La 5e édition du Global Tourism Economy Forum s’est déroulée les 15 et 16 octobre derniers à Macau en Chine. L’occasion pour les autorités chinoises, d’illustres personnalités du Tourisme et l’invitée d’honneur, la France, de partager leurs points de vue sur l’impact et le potentiel de l’industrie au niveau économique et social.
Premier marché émetteur de tourisme au monde depuis 2012, la Chine représente à elle seule 13% du Tourisme mondial. C’est donc en toute légitimité qu’elle organise depuis 2012 le Global Tourism Economy Forum (GTEF) à Macau. Il y a 10 jours, des centaines de professionnels du Tourisme sont venus échanger avec leurs homologues étrangers, des opérateurs privés chinois et de différents pays ainsi qu’avec les différentes instances gouvernementales. Pour ce 5e anniversaire, le GTEF a accueilli deux partenaires de premier rang : la Municipalité de Pékin, épicentre culturel et de décision en Chine et la France qui a su juxtaposer un patrimoine historique à la modernité de ses infrastructures, développer sa diversité d’expériences et stimuler l’innovation. Emmenée par le Secrétaire d’Etat chargé de la promotion du Tourisme Matthias Fekl, la délégation française était composée de fleurons de l’industrie touristique française. Environ 80 acteurs du secteur public et privé étaient au rendez-vous pour tirer un maximum de profit de cette vaste opération de séduction. Si ces derniers ont vanté les richesses de l’Hexagone, Matthias Fekl a vu dans cette invitation une aubaine pour rassurer les voyagistes chinois sur la sécurité, notamment dans les grands lieux touristiques de la capitale. L’enjeu est évidemment de taille puisque la France s’est fixée comme objectif d’accueillir 100 millions de touristes en 2020.
La France veut sa part du gâteau
Cette même année, selon différentes sources, entre 200 et 300 millions de Chinois devraient voyager à travers le monde. La France pourrait en capter 4 millions, soit à peu près deux fois plus qu’aujourd’hui. Pour favoriser le tourisme chinois en France, Matthias Fekl a expliqué lors de son allocution que les autorités françaises délivraient désormais un tiers des visas, notamment pour les Asiatiques, en moins de 48h. Les voyageurs étrangers reçoivent également des informations avant même leur départ et, lors de leur arrivée à l’aéroport, des conseils et des contacts utiles en fonction de leur nationalité. Par ailleurs, le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international et Atout France ont mis un programme en ligne à la disposition des professionnels du Tourisme souhaitant accueillir des touristes chinois. On peut également noter un réel travail de promotion sur les réseaux sociaux chinois et l’organisation par Atout France d’un eductour composé de 150 agents de voyages chinois pour mettre en valeur la variété d’expériences que l’on peut vivre dans l’Hexagone.
Matthias Fekl, Secrétaire d'Etat chargé du Commerce extérieur,
de la promotion du Tourisme et des Français de l'étranger, lors de la 5e édition du Global Tourism Economy Forum de Macau
En marge de sa prise de parole, Matthias Fekl a expliqué que le multilinguisme serait favorisé dans les gares et les aéroports et que l’ensemble des régions étaient attentives aux besoins exprimés par la clientèle chinoise. Pour adapter et créer des offres spécifiques, il est en effet nécessaire de comprendre la culture chinoise, de prendre en considération les goûts et souhaits de cette clientèle, mais aussi de comprendre l’importance de certaines fêtes telles que le Nouvel An chinois. Les tour-opérateurs chinois ont de nouveau manifesté leur souhait de voir la France créer de nouvelles routes aériennes directes. « La France est le pays européen le plus connecté avec la Chine que ce soit en nombre de lignes, de compagnies aériennes ou en termes de fréquence », a affirmé Matthias Fekl tout en concédant que l’Etat ne souhaitait pas fragiliser Air France avec l’ouverture d’une nouvelle ligne directe qui serait opérée par une nouvelle compagnie. Si la vague d’attentats qui a frappé l’Hexagone et les actes de délinquances à l’encontre des touristes asiatiques ont écorné l’image de la « première destination touristique mondiale », l’intérêt des voyagistes chinois pour la France était malgré tout bien palpable durant le GTEF.
La Chine veut devenir la 1e économie touristique du monde
L’événement fut également l’occasion de faire le point sur les ambitions de l’empire du Milieu. Li Jinzao, Président de la China National Tourism Administration, a affirmé que la Chine était à la source de 13% des revenus du Tourisme mondial. « Pour accroître la prospérité du secteur, je suggère de nouveaux modèles de développement basés sur notre expérience et cinq piliers : l’innovation, la coordination, le bénéfice, l’ouverture et le partage », a-t-il déclaré. Pour lui, il convient dorénavant de développer le Tourisme en fonction des besoins individuels et non plus en raisonnement uniquement en tourisme de groupe. « Beaucoup ne comprennent pas à quel point le Tourisme peut-être un stimulus pour l’économie. Ce secteur attire par exemple des investissements à long terme. » Et d’ajouter en plaisantant : « Regardez la grande muraille. C’est un investissement qui a deux mille ans ! » Pour Li Jinzao, le fait que la Chine soit entrée dans une phase de développement du Tourisme de masse va permettre d’innover, d’améliorer les services publics pour répondre aux exigences d’un tourisme de qualité. « Nous allons développer de nouveaux centres et plateformes de tourisme intelligentes. Je suis d’ailleurs fasciné par le développement rapide de Macau », a-t-il ajouté. Ces 10 dernières années, pas moins de 60 aéroports et de nombreuses lignes rapides de chemins de fer ont été construits en Chine. Il s’agit de la 2e plus grande économie touristique au monde et le pays ambitionne de dépasser les USA d’ici 10 ans. Dans ce contexte, de nombreuses entreprises chinoises ont les moyens de devenir rapidement mondiales.
L’ordre établi des grandes puissances touristiques est bel et bien chamboulé et les technologies jouent un rôle dans l’accélération de cette transformation. « Elles ont modifié le secteur. Les médias sociaux, par exemple, font que les individus deviennent les ambassadeurs de leur propre pays », a rappelé Taleb Rifai, Secrétaire général de l’Organisation Mondiale du Tourisme. « Les modèles économiques changent et la technologie peut aider l’industrie à évoluer et s’adapter aux nouveaux usages. Il faut être conscient de ces changements.»
Un Tourisme responsable et durable
Un tout autre bénéfice du Tourisme mis en avant par quelques intervenants, celui de la réduction de la pauvreté. Wang Qinmin, Vice-Président du National Committee of the Chinese People’s Political Consultative Conference et Président de la All-China Federation of Industry & Commerce, a ainsi présenté le Tourisme comme un moteur économique puissant dans ce combat. En 2015, le Tourisme représentait en Chine 10,1 % de l’économie et représentait 27 millions d’emplois directs et indirects. Selon eux, une part des revenus générés par l’industrie pourrait bénéficier aux populations les plus pauvres. L’an dernier, l’Organisation Mondiale du Tourisme avait d’ailleurs félicité la décision, prise par l’administration nationale chinoise du Tourisme (CNTA) et le Bureau du Groupe pilote chargé de la réduction de la pauvreté et du développement du Conseil des affaires de l’Etat chinois, de « promouvoir le tourisme rural comme moyen efficace de combattre la pauvreté. »
Le Président de la PATA, Andrew Jones, a rebondi sur le sujet de la pauvreté et du développement souhait du secteur : « Mais nous devons garder à l’esprit l’importance du développement d’un Tourisme durable et responsable », a-t-il conclu.