Le tourisme culturel fait sa révolution numérique

Pour sa troisième édition, le Forum Entreprendre dans la Culture se tenait du 22 au 24 mai 2017 à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts.

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Mathilde Ragot

30 mai 20178 min de lecture

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© Maarten van den Heuvel

Pour sa troisième édition, le Forum Entreprendre dans la Culture se tenait du 22 au 24 mai 2017 à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts. Soixante ateliers et tables rondes rassemblaient près de 200 intervenants. Une journée était par ailleurs consacrée au thème « Tourisme et culture : des opportunités pour entreprendre », afin d'informer et de mettre en réseau les startups culturelles. Dans cette optique, une table-ronde présentait plusieurs jeunes-pousses qui profitent de la révolution numérique pour enrichir le tourisme culturel de leurs nouveaux services. 

« Transformation numérique d'une économie traditionnelle ». C'est autour de ce thème que plusieurs entrepreneurs sont venus présenter leurs projets, sur les bancs de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts. Cette dernière accueillait en effet la troisième édition du Forum Entreprendre dans la Culture, qui avait lieu du 22 au 24 mai derniers.

Forum_Entreprendre_dans_la_CultureNicolas Barret, Directeur du cabinet de conseils spécialisé dans le Tourisme Unigo, a tout d’abord exposé le vieux débat qui entoure le tourisme culturel. D’un côté le Tourisme, considéré comme une industrie à forte activité économique, avec ses 8 % du PIB et ses deux millions d’emplois. De l’autre côté la Culture, un sujet existentiel en France, selon l’interlocuteur. Les deux secteurs sont donc fréquemment opposés. « La Culture est pourtant une activité économique. Elle joue un rôle clé dans l’aménagement et l’activité de nos territoires », a-t-il continué. Avec la baisse des dotations publiques dans le domaine de la Culture, les deux mondes se voient rapprochés. L’orateur a par ailleurs cité le Directeur du Centre des Monuments Nationaux, Philippe Bélaval : « Le Tourisme est une activité culturelle ».

Selon Nicolas Barret, la révolution numérique prend en compte la révolution technologique, la révolution des usages et la  révolution de la compétition. Un chamboulement imposé par le visiteur, désormais connecté, hypermobile, averti et exigeant avant, pendant, et après son voyage. Car il est également communautaire et prescripteur. La révolution numérique a commencé par atteindre le pré-séjour, se poursuit en ce moment pendant le séjour avec un impact sur l’expérience voyageur et devrait continuer en post-séjour avec le partage des contenus. Deux choses impulsent les changements : le client et les startups. Le Directeur d’Unigo cite ainsi des exemples de jeunes-pousses qui transforment l’expérience avant comme Artips, pendant comme Timescope et après le séjour, comme Guestviews. Mais de jeunes entrepreneurs sont également venus présenter devant l'assistance leur nouveaux services, applications ou solutions qui se servent de la révolution numérique pour allier Tourisme et Culture.

Dans les territoires

Pascal Keiser est Coordinateur Général de la French Tech Culture, premier label thématique autour du Numérique et de la Culture. Sa taille réduite qui se concentre sur trois villes (Arles, Nîmes et Avignon) en fait un laboratoire pour tester le déploiement de solutions innovantes, avec un accueil de proximité singularisé. Le label est doté de trois outils : un association de gouvernance, un partenariat avec la Kedge Business School et un accélérateur de startups, appelé The Bridge. Dans ce dernier, des sections intensives de deux mois ont pour but d’accompagner les projets, notamment autour du tourisme culturel.

Pour le Coordinateur Général, « le domaine du Tourisme a pu faire sa révolution, car les retours sur investissements sont plus rapides et directs. Mais cela est moins évident dans le domaine de la Culture, où le conservatisme est plus rude ». La problématique de l’hyperconnexion entre également en jeu. Selon lui, plusieurs études montrent que, dans la Culture, l’abondance d’informations apportée par les nouvelles technologies a tendance à perdre les visiteurs. Cela ne rend pas faciles les orientations dans le domaine. Mais l’intervenant reste confiant. En matière de data, par exemple, les acteurs ne sont encore qu’au b.a.-ba de l’exploitation.

