[Dossier] Les balbutiements de la robotique de service dans le Tourisme

Le marché de la robotique en général est en pleine expansion.

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Julia Luczak-Rougeaux

11 octobre 20168 min de lecture

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© Archives Travolution

Le marché de la robotique en général est en pleine expansion. Si la robotique industrielle a toujours existé mais continue à innover, c’est du côté de la robotique de service que de nouveaux produits et technologies voient davantage le jour. Dans ce segment, les initiatives issues du Tourisme se multiplient et on commence à s’interroger sur la place de la machine dans le secteur. Quel a été l’usage de la robotique par les professionnels du Tourisme durant l’année 2016 ? Tour d’horizon.

Il existe aujourd’hui deux grands domaines dans la robotique : les robots industriels et les robots de services. Dans ce deuxième secteur, on trouve à la fois des machines pour un usage éducatif, domestique (robots aspirateurs par exemple) ou professionnel (drones de sécurité par exemple). Les robots utilisés dans le domaine du Tourisme sont très souvent issus de la robotique de service professionnelle. Il s’agit de robots compagnons ou de robots logistiques, représentant une partie infime du secteur de la robotique en général. Pas étonnant donc que les initiatives restent peu nombreuses, même si elles sont nettement en hausse au regard de l’année dernière. Pourquoi cet engouement soudain ? Plusieurs raisons semblent entrer en jeu : la baisse des coûts de fabrication, le niveau d’avancement dans les recherches, l’accès facilité aux informations grâce à l’ouverture des données et la digitalisation de la société. Nous sommes loin de vivre dans un univers à la Blade Runner, mais il est certain que quelque chose est en marche.

Des robots pour renseigner et guider les voyageurs

Cette année, la plupart des robots utilisés dans le Tourisme étaient des robots de « relation publique », conçus pour accueillir et renseigner les visiteurs perdus ou curieux.  C’est le cas de Spencer qui a pour vocation d’aider les passagers d’un aéroport pour qu’ils trouvent leur chemin. Acronyme de « Social situation-aware perception and action for cognitive robots », le robot est équipé de différents capteurs afin de reconnaître des visages, des émotions et des obstacles et de circuler dans un environnement encombré. Il doit pouvoir se repérer dans les lieux, guider les voyageurs, leur délivrer des informations en temps réel dans n’importe quelle langue et s’assurer qu’il n’a perdu personne en cours de route. La compagnie aérienne KLM ainsi que la startup suisse BlueBotics sont les deux sociétés qui ont participé à l’élaboration de Spencer. Mais elles ne sont pas seules : l’Université suédoise d’Örebro, les universités allemandes de Freiburg, de Munich et d’Aix-la-Chapelle, l’Université néerlandaise de Twente, le LAAS (CNRS) à Toulouse, l’équivalent de l’Ecole Polytechnique à Lausanne et l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol ont aussi participé au projet. Spencer a coûté plus de 4 millions d’euros, dont plus de 3 millions ont été financés par la Commission Européenne. Il vient d’être testé à l’aéroport Amsterdam Schiphol. Aucune date de déploiement n’a encore été divulguée.

Dans le monde du Transport, visiblement porté vers la robotique ces derniers mois, un autre robot a fait parler de lui : Pepper. Le robot humanoïde de SoftBank Robotics a intégré le personnel du Costa Diadema, un navire du groupe Costa Croisières. Il est ainsi devenu le premier croisiériste au monde à intégrer le robot capable d’identifier les émotions, de reconnaître les visages, d’adapter son comportement, de converser avec une personne en anglais, italien et allemand et de lui montrer des éléments sur son écran tactile. Sa principale tâche est de renseigner les passagers au moment de l’embarquement et de donner des conseils et recommandations à propos des restaurants, des événements et des excursions durant la croisière. D’autres robots Pepper rejoindront l’équipage de plusieurs navires Costa en septembre 2016. Par ailleurs, SoftBank Robotics a signé un partenariat avec MasterCard afin de permettre la prise des commandes et les règlements directement sur l’écran de bord de Pepper à travers le système de paiement digital MasterPass.

Du côté de l’hôtellerie, c’est aussi un robot de la société Softbank Robotics, plus petit, qui a séduit : Nao. La chaîne hôtelière Hilton a signé un partenariat avec la société ainsi qu’avec IBM, pour apporter une couche d’intelligence artificielle avec Watson (technologie capable de comprendre le langage naturel). Le robot a été renommé « Connie », une référence au fondateur d’Hilton, Conrad Hilton. Placé à l’accueil d’un établissement, il permet d’interagir et d’informer les clients sur les attractions touristiques alentours ou les équipements et services de l’hôtel. Son but n’est pas de remplacer les réceptionnistes mais de les assister. Grâce à son intelligence artificielle, il est même capable de faire des suggestions aux clients, en fonction de leurs souhaits. A noter que plus les interactions sont nombreuses, plus le robot apprend, adapte et améliore ses recommandations : son apprentissage est automatique et autonome.

