Les robots font les avatars dans les musées : retour sur le projet du château d’Oiron

Les robots commencent à trouver leur place dans les musées.

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Sophie Lacour

7 novembre 20166 min de lecture

Chateau_Oiron_robot
© Archives Travolution

Les robots commencent à trouver leur place dans les musées. Ils sont particulièrement pertinents pour les personnes à mobilité réduite et j’avais envie aujourd’hui de retracer la genèse d’une des premières expériences faite en France sur l’utilisation d’un robot dans un espace muséal.

Depuis le 23 novembre 2013, le Centre des monuments nationaux (CMN) a mis en service au château d'Oiron, dans le département des Deux-Sèvres, un robot de visite appelé Norio, qui permet aux visiteurs à mobilité réduite de découvrir, depuis le rez-de-chaussée du monument, des salles situées en étage pour une visite à la fois « distante » et « active ». Afin d'en savoir plus, j’ai interrogé Frédéric Henri, chargé de gestion et de partenariats du château d’Oiron, Daniel Benesby et Sébastien Delarue les deux roboticiens de Droïds Company qui ont mis au point Norio.

Sophie Lacour : La première question qui vient à l'esprit est : pourquoi un robot ?

Frédéric Henri : L'idée de créer un robot de visite est née de la volonté de l'équipe du site de permettre au public handicapé moteur de découvrir la majorité des espaces situés à l'étage du château, étage leur étant inaccessible puisqu'aucune intervention structurelle lourde (mise en place d'un ascenseur) n'était envisageable dans un monument du XVIème siècle. Dès lors, les options se présentant pour satisfaire les visiteurs « privés d'étage », étaient soit la fourniture d'une simple plaquette détaillant le contenu de ce à quoi ils ne pouvaient accéder, soit l'installation au rez-de-chaussée d'une borne présentant une vidéo des salles ou une visite virtuelle. Face à ces choix, que nous avons trouvés trop frustrants, limités et pas assez interactifs, nous nous sommes dirigés alors vers un robot de visite. Il nous semblait que c'était la solution qui permettrait aux visiteurs distants de pouvoir néanmoins interagir, d'une part avec les lieux qu'ils pourraient en quelque sorte « explorer », et d'autre part avec les personnes s'y trouvant (guides ou autres visiteurs) qu'ils pourraient interroger via le robot. De plus, au delà de ce premier usage sur site, nous imaginions déjà aussi la possibilité d'une visite à distance, puisque le robot est piloté par un ordinateur, il serait possible de piloter le robot sans être obligatoirement présent dans le château. Nous ouvrions alors également la possibilité de la visite à toute personne dans l'impossibilité de se déplacer sur le site.

S.L. : Pour quelles raisons cette innovation voit-elle le jour au château d'Oiron ?

F.H. : Depuis plusieurs années, le CMN, dont Oiron fait partie, participe à la mission « Culture et handicap » initiée par le ministère de la Culture et de la Communication. Dans le cadre de cette mission, le CMN anime un groupe de travail sur l'accueil des visiteurs handicapés mentaux. Ainsi, depuis plusieurs années, le château d'Oiron cherche et initie des moyens d'améliorer son accessibilité aux visiteurs en situation de handicap et propose des actions innovantes à destination de personnes souffrant de déficiences visuelles, auditives, intellectuelles ou physiques. Le but étant à chaque fois de tenter de répondre aux besoins spécifiques du public visé tout en s'intégrant au projet culturel ou éducatif du monument. Norio s'inscrit donc dans des réflexions et actions portées depuis des années au château d'Oiron sur des publics en situation de handicap. Il est en quelque sorte l'aboutissement, la synthèse, d'un travail commencé il y a plusieurs années.

S.L. : Quelles ont été les contraintes techniques auxquelles vous avez dû faire face ?

