Les villes se préparent à l'arrivée du véhicule autonome

Libération d'espaces publics, engorgement ou désengorgement des voies de circulation, intégration de données d'intérêt général, gouvernance ouverte, emplois...

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Mathilde Ragot

9 juin 20174 min de lecture

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© Thaddaeus Lim

Libération d'espaces publics, engorgement ou désengorgement des voies de circulation, intégration de données d'intérêt général, gouvernance ouverte, emplois... L'arrivée du véhicule autonome représente de nombreux enjeux pour la ville du futur, qui risque de se voir profondément transformée. C'était ainsi l'objet de la présentation de Jean-Louis Missika lors du festival Futur en Seine cette semaine à Paris.

Demain, c'est bientôt ? Tel était le slogan en ce jeudi 8 juin de la huitième édition de Futur en Seine, festival du numérique. Jean-Louis Missika — adjoint à la Mairie de Paris, chargé de l'urbanisme, de l'architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l'attractivité — y a introduit, dans la Grande Halle de la Villette, les conférences de l'après-midi autour du thème « Intelligence et Territoires ». Car avec le développement des nouvelles technologies, notamment de la voiture autonome, les villes sont amenées à s'adapter. Elles doivent être capables de maîtriser, réguler, et « faire en sorte que personne ne soit laissé sur le bord du chemin », développe l'intervenant.

De grandes questions politiques se posent quant à l'arrivée du véhicule autonome qui va engendrer un « bouleversement spectaculaire » de l'aménagement de la ville. Tout d'abord, il sera le synonyme d'une diminution considérable du nombre de voitures dans la ville. « L'automobile comme propriété individuelle est une aberration pour la ville », commente Jean-Louis Missika. Selon lui, les voitures sont immobilisées 95 % de leur durée de vie et prennent ainsi un espace considérable en stationnant dans les villes. Avec l'entrée de ces nouveaux acteurs, la voirie serait-elle toujours contrôlée par les autorités publiques ? Certains sujets sont à poser au plus vite pour une gestion intelligente.

Futur_en_seine_vehicules_autonomes Jean-Louis Missika lors de la deuxième édition du Futur en Seine, le 7 juin dans la Grande Halle de la Villette.

Diplomatie des villes

Les villes doivent ainsi être capables de produire une législation adaptée. Le tout, en sachant que l'innovation a toujours un temps d'avance sur le régulateur. La problématique d'une innovation mondiale contre des régulateurs locaux se pose également. C'est pour cela que Jean-Louis Missika insiste : les grandes métropoles doivent travailler ensemble et constituer une stratégie commune. Dans cette optique, l'Aspen Institute et Bloomberg Philanthropies ont lancé en 2016 la première initiative internationale pour « aider des villes majeures à préparer l'arrivée des véhicules autonomes ». Un programme nommé Bloomberg Aspen Initiative on Cities and Autonomous Vehicles, dont fait partie la ville de Paris.

Ce sont les règles du jeu en amont qui vont orienter le business model, continue le présentateur. « Imaginons qu'une trentaine de villes annoncent l'interdiction des véhicules personnels au profit des véhicules partagés. Cela va orienter le business model des gestionnaires de ces flottes. » De plus, toutes les villes font payer l'immobilisation des véhicules. Or, les voitures autonomes ne stationneront plus et seront capables de se déplacer 24h/24. Les « voitures zombies » — sans passagers à l'intérieur — pourront potentiellement engorger la ville. Il faudrait donc, selon Jean-Louis Missika, réfléchir à un système de taxation dissuasif pour éviter la circulation trop importante de véhicules vides.

L'enjeu de la Data

La propriété des données est une clé complexe, d'où l'idée de données dites d'« intérêt général », introduite par la nouvelle loi sur le numérique. Si de nombreuses politiques d'open data sont lancées, principalement publiques, les villes ont aussi besoin des richesses du privée. Le programme DataCity, co-créé par le NUMA et la ville de Paris, a ainsi accès à des données de nombreuses entreprises partenaires. « Ce mélange entre les données est fondamental. C'est cette conjonction qui va permettre de trouver des solutions innovantes pour résoudre des problèmes urbains », atteste-t-il.

Mais dans cette période où il est indispensable de produire des données pour résoudre les problèmes de mobilité, la connaissance d'un certain nombre d'informations pose des questions quant à la protection de la vie privée. Les villes doivent donc être en capacité d'anonymiser ces renseignements et d'apporter la preuve qu'elles sont non-intrusives. Il existe sur ce point un clivage entre les États-Unis et l'Europe. « C'est une question éminemment politique sur laquelle nous devons travailler », complète l'orateur.

Enfin, Jean-Louis Missika conclut son introduction en expliquant que la ville est désormais engagée dans une gouvernance ouverte : budgets participatifs, innovations partagées, crowdsourcing... Cela pose des questionnements complexes, qui nécessitent de la pédagogie. Chaque citoyen doit pouvoir avoir des outils de compréhension, notamment grâce à des formations dans les écoles. « Sinon, nous risquons une situation où les experts jouent un rôle plus important que celui des citoyens. Ne laissons pas les data sciences aux data scientists. »

© Photo du slider : Thaddaeus Lim.

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