Hilton_IBM_Connie

L’accueil, c’est aussi la mission de l’actroïde (robot pouvant parler, cligner des yeux et afficher sur son visage plusieurs expressions typiquement humaines) Chihira Kanae conçue par Toshiba. Ce robot à l’apparence d’une jeune femme a été installé à au salon ITB à Berlin, haut lieu du Tourisme, en mars 2016. Son rôle ? Saluer, répondre et guider les visiteurs aux travers des stands des quelques 180 pays et régions représentés sur le salon. Cette nouvelle version de la firme japonaise parle plusieurs langues (allemand, anglais, chinois et japonais) et le langage des signes. L’objectif de Toshiba était de montrer l’intérêt de ce genre de robot pour l’industrie du Tourisme. En Asie, il a déjà été adopté, notamment par le magasin tokyoïte Mitsukoshi en tant qu’hôtesse d’accueil.

Au gré des allées du salon Innorobo qui s’est déroulé en mai 2016, d’autres robots ont attiré notre attention pour leur potentiel dans l’accueil des voyageurs. Ils n’ont pas encore signé de partenariats avec des acteurs du Tourisme mais cela ne saurait tarder. SociBot par exemple peut prendre l’apparence d’un visage humain. Construit par Engineered Arts, il est capable de suivre les positions de plus de dix personnes en même temps et d’interagir avec eux. BUDDY, lui, est un robot compagnon plutôt destiné à un usage domestique, mais ses différentes interactions (il propose des recettes de cuisines, joue les musiques et vidéos préférées de son propriétaire, rappelle les évènements importants de son agenda ou encore se connecte à des objets connectés) peuvent aussi être proposées aux voyageurs. Enfin, Robothespian, également conçu par Engineered Arts, permet d’interagir, éduquer, communiquer et divertir les humains, notamment en poussant la chansonnette.

Des robots pour dégager du temps aux employés

L’autre grand intérêt des robots dans le secteur du Tourisme, c’est qu’ils peuvent être utilisés d’une manière plus logistique. De cette façon, ils permettent de réaliser des tâches dites « ingrates » et dégager du temps aux employés humains qui peuvent ainsi être plus à l’écoute des voyageurs. C’est le cas du robot Relay qui a levé 15 millions de dollars cette année. Ce robot majordome mis au point par la société Savioke apporte de la nourriture ou des articles de toilettes aux clients d’un l’hôtel. Equipé d’une tablette tactile et d’une caméra, il ne frappe pas à la porte mais prévient le client par téléphone qui doit ensuite suivre les instructions pour récupérer sa commande. Il peut transporter une charge allant jusqu’à 4,5 kilogrammes et une fois sa commande délivrée, il est capable de retourner tout seul à la conciergerie. Il a notamment été testé dans l’établissement Aloft Hotel en Californie. Le secteur de l’Hospitalité est avec le Transport le plus en avance en termes d’initiatives robotiques.

https://youtu.be/F70He3mVrUQ

D’ailleurs, c’est à nouveau dans un aéroport qu’a eu lieu la mise en place du robot Léo, un robot bagagiste actuellement en test à l’aéroport de Genève. Développé par SITA, numéro un mondial de l’informatique et des technologies de l’information et de la communication liées à l’aéronautique et BlueBotics, Léo est capable d’enregistrer, d’imprimer des étiquettes et de transporter jusqu’à deux valises. Il l’emmène ensuite au centre de dispatching. Le robot est totalement autonome et se dirige via son GPS.

Et après le robot bagagiste, cette année a été marquée par l’arrivée d’un robot…barman. Le croisiériste Royal Caribbean a installé deux bras bioniques dans le bar du navire Quantum Of The Seas. Il suffit de commander à boire depuis une tablette où il faut choisir entre 8 sodas, 6 jus et 3 sirops et les robots s’exécuteront. Au dessus du bar se trouve un écran affichant la progression des commandes et le temps estimé avant que le cocktail soit prêt.

De simples coups de com’ ?

Au regard de toutes les initiatives qui ont vu le jour cette année, il est difficile de dire que les robots ont réellement investi le secteur du Tourisme. Si certaines attentions sont louables, elles restent encore très minoritaires et peu de robots font vraiment partie du décor. Bien souvent, il s’agit de tests, relayés à grands coups de communication. On voit néanmoins que les choses sont en train de changer et que les acteurs s’intéressent de plus en plus à cette technologie pour apporter une valeur ajoutée aux clients. Les robots devraient donc continuer à se multiplier. Dans les années à venir, Sophie Lacour, Directrice Générale d’Advanced Tourism et experte de la robotique ainsi que Catherine Simon, présidente du salon Innorobo, misent toutes deux sur les robots d’exploration. On pourrait imaginer qu’un touriste pilote un robot d’exploration à distance pour découvrir l’océan, le cœur d’un volcan, une fourmilière ou même l’intérieur du corps humain. Equipé d’un casque de réalité virtuelle, il pourrait découvrir tous ces lieux, comme s’il y était.

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Ce dossier est issu du tome 4 du Mook

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