Table-ronde du salon AI Paris : de gauche à droite, Nathanaël Ackerman, Bertrand Braunschweig et David Sadek
Lancé en janvier dernier, les enjeux du plan gouvernemental France IA – programme visant à aider les entreprises à s’approprier les technologies de l’Intelligence Artificielle – ont été exposés lors d’une table-ronde à l’occasion du salon AI Paris. Participant à la discussion : le Conseiller Innovation et Intelligence Artificielle et coordinateur du plan France IA Nathanaël Ackerman, le Directeur d’INRIA Saclay Bertrand Braunschweig et le Directeur de la recherche à l’Institut Mines-Télécom David Sadek.
Depuis les exploits de Watson à Jeopardy! et de Google DeepMind au jeu de Go, les résultats de l’Intelligence Artificielle (IA) impressionnent les industries du monde entier. Pourtant de nombreuses entreprises, notamment françaises, n’osent pas, ou n’ont pas les moyens de s’approprier cette nouvelle technologie, pourtant bien pratique dans l'évolution de la relation client ou des voitures autonomes, par exemple. D’où le lancement de l’initiative #France IA, en partie enclenchée par Nathanaël Ackerman, Conseiller Innovation et Intelligence Artificielle auprès de l'ancien Secrétaire d'Etat à l'Industrie, au Numérique et à l'Innovation. « Nous sommes à l’ère de l’IA pervasive. Elle concerne tous les domaines et soulève de nombreuses questions, notamment éthiques, économiques et sociales », déclarait-il lors d’une table-ronde au salon AI Paris. « Il faut donc une action gouvernementale et politique afin de faire face à l’évolution croissante de l’IA ».
La France, berceau des grands chercheurs
Selon les chiffres du Conseiller Innovation, la France est déjà devancée par la Corée, qui a dépensé entre 800 millions et 1 milliard d’euros dans un centre de développement de l’IA en 2016; les Etats-Unis avec leur 3 rapports sur l’IA concernant le changement du Travail et les véhicules autonomes; ou encore la Chine. Pourtant, les laboratoires et startups françaises ont d’énormes compétences, souligne Nathanaël Ackerman. « Les directeurs de centres de recherches, à l’international, sont d’ailleurs souvent français », ajoute-t-il. Pour le Conseiller Innovation et IA, France IA servira donc d’ « interface humaine » pour amener une dimension positive aux recherches sur l’IA. À cela s’ajoutent quatre objectifs : clarifier le débat autour de l’IA, mobiliser la communauté, définir un plan d’action économique et prendre le leadership en Europe. Un moyen de séduction pour les entreprises et les startups pour ramener les talents sur le territoire français et leur faire bénéficier de formations de qualité. Pour ce faire, France IA avait préalablement invité plusieurs groupes de travail dont des milliers de chercheurs et quelques centaines de contributeurs afin de déterminer les priorités de l’IA dans les pôles d’activités qui en ont besoin : l’Éducation, la Santé, la Robotique…
Un appel à projet multipartenaires
Pour rendre la France attirante auprès des professionnels de l’IA, il est primordial de leur offrir des plateformes d’expérimentation et des outils d’aide à la recherche. « Les entreprises ont besoin de tester et d’expérimenter », insiste Bertrand Braunschweig, Directeur du centre de recherche INRIA de Saclay. France IA met donc à disposition des spécialistes en Intelligence Artificielle diverses infrastructures comprenant des plateformes de démonstration, d’intégration et d’apprentissage. « Cela permettra de faciliter la démarche des entreprises autour de l’IA et de galvaniser l’industrie, notamment par l’organisation de challenges, de journées de rencontres et par l’attribution de bourses aux technologies », explique Bertrand Braunschweig.
Pour David Sadek, Directeur des recherches à l’institut Mines-Télécom, France IA pourrait même être un véritable moyen de modernisation de l’action publique, un « appel à projet public et multipartenaires » via le projet MarIAnne qui compte notamment le développement d’un chatbots utile aux services administratifs français.
Protection d'une industrie data-driven
David Sadek, directeur des recherches de l’Institut Mines-Télécom, souligne que France IA a également pour vocation d’aider les secteurs qui ont un accès difficile à la data comme les domaines de la Santé et l’Énergie, ou même le pôle de l’Éducation. Le plan gouvernemental s’appuie d’ailleurs sur les données des services publiques et évidemment, pour tous les projets data-driven, comme le développement de chatbots par exemple, « la protection des données doit-être au cœur des réflexions, tout comme les aspects juridiques », souligne David Sadek. Un aspect que France IA n’oublie pas de prendre en compte et s’évertue à respecter.
Faire de l'IA un Life-critical system
Grâce à France IA, Bertrand Braunschweig espère encourager les entreprises à enfin faire passer l’Intelligence Artificielle à l’apprentissage non-supervisé ou Unsupervised Learning - la machine apprend sans avoir besoin d’un support humain. « Cela implique une hétérogénéité des sources d’information, une hybridation des technologies et le développement d’une technologie multicapteurs, c’est-à-dire qui utilise à la fois des capteurs sonores, des capteurs visuels et bien d’autres », explique le Directeur d’INRIA Saclay. « Nous souhaitons encourager le développement d’un ‘Life-critical system’ : un système validé, certifié et qui fait ce qu’on attend de lui, qui est consistant par rapport au cahier des charges », ajoute David Sadek. Pour ce faire, les sociétés doivent, outre savoir expliquer le comportement de leurs machines, réfléchir à un moyen de fournir à leurs machine la capacité d’expliquer leur propre comportement. Mais cela est encore loin d’être satisfaisant, confie le Directeur des recherches des Mines-Télécom.
« Il faudrait donc, au préalable, donner aux citoyens les moyens de comprendre les enjeux de l’IA afin de créer un pôle d’innovations dans tous les domaines et développer l’expertise publique », ajoute-t-il. Un fonds d’investissements de 25 millions d’euros par startup initié par Bpifrance sera donc mis à disposition des jeunes pousses afin de les aider au développement de leurs projets sur l’IA, en plus des hubs qui leurs sont proposés.
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