Daniel Benesby : Le robot devait être pilotable depuis une interface suffisamment simple pour des visiteurs « non experts » et adaptée à différentes formes de handicap. Le système complet devait permettre aux visiteurs de parcourir les lieux le plus librement possible dans les zones couvertes par le réseau wi-fi, sans que le robot, son environnement humain ou matériel ne puissent être mis en danger par une erreur de pilotage. Les informations échangées entre le poste de contrôle et le robot, tout comme sa déambulation, devaient permettre une visite tout aussi naturelle que pour un visiteur ayant accès au premier étage, tant dans le rythme que dans la souplesse du déplacement.

S.L. : Comment dirige-t-on Norio ?

Sébastien Delarue : Notre contrainte majeure pour la manipulation était une prise en main rapide, et pour ainsi dire sans apprentissage. Il fallait que les visiteurs puissent parvenir à se débrouiller avec le pilotage en moins de 3 minutes. Le temps de la visite devait être consacré à la découverte des lieux, pas à l'apprentissage de la manipulation du robot. Pour cela, nous avons expérimentés différents dispositifs de commande. Dans un premier temps, l’utilisation d’un suiveur de pupilles a donné de bons résultats en laboratoire. Pourtant, en conditions réelles, cette solution n’a pas été retenue, n’étant satisfaisante que dans 60% des cas. Nous avons ensuite testé le pilotage à l’aide d’une souris 3D. Même si cette solution fonctionne parfaitement, elle n’était adaptée qu’à un public averti car trop complexe d’utilisation. Nous nous sommes alors orientés vers la manette de jeu pour console qui, bien qu’étant une solution tout aussi fonctionnelle,  est peu adaptée au public non familiarisé avec le jeu vidéo. Finalement, l’utilisation d’une souris traditionnelle a conquis le plus grand nombre car elle reste un outil bien connu du grand public. Le visiteur est placé devant un écran qui lui restitue la vision et l'ouïe du robot grâce à une transmission audio et vidéo HD. Un pointeur s’affichant sur l’image permet de viser l’endroit vers lequel l’utilisateur désire se déplacer. Un clic souris déclenche alors le déplacement de Norio. Cette solution permet une prise en main simple et rapide toutes générations confondues.

 S.L. : Norio devient alors un véritable avatar en 3D du visiteur resté en bas à « l'espace pilotage » ?

D.B :Tout à fait. Une caméra placée devant l’utilisateur restitue son visage sur la « tête-écran » de Norio. Ce dernier devient alors l'incarnation du pilote resté au rez-de-chaussée. La personne en situation de handicap peut alors interagir en direct avec le public se trouvant à proximité du robot. Il peut aussi poser des questions au guide ou converser avec ses amis ou sa famille par son intermédiaire. Nous ne sommes plus dans le cas de figure ou un groupe est contraint d’abandonner au rez de chaussé du monument, dans une attente ennuyeuse, la personne handicapée qui les accompagne. Comme le résume bien une de nos visiteuses, « mes yeux restent mes yeux mais Norio devient mes jambes ».

S.L. : A ce propos, comment est accueillie par les visiteurs, mais aussi par votre équipe, l'intégration de Norio au sein du monument depuis son inauguration?

F.H : La globalité des retours est largement positive. Nous avons perçu chez pratiquement tous les visiteurs une grande satisfaction pour un outil qu'ils trouvent tout à fait adapté. Nous avions peur que le robot soit mal accepté, mais comme nous l'ont expliqué de nombreuses personnes, « dans cet endroit, c'est naturel ». L'intégration du robot dans un tel univers est donc apparue comme allant de soi. Pour ce qui est de l'équipe d'encadrement du château, passé le moment de surprise, l'arrivée du robot est apparue comme une compétence inédite supplémentaire. Je crois que désormais ils sont tous plutôt fiers de participer à une telle aventure. Tout le monde sait désormais comment manipuler le robot et expliquer son fonctionnement en quelques minutes.

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