Véhicules autonomes : où en est-on en France ?

Les projets d'intelligence artificielle ouvrent la voie à la voiture sans conducteur.

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Mathilde Ragot

14 juin 20174 min de lecture

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© Archives Travolution

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Les projets d'intelligence artificielle ouvrent la voie à la voiture sans conducteur. De nombreux constructeurs annoncent la commercialisation de modèles capables de conduire de façon autonome dès 2020. Une promesse qu'a notamment fait Google. Mais si les GAFA sont sur les chapeaux de roues, la France ne se laisse pas distancer. Au festival numérique Futur en Scène, une table-ronde faisait l'état de la Recherche tricolore. Où en est-on ?

Dans la Grande Halle de la Villette se tenait, ce jeudi 8 juin, de nombreuses conférences dans le cadre de Futur en Scène. Cette 8e édition mettait l’intelligence à l'honneur sous toutes ses formes : artificielles, humaines, collaboratives... Dans cet écosystème, la France est source de création, notamment dans le domaine du véhicule autonome. Ce fut ainsi l'objet de la conférence « Voitures autonomes : 2017, où en est-on ? ».

Raoul de Charette est chercheur dans le domaine du véhicule autonome, spécialisé dans les algorithmes de vision par ordinateur, reconnaissance d'objets, segmentation de scène, vision par mauvais temps… Selon lui, peu d’instituts ont actuellement des prototypes opérationnels de véhicule autonome. « À mon sens, dans tous les prototypes dans lesquels je suis monté — y compris des meilleurs laboratoires — la conduite est bien différente de celle que l’on peut voir sur les vidéos des grands groupes », explique-t-il. Contrairement à l’image véhiculée, la France n’a pas de retard particulier d’après l’orateur. Si les travaux de recherche sont très avancés, des problématiques sont encore à résoudre.

D’abord, l’autonomie n’est pas détachée de tout contexte : « Nous arriverons à une voiture réellement autonome quand nous serons capable de la faire fonctionner dans des situations vraiment complexes », continue-t-il. C’est ce qui est appelé la « conduite osée ». Sur le plan de la perception, de nombreux challenges sont encore à dépasser. La compréhension de la scène en est l’une des difficultés, particulièrement pour la reconnaissance du piéton. Il faut que le véhicule puisse discerner un objet, peu importe son point de vue et son taux de visibilité. Aujourd’hui, malgré le doublement des capteurs, le taux de fiabilité n’est pas encore assez élevé. « Nous travaillons un peu en terre inconnue. Et nous avons besoin de terrains connus. » Une cartographie sémantique de l’environnement pourrait ainsi aider les avancées.

De premières expérimentations 

Le secteur des transports en commun voit cependant le véhicule autonome pointer le bout de son capot. Christine Peyrot est directrice commercial du département des systèmes autonomes de transport chez Transdev. Selon elle, l’un des impacts du véhicule autonome en termes de mobilité urbaine est l’accélération du glissement de la possession vers l’usage. De nouveaux services de mobilité partagée devraient apparaître. Ces voitures sans conducteur sont déjà capables de se déplacer dans des environnements protégés ou semi-protégés et sur des distances courtes. Elles vont permettre d’organiser des dessertes de rabattement vers des lignes structurantes : « Ces services de derniers kilomètres vont permettre de former un maillage plus fin. Ils seront synonymes de plus de sécurité, de flexibilité et de disponibilité », développe Christine Peyrot. Elle a ensuite présenté le projet mené dans le parc de l'île Saint-Germain, à Issy-les-Moulineaux :

L’objectif de Transdev à travers cette première expérience — et d’autres dans le monde entier — est d’accompagner nos clients, principalement des collectivités locales, dans la gestion de cette transition. « Nous pensons que la meilleure façon d’accompagner nos prospects, c’est de conduire de premières expérimentations », précise la directrice. La navette autonome devrait dès l’année prochaine être intégrée dans le trafic. « Nous faisons progresser la technologie mais aussi l’acceptabilité des voyageurs. Nous souhaitons comprendre le vécu des passagers. »

La réglementation, un frein

C’est à travers sa cellule Léonard de VINCI que le gérant d'infrastructures autoroutières s’intéresse aux thématiques du véhicule autonome. L’équipe de Nathalie Martin-Sorvillo, Responsable de Programmes Novateurs du projet, a décidé d'étudier un angle mort du développement du véhicule autonome : la route. « Nous travaillons sur la route comme source de données, le véhicule et l’infrastructure communicants l’un à l’autre des datas », commente-t-elle. La cellule Léonard de VINCI réalise également de la veille, de la prospective et de l’incubation autour d’autres grandes thématiques. Est ainsi évoqué le travail sur la signalisation : « Les travaux sont un sujet clé qui peut être intégré dans la voiture ». L’information pourrait être remontée pour diriger différemment la circulation, afin de faciliter les déplacements et la vie en ville.

La France est ainsi bien positionnée dans la Recherche autour du véhicule autonome. Seulement, les premiers lieux d’expérimentation sur route réelle restent l’Arizona et le Nevada. Et cela, pour une raison simple : « La France est plus frileuse en termes d’autorisations, éclaire Raoul de Charette. S’il y a un problème lors des contrôles, il faudra attendre plusieurs mois afin de pouvoir recommencer les tests. » Des évolutions dans la réglementation sont donc nécessaire. Pour Christine Peyrot, ce sera le levier majeur qui va conditionner son développement en France : « Le meilleur moyen de démontrer la fiabilité de la technologie, c’est à travers des expérimentations », conclut-elle.

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