Dans le cadre de la Digiworld Summit Week 2016, Nîmes Métropole a organisé une table-ronde réunissant différents acteurs du Voyage pour aborder le sujet de l’innovation. Nouvelles opportunités, inégalités entre les acteurs face aux enjeux numériques, accès au financement et intérêt des incubateurs furent évoqués.
L’Occitanie Pyrénées-Méditerranée est bien décidée à mettre le cap sur l’innovation en matière de Tourisme car c’est un secteur phare pour l’économie de la Région. Alors que se déroulait du 12 au 20 novembre la 3e édition de la Digiworld Summit Week à Montpellier, de nombreuses villes du territoire ont mis en place des événements pour aborder le secteur et son avenir. Nîmes Métropole, qui s’apprête à lancer un accélérateur spécialisé dans le Tourisme, a organisé une demi-journée d’échanges avec, notamment, une table-ronde intitulée: « Le tourisme du futur : quels sont les secteurs en émergence et en décollage, quelles sont les relations entre les plateformes numériques et les entreprises traditionnelles ? »
Un marché saturé ?
Première question posée par l’animateur, François-Xavier Izenic : « Y a-t-il encore de la place pour innover ? » « Oui », répond Laurent Queige, Délégué Général du Welcome City Lab. « Il y a toujours des places à prendre. Je rappelle aussi que l’immense majorité des startupeurs ne viennent pas de l’industrie. Ils apportent un regard neuf sur nos métiers. » Julien Laz, fondateur de Cityzeum, de S’échapper.com et d’Hôtels Privés, pense quant à lui qu’il ne reste que des niches. « Sur les 200 sites du Tourisme qui font le plus d’audience en France, il n’y a pas de startups », commence t-il. « L’accès au marché est très difficile. Il faut des moyens et plus on aura besoin de technologies, plus ce sera compliqué », explique t-il en ajoutant que le ticket d’entrée est trop cher pour pénétrer le marché : « On parle de millions d’euros pour réussir le lancement d’un site BtoC. » Julien Laz constate par ailleurs que des dizaines de jeunes pousses se positionnent sur le créneau des trip planners et de l’inspiration. « Or », dit-il, « l’argent à prendre se situe au niveau de la réservation.» En effet, ces dernières années, de très nombreuses solutions de ce type ont vu le jour à l’instar des applications qui permettent de créer son itinéraire touristique lors de la visite d’une ville. Lorsqu’il y a un modèle économique, celui-ci est bien souvent basé sur le prélèvement de commissions mais il n’est viable que s’il y a un grand volume de transactions et rares sont les startups à réussir à capter suffisamment d’audience. Si l’argent se situe au niveau de la réservation, on constate cependant que de nombreuses entreprises, parfois grâce à leur savoir-faire en matière de prédictif, se positionnent désormais sur le marché de l’intention, c’est-à-dire très en amont de la recherche de voyage. Elles peuvent suivre l’évolution de la recherche des consommateurs et leur délivrer des informations pertinentes jusqu’à ce que ceux-ci réservent. Mais ces startups sont extrêmement matures d’un point de vue technologique et ont su lever quelques millions d’euros…
Des acteurs qui peinent à se transformer
Or, les inégalités face au digital sont extrêmement fortes. En témoigne l’expérience de Kristofer Moisan, fondateur et CEO d’EasyLoisirs, un logiciel de gestion pour les professionnels du loisir. « Avec nos clients, nous sommes obligés de faire de l’éducation quand on voit que 95% des sites ne gèrent pas la réservation », déclare t-il. Sports nautiques, aériens, motorisés, balades et city tours, autant d’activités gérées par des professionnels passionnés mais qui n’envisagent toujours pas de développer leur entreprise en s’appuyant sur le digital. « Ces entrepreneurs ont parfois 3 ou 4 salariés et génèrent 300 000 ou 400 000 euros de chiffre d’affaires. Cela leur suffit et ils ne savent pas qu’ils peuvent en attendre davantage grâce au Web », poursuit Kristofer Moisan en soulignant que lorsqu’il y a un intérêt pour les technologies, il est souvent confronté au manque de compétences en interne. « C’est pour cette raison que nous leur proposons un outil simple et sans abonnement.», finit-il.
Du côté de l’hôtellerie de plein air, le marché est scindé en deux : certains acteurs sont présents sur le Web, d’autres non. « La digitalisation concerne évidemment le camping ainsi que l’expérience que l’on offre sur place. Il faut trouver le bon équilibre entre la technologie et l’humain », déclare Olivier Ganivenq, Président de Vacalians Group, « Alors que la digitalisation au niveau commercial est un enjeu, on constate que de nombreux acteurs du camping n’ont pas de sites permettant de réserver quand d’autres proposent de réserver en direct ou s’appuient sur des plateformes comme Booking. » Ces dernières peuvent avoir un réel intérêt et si s’en remettre à un tiers pour vendre des nuitées permet de se concentrer sur son cœur de métier, c’est aussi, peut-être, le choix de la facilité. « Dans le domaine des activités de loisirs, les premiers distributeurs s’appelle Wonderbox, Dakotabox. Cela permet à nos clients de pénétrer facilement des lieux comme la Fnac », explique Kristofer Moisan. Choisir ce canal de distribution ne devrait pas pour autant permettre de faire l’impasse sur les outils technologiques. Dans le domaine de la Culture et du Patrimoine, Culturespaces ne fait pas figure d’exception. Son directeur, Michaël Couzigou déclare qu’en 2017, les équipes travailleront sur la connaissance du client. « Nous n’avons aucun outil CRM et nous faisons très peu de yield management. On va seulement commencer cette année. C’est pour vous dire à quel point on a du retard », admet-il.
Se développer grâce au réseau
C’est pour se tenir informé des évolutions dans les usages et les outils qu’Olivier Ganivenq a souhaité intégrer l’accélérateur de Nîmes qui sera inauguré le 6 décembre prochain. « Le souci de l’entrepreneur est qu’il n’a pas le temps de voir tout ce qui existe comme les offres proposées par les startups, par exemple. En intégrant l’accélérateur, on trouvera peut-être des choses intéressantes que l’on pourra expérimenter », nous confie t-il. EasyLoisirs est incubée depuis 2 ans au Welcome City Lab. « Cela nous permet de développer le produit plus intelligemment et de rencontrer plus facilement les entreprises », affirme Kristofer Moisan. C’est d’ailleurs grâce à l’incubateur parisien que les équipes d’EasyLoisirs et de Vacalians Group ont pu se rencontrer et collaborer. Julien Laz profite que le sujet soit abordé pour faire part de sa volonté de voir une structuration des incubateurs sur le territoire. Selon lui, « il faut partager les bonnes pratiques et ce sont dans ces lieux que l’on peut rencontrer des professionnels qui recherchent la même chose que nous. » Laurent Queige est du même avis.
Reste un sujet non résolu, le problème de l’accès aux financements pour les entreprises qui ne sont plus en démarrage. Magali Boisseau, fondatrice et dirigeante de BedyCasa a fait part de ses difficultés à en trouver en dehors des logiques de levées de fonds. « A ce jour, les seules opportunités sont étrangères », déplore-t-elle. Marché trop petit, manque d’investisseurs privés et d’ouverture de la part des grandes entreprises françaises ? Dans la salle, un professionnel intervient : « Je travaille avec de nombreuses startups autour de Montpellier et il y en a déjà beaucoup qui se sont faites racheter par des entreprises américaines. »
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