Une étude de la Direction Générale des Entreprises (DGE), réalisée par le cabinet de conseil MKG Consulting, établit un état des lieux des perspectives concernant l’innovation dans le Tourisme. Les résultats montrent que la « Mission French Tech » et les incubateurs ont un rôle décisif pour les startups françaises mais que l'absence de division peut être bénéfique. Le B2B est également laissé de côté…
La France, terres d’Histoire et de Culture, est la première destination touristique du monde ! Mais le secteur du Tourisme français voit souvent son portefeuille changer de ministère de tutelle, car il n’a justement pas de ministère dédié. Aujourd’hui, le Tourisme est directement lié au ministère de l’économie, de l’industrie et du numérique via la direction générale des entreprises (DGE), où une sous-direction du Tourisme y est installée. Le Tourisme est aussi rattaché au développement international ainsi qu’au ministère des Affaires étrangères. Une stratégie et de nombreuses mesures visant à soutenir l’activité du secteur ont été engagées et organisées par les Assises du Tourisme et 250 professionnels du Voyage et devraient être effectives d’ici 2020. La France, comme ses voisins l’Allemagne et l’Espagne, a installé un organisme national, sous la forme d’un groupement d’intérêt économique (GIE), en charge de la promotion du Tourisme français avec Atout France. Selon la DGE « cet opérateur assure une représentation à l’international à travers une trentaine de bureaux ainsi que le réseau des ambassades ». C'est dans ce contexte que la DGE dévoile son étude de 200 pages « L’innovation dans le Tourisme : diagnostic et perspectives » au grand public, réalisée par le cabinet de conseil MKG. Actuellement, on dénombre 35 000 à 40 000 entreprises qui innovent dans le Tourisme en France (soit 10% de toutes les organisations touristiques françaises), dont seulement 5% d’entre elles sont des startups. Petit problème à soulever : l'étude ne donne pas de définition de l'innovation et on ne sait donc pas ce qu'est réellement une "entreprise qui innove". Ces chiffres ne veulent donc pas dire grand chose.

La « Mission French Tech » : un soutien aux startups du Tourisme qui s'inspirerait certains dispositifs de nos voisins
La French Tech désigne tous les acteurs de l’écosystème de startups françaises. Le rôle de cette « Mission French Tech » est de coordonner les actions des partenaires fondateurs au profit de la croissance des jeunes sociétés. L’objectif est également de faire émerger et détecter les nouveaux projets ainsi qu’accompagner les porteurs dans la construction de leurs ambitions. De ce fait, les startups ayant une thématique « Tourisme » sont incluses dans ce système. Voici la géographie des entreprises innovant dans le Tourisme en France :

Si l’on compare les dispositifs français dédiés au Tourisme avec ceux de nos voisins espagnols et allemands, on se rend vite compte qu’ils sont « en avance » par rapport à la France… En effet, l’Espagne a organisé très tôt des dispositifs par filières. « Le pays s’est doté d’un Plan du tourisme à l’Horizon 2020, et dispose surtout d’un organisme spécifique soutenant l’innovation dans le tourisme, la SEGITTUR » a expliqué la DGE. Cette administration met en place des projets pour encourager l’innovation dans le Tourisme ainsi que la mise en relation des différents acteurs, sans oublier la place importante que tient les nouvelles technologies dans ce secteur. La SEGITTUR s’occupe du « rayonnement international de la destination » mais aussi des startups espagnoles touchant le Voyage. La DGE reconnaît que la France n’a pas de stratégie encore aussi « structurée, globale et tournée vers l’international, faisant le lien entre innovations technologiques et tourisme ». Quant à l’Allemagne, la France ne dispose pas non plus d’une approche par « projets » sur des domaines touristiques précis qui acceptent une coopération de plusieurs et différents acteurs concernés (la DTV), ni la mise en place de dispositifs adaptés à chaque projet.
On constate que la France est encore loin derrière l’Espagne et l’Allemagne en ce qui concerne les dispositifs mis en place pour le Tourisme. Mais avec la « Mission French Tech », la France essaie de se rattraper et d’adopter des systèmes en faveur des innovations dans le Tourisme français.
Regarder ce qui se fait dans les autres secteurs
De nos jours, beaucoup d’incubateurs (ou accélérateurs), souvent généralistes ou tournés vers les nouvelles technologies, aident les startups à se faire une place dans le secteur du Tourisme. Plusieurs jeunes pousses affirment cependant trouver des bénéfices dans l'absence de segmentation par filière : « Cela permet aussi l’échange et l’enrichissement entre différents secteurs d’activités, dont certaines problématiques sont similaires ». Effectivement, il est essentiel pour une entreprise innovante dans le Tourisme de regarder ce qui se passe autour, dans d’autres domaines. Les écosystèmes mixtes et spécialisés sont plus des modèles complémentaires que des oppositions. Autrement dit, même si l’on retrouve des jeunes sociétés qui désirent innover dans le secteur du Tourisme, « celles-ci restent en nombre limité dans chaque structure (souvent une ou deux), sont dispersées et ne bénéficient pas d’un accompagnement spécifique ». 
On peut également constater que ces jeunes sociétés manquent de visibilité en tant qu’entreprises innovantes dans le secteur touristique. Il faudrait donc renforcer cette visibilité ainsi que la mise en réseau des acteurs.
D’après la DGE, « les financements de l’initiative French Tech dédiés aux accélérateurs (200 millions d’euros) et à l’attractivité internationale (15 millions d’euros) s’inscrivent dans le Programme d’Investissement d’Avenir (PIA). Dans ce cadre, l’opérateur est la Caisse des dépôts qui s’appuie sur Bpifrance pour l’investissement dans les accélérateurs, et sur Business France pour les investissements internationaux pour la promotion internationale. Ce soutien national, coordonné et structuré, constitue un réel atout pour mieux faire connaître les acteurs publics et privés du secteur du tourisme ».
Peu d’innovations dédiées au B2B
Au fur et à mesure de l’enquête, on constate que très peu d’innovations sont destinées au B2B : plus de la moitié d’entre elles sont créées pour le marketing et le commerce et 47% pour des services. De plus, ces innovations sont pour la plupart attribuées au consommateur final et bien peu au B2B. Il faut préciser que beaucoup de ces nouveautés sont orientées loisirs et que seulement 2,9% des innovations ciblent le voyage d’affaires.
L’enquête donne également 24 conseils pour innover dans le secteur du Voyage. Les préconisations que TOM a retenu sont les suivantes: d’abord de mieux cibler les investissements et les financements à l'innovation et surtout faciliter leur accès aux entreprises grâce à la mise à disposition d'un « portail unique ». La création d’un dispositif « licorne », pour soutenir rapidement les startups prometteuses serait également bénéfique. « Licorne » en référence aux startups qui sont valorisées à plus d’un milliard de dollars. Mais ce n’est pas tout ! Le Tourisme Outre-Mer doit également être encouragé, la visibilité des jeunes pousses doit être renforcée et un réseau d’acteurs doit être mis en place. Des rencontres ou des salons de l’innovation peuvent être de bons exemples pour que ces acteurs apprennent à mieux se connaître entre eux.
Photo d'ouverture : Fotolia - Romolo Tavani