L’une des conférences plénières de la 3e édition des Académies du Tourisme Numérique fut consacrée aux tendances digitales en Asie. L’occasion pour les professionnels du Tourisme de mieux connaître les usages de ces millions de clients potentiels.
Président d’Eventiz, de la commission Internet des Entreprises du Voyage et éditeur de TOM, Frédéric Vanhoutte a été sollicité par l’Office de Tourisme d’Aix-les-bains pour faire l’ouverture de la 3e édition des Académies du Tourisme. Lors de son allocution, l’entrepreneur, expert du Voyage et du Digital a rappelé que l’Asie avait été de loin la région la plus dynamique du monde au cours de la dernière décennie, portée notamment par le rapide développement de la Chine. L’ASEAN, l’organisation géopolitique et économique qui regroupe le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, les Myanmar, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam connaît une croissance moyenne de 5% depuis plusieurs années et devrait, selon l’OCDE, atteindre les 5,6% sur la période 2015-2019.
Un potentiel inouï pour le secteur du Tourisme
« Cette région du monde en très forte croissance a déjà donné naissance à des licornes », indique Frédéric Vanhoutte, évoquant ces entreprises valorisées à plus d'un milliard de dollars et non cotées en bourse. Parmi elles, trois success stories : l’éditeur de jeux vietnamien VNG, Grab, l’uber asiatique aux 270 000 chauffeurs et Traveloka, un moteur de recherches indonésien de voyage. Ce dernier a profité de l'explosion du tourisme et de la montée en puissance de la classe moyenne en Indonésie pour se faire une place sur le marché.
Cette explosion démographique conjuguée à la croissance économique fait de l’ASEAN un marché extrêmement prometteur pour l’industrie du Voyage. Selon IATA, d’ici 2034, les routes amenant à l’ASEAN ou venant de cette région feront transiter 1,8 milliard de passagers chaque année, ce qui représente une croissance de 42%. Au niveau mondial, dans 20 ans, ce ne sont pas moins de 7,3 milliards d’individus qui voyageront en avion. « Près de la moitié du trafic aérien sera réalisée en Asie. La flotte de l’ASEAN devrait tripler d’ici là », ajoute Frédéric Vanhoutte en précisant que les compagnies lowcost en Asie transportaient déjà plus de passagers que leurs homologues occidentales.
Le Digital, un marché en plein essor
Pour séduire la clientèle asiatique, dont la culture diffère nettement d’un pays à l’autre, les entreprises devront s’approprier les outils de communication et bien comprendre les usages, en collaborant par exemple avec les experts d’Atout France. En 2016, le Digital pèsera 3 600 milliards de dollars (+16%) avec le Cloud, l’e-commerce et le mobile qui vont voir leur chiffre d’affaires doubler. L’an dernier, l’Asie est même passée devant les Etats-Unis en ce qui concerne les investissements alloués à la R&D.
S’il existe de sérieuses inégalités sociales, la population asiatique, qui est dans l’ensemble jeune, est technophile. Le taux d’équipement mobile au Japon s’élève à 135% et en Thaïlande, on compte 80 millions de smartphones pour 67 millions d’habitants. A l’image de l’Afrique, l’Asie ne connaît pas de réelle transition en matière de commerce en ligne. La population est passée d’un commerce classique au m-commerce en très peu de temps. Enfin, les ventes de smartphones sont largement favorisées par la passion qu’éprouvent les internautes pour les réseaux sociaux et les messageries instantanées.
En 2014, 60 décideurs du Tourisme s’étaient rendus à Shanghai pour l’opération net Managers. Ils ont eu l’occasion de voir à quel point les usages mobiles étaient bien plus développés que partout ailleurs dans le monde. Frédéric Vanhoutte a passé en revue les principales messageries instantanées utilisées en Asie, des outils de communication bien plus évolués que les équivalents américains. « Dans la course au milliard d’utilisateurs, WeChat se place en 3e position derrière Whatsapp et Messenger. Messagerie la plus populaire de Chine, elle a atteint la barre des 700 millions d’utilisateurs en mars dernier, soit une augmentation de 29% sur 1 an », poursuit-il.
Il est crucial pour les entreprises du Tourisme souhaitant capter la clientèle chinoise d’étudier leur stratégie mobile. Elles devront obligatoirement être présentes sur les plateformes sociales ainsi que sur les messageries instantanées afin de se faire connaître mais surtout de délivrer du service. Cela fait déjà plusieurs années que les plateformes telles que WeChat permettent de réaliser des transactions, par exemple. Cependant, il ne faut pas généraliser. En Corée du Sud, où les technologies et les usages sont ultra développées et où le commerce en ligne est gigantesque, rares sont les personnes qui achètent un voyage sans se rendre dans une agence de voyage.