Sur l'autoroute 

La route est le premier moyen de transport du Tourisme en France : 84 % des touristes français l’utilisent. Seulement, le trajet est un temps mort, monotone est standardisé. De cette mauvaise expérience personnelle, les nouvelles technologies ont permis à Nadine Pédemarie, Co-fondatrice de Waynote de répondre à cette problématique. Elle a en effet développé une application géolocalisée qui énonce des messages audio en temps réel sur les lieux environnants. « Aucune interaction avec le téléphone n’est nécessaire. Les contenus courts sont adaptés à la mobilité », a-t-elle expliqué. Une deuxième fonctionnalité invite les passagers à quitter l’autoroute pour une pause découverte d’un restaurant, un hôtel, un lieu culturel : « Nous reconnectons le voyageur au territoire », a t-elle continué.

Depuis la version Beta lancée à l’été 2015, 3 000 km d’autoroutes sont couverts par l’application. 11 000 voyageurs ont été accompagnés sur leur route. « Notre objectif est de divertir les voyageurs en continu dans toute l’Europe, en traversant les territoires et les pays », a complété Nadine Pédemarie. Le modèle économique de la startup n’est pas encore défini, mais l’application reste gratuite pour le voyageur. La jeune pousse se voit également comme l’un des futurs acteurs dans le secteur de la voiture connectée, en y intégrant sa solution. Elle est pour le moment en contact avec des constructeurs automobiles.

Waynote

Au quotidien

Culturo’Game, développé par la startup Clic Muse, est un service de création de jeux numériques, pour rendre plus attractives les institutions culturelles. Ses créateurs sont partis du constat suivant : d’une part, les territoires, sites et musées regorgent de trésors. D’autre part, plus de 60 % des Français jouent. Aude Lebel, Directrice de Clic Muse, y voit un milieu à exploiter : « Nous nous sommes dit : allons voir les gens où ils vivent, dans leurs trajets quotidiens. Notre stratégie est celle d’une parade de cirque. Nous interpellons le public là où il a ses habitudes : au sein même d'un jeu. » Car les jeux sont également disponibles dans les transports.

Avec la baisse des subventions, le but est de fédérer les acteurs en valorisant les ressources culturelles. Mais aussi d’offrir une expérience différente. « Les jeux conçus par Cultur’o game, gratuits pour tous les utilisateurs, sont des micro-moments à ouvrir  chaque semaine pour découvrir de nouveaux monuments, par exemple. Le mode multijoueurs est quant à lui un temps de loisirs à partager à plusieurs », a conclu Aude Lebel. La possibilité d’accumuler des points et d’obtenir des cadeaux de partenaires pourrait présenter un véritable avantage attractif pour le Tourisme. Dès juillet prochain, sept partenaires franciliens devraient lancer leurs jeux culturels.

CulturoGame

Dans le cinéma

Laurent Duret est le fondateur de la société de production Bachibouzouk. Il y a quelques années, il constate que ses enfants ne regardent plus la télévision et qu’il faut trouver d’autres supports pour raconter des histoires. Alors qu’il produit un film sur la vie amoureuse de personnes en situation de handicap, il conçoit à côté un quizz, Le grand test de l’Amour, amenant d’une façon ludique à des extraits du documentaire. Le film comptera 400 000 spectateurs sur France 3. Le site Internet apportera 6 millions de vues cumulées.

« Le tout, c’est de continuer à raconter des histoires, a développé le producteur. Je ne crois plus aux applications, mais aux “progressives Web App”. La disparition de la dictature des stores permet un rapprochement avec les institutions culturelles. » De même, l’arrivée de la vidéo 360° et de la VR devraient selon lui changer le théâtre : « C’est le quatrième mur qui tombe, celui du public ». Désormais, les festivaliers pourront voir en amont des extraits de spectacles pour se décider de leur programme en avance. Laurent Duret gère actuellement la captation 360° des festivals d’Avignon et d’Aix-en-Provence. Dans cette optique, un cylindre projettera des films à 360° à quinze personnes. Un écran collectif et interactif : les utilisateurs pourront faire des zooms dans l’image et récolter des informations contextuelles.

Pour conclure la présentation de ces projets, Aube Lebel ajoute que la perte de donations dans la Culture permet la remise en question d’un certain isolement de chaque acteur du territoire. Les protagonistes des deux domaines, Tourisme et Culture, ont tout deux à gagner avec des investissements moins lourds, qu'ils soient financiers ou humains. Une idée qu'a complété Pascal Keiser : « Ce sont des mondes aux logiques différentes qui ont du mal à se parler. Mais les outils numériques vont amener à l’attaque de publics nouveaux et différenciés. La consommation culturelle va de ce fait s’accroître, ouvrant de nombreuses opportunités. »

© Photo du slider : Maarten van den Heuvel.

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