, ce que Ralf Herrtwich appelle « reality index », peut par ailleurs être utilisé par tous pour créer de nouveaux produits. Le responsable invite ainsi les startups à aller s’inspirer de l’industrie des jeux vidéos. « Face aux géants californiens, nous gagnerons le jeu », convainc-t-il. « La collaboration est nécessaire pour offrir aux futurs générations de la mobilité en tant que service. C’est une question qu’il faut se poser ville par ville, complète Ralf Herrtwich. Pour avoir une chance de réussir, les partenariats sont essentiels. »