A l’occasion de l’évènement Big Data Paris 2017 qui s’est déroulé en début de semaine, une table ronde avait pour thème « Assistants personnels, le nouveau hype : quelle vérité derrière cette techno ? ». L’occasion de revenir sur les ambitions dans le domaine des géants du Web et des technologies présents dans le panel.
Depuis 2012, le salon Big Data Paris regroupe toutes les sociétés spécialisées dans le traitement de la donnée ainsi que les entreprises voulant extraire de la valeur de leur contenu. Si l’édition de l’an dernier était plus axée sur la vision des entreprises avec le Big Data, cette année, les intervenants sont davantage revenus sur les cas d’usage. Signe qu’elles ont compris son intérêt et que les premiers déploiements ont commencé.
Cette table-ronde sur les assistants personnels renouait tout de même avec cet aspect plus visionnaire car cette technologie est relativement nouvelle dans son aspect actuel. Le panel était haut de gamme, avec Emmanuel Vignon, Cognitive Practice Leader chez IBM France, Alexandre Lebrun, Engineering Manager du laboratoire de Facebook dédié à l’intelligence artificielle (FAIR) ainsi qu’Emmanuel Mogenet, Directeur de Google Research Europe.
C’est Google qui a commencé à prendre la parole à propos de l’usage des données pour de meilleures recommandations. Aujourd’hui, pour rechercher quelque chose sur le moteur de recherche, il faut rentrer ses mots clés puis revenir et recommencer toujours les mêmes étapes. Google veut simplifier ce moment en prenant en compte l’historique de l’internaute afin de mieux contextualiser la recherche. « La contextualisation est l’essence même d’un assistant », a expliqué Emmanuel Mogenet.
De son côté, Facebook prend en compte toutes les interactions de ses utilisateurs ainsi que leurs recherches afin de proposer le meilleur contenu.
Le rôle de l’intelligence artificielle
Pour faire parler toutes ces données et en ressortir de bonnes recommandations, l’intelligence artificielle (IA) joue un rôle important. « Aujourd’hui, les systèmes d’IA comprennent le langage naturel et la sémantique. Mais si on pose la question ‘Va-t-il faire nuit quand je rentrerai à la maison ?’ à un assistant, il ne saura pas y répondre. Chez Google, nous voulons justement corréler la data pour que ce soit possible », a expliqué Emmanuel Mogenet.
Selon Alexandre Lebrun, « nous allons vers l’Internet du dialogue, que ce soit à travers la voix ou le texte ». Les assistant personnels vont donc envahir nos quotidiens et seront multicanaux. « Nous sommes à l’année 1997 de l’Internet » a-t-il complété. Il entend par là que ces assistants n’en sont qu’à leurs balbutiements et devraient vraiment être adoptés dans trois ans environ. Il est ensuite revenu sur l’Amazon Echo, qui selon lui permet seulement de faire des choses simples, comme commander des fleurs. « Il lui manque encore du bon sens et des connaissances sur la culture des utilisateurs », a-t-il déclaré. C’est d’ailleurs ce sur quoi travaille Facebook. « Il faut que les assistants personnels comprennent dans quel monde on vit », a ajouté le Directeur de Google Research Europe.
L’Engineering Manager du laboratoire de Facebook a également donné quelques informations sur M, l’assistant personnel sur lequel le réseau social travaille. Le programme de recherche apprend grâce à l’observation, en répliquant les tâches effectuées par des humains. Pourquoi Facebook ne propose t-il pas encore son assistant ? « Nous préparons la génération d’après. Nous ne sommes donc loin de réfléchir à son implémentation sur le marché », a justifié Alexandre Lebrun.
De la nécessité d’une régulation
La conversation s’est ensuite tournée vers la question éthique sous-jacente. En septembre dernier, le « Partnership on Artificial Intelligence to Benefit People and Society » a été créé à l’initiative d’IBM. Cette organisation à but non lucratif rassemble les GAFA ainsi que Microsoft et vise à mener des recherches, à recommander de bonnes pratiques et à publier les résultats des recherches sous une licence ouverte. « A chaque fois que nous vivons une transformation, il faut instaurer un climat de confiance et édicter des principes », a déclaré Emmanuel Vignon, Cognitive Practice Leader chez IBM France.
« Tous les acteurs technologiques doivent se parler. Mais il faut aussi inviter des philosophes ou des économistes dans le débat. Il faut des personnes de perspectives différentes pour trouver les meilleures solutions dans la société de demain », a complété Emmanuel Mogenet.
La question de la vie privée
Selon Alexandre Lebrun, les problèmes de vie privée ne seront pas si différents avec l’arrivée des assistants personnels. La seule chose qui peut être polémique se trouve du côté des objets connectés qui peuvent écouter les conversations via un micro par exemple. Il faut que les sociétés soient transparentes de ce côté-là.
Pour le Directeur de Google Research Europe, il n’y a pas de Big Data sans IA, tout comme il n’y a pas d’IA sans données. « Nous avons besoin d’informations pour mieux connaître les utilisateurs. Mais les utilisateurs doivent pouvoir les contrôler. C’est pour ça que chez Google nous proposons l’outil My Activity pour qu’ils puissent voir toutes les informations que nous avons sur eux », a-t-il expliqué.
Encore des progrès à réaliser
A la fin de la table-ronde, le Cognitive Practice Leader chez IBM France a concédé : « De mon vivant, je ne connaîtrai pas d’intelligence artificielle aussi élaborée que Jarvis dans Iron Man ».
Une idée reprise par l’Engineering Manager du laboratoire de Facebook : « On surestime les pouvoirs de l’IA, notamment à cause des films d’Hollywood. Après 3 ans de R&D j’ai moi-même dit à un assistant que je concevais ‘Mon nom est erroné sur la réservation’. Ce à quoi il a répondu ‘Bonjour, erroné sur la réservation’ ». La technologie n’est donc pas tout à fait au point.
Il faudra attendre plusieurs années pour que les assistants personnels soient réellement efficaces. Selon Emmanuel Mogenet, cela est dû aux nouvelles méthodes d’apprentissage. Comme les machines apprennent en observant, cela prend plus de temps qu’auparavant.
Photo d'ouverture : georgejmclittle