A l’occasion de l’évènement Innorobo qui s’est déroulé aux Docks de Paris du 24 au 26 mai, plusieurs conférences ont rassemblé experts de la robotique et passionnés afin de réfléchir à l’état actuel du secteur ainsi que son évolution dans les années à venir.
Une des premières conférences a permis de faire un tour d’horizon mondial du marché de la robotique en compagnie de Dan Kara, Directeur d’ABI Research, société spécialisée dans la business intelligence. Il existe aujourd’hui deux grands domaines dans la robotique : les robots industriels et les robots de services. Dans ce deuxième secteur, on trouve à la fois des machines pour un usage éducatif, domestique (robots aspirateurs par exemple) ou professionnel (drones de sécurité par exemple). Les investissements dans la robotique en général ont augmenté considérablement ces dernières années. En 2015, ce sont les Etats-Unis, le Japon et la Chine qui ont le plus investi. Le secteur commercial a été le plus dynamique, suivi du secteur industriel et du secteur de la consommation (les robots grands publics). Les drones ont eu beaucoup de succès auprès des investisseurs, surtout pour un usage professionnel.
Dans la robotique de service, les usages se sont multipliés. Il existe des robots pour la téléprésence, l’exploration, l’irrigation, l’agriculture, l’exploitation minière ou encore la réhabilitation. Les robots mobiles aussi ont proliféré dans la logistique, la sécurité ou l’hospitalité. Dans la logistique, le robot d’Amazon nommé Kiva a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps car il a permis au géant d’économiser du temps et donc de l’argent.
https://youtu.be/8of0t_tpWI0
Selon Dan Kara, les exosquelettes vont quant à eux être de plus en plus importants. Ils vont permettre à la fois la réhabilitation, mais aussi d’assister les employés qui en auraient besoin. D’ici 2025, ils seront partout selon lui. Les drones continueront d’avoir du succès que ce soit pour un usage militaire, commercial ou de loisirs. Du côté du grand public justement, il existe plusieurs catégories de robots : ceux pour l’entretien de la maison, les jouets et les robots sociaux. La 1ère catégorie est la plus prometteuse car elle connaît une croissance importante et cela devrait continuer. D’autres robots, comme ceux de téléprésence n’ont pas eu le succès escompté selon Dan Kara et leur avenir reste incertain. Ce qui est sûr, c’est que l’on va voir dans les prochaines années l’arrivée de capteurs, placés au dessus d’une porte par exemple qui permettront aux robots de mieux comprendre leur environnement pour se déplacer ou effectuer une tâche plus complexe comme ouvrir une porte.
« Demain, la robotique permettra de prévenir plutôt que de guérir »
Un peu plus tard, une autre conférence avait pour sujet le futur de la robotique dans la santé. « Il y aura une grande avancée lorsque les robots pourront évoluer dans un environnement humain », a commencé par dire Cori Lathan, Administrator & CEO AnthroTonix, vidéo à l’appui :
Pour elle, les robots nous entourent depuis plus longtemps qu’on ne le croit. Un sèche-cheveux peut être considéré comme un robot, tout comme une machine à laver. Si chacun a sa définition, on peut dire qu’un objet est un robot quand il est pourvu de capteurs et d’un mécanisme. « On peut même dire que mon iWatch est un robot, tout comme ma bague connectée, puisque tout deux sont équipés de capteurs », a-t-elle continué en montrant à l’assistance son équipement high-tech.
La robotique permet plusieurs choses dans le domaine de la santé selon elle. D’abord, elle permet l’augmentation humaine. Les oreillettes Here développées par Dubs Labs permettent par exemple de régler la musique que l’on entend en rajoutant des basses ou en baissant les notes aiguës. Il existe de nombreuses prothèses pour des personnes ayant perdu une jambe. Google est en train de mettre au point une lentille de contact permettant de surveiller sa santé. Enfin, nous aurons bientôt des puces neuronales qui nous permettront par exemple d’améliorer notre mémoire. Elle permet ensuite d’apporter une aide sociale, comme avec le robot PARO, le phoque en peluche conçu pour interagir avec les personnes âgées. L’Amazon Echo, qui sert d’assistant vocal et de centrale domotique pour la maison, peut aussi peut également être qualifié de robot social, tout comme Jibo, petit assistant familial. Enfin, les robots, notamment liés à l’internet of things, permettent de créer et analyser des données. « Vos objets connectés en savent plus sur votre santé que votre médecin », a poursuivi Cori Lathan. Elle a ensuite parlé de Qualcomm, qui a lancé le concours Qualcomm Tricorder XPrize, pour mettre au point un robot médecin portable, capable de diagnostiquer des maladies, à l’image du Tricordeur dans Star Trek.





« Demain, la robotique permettra de prévenir plutôt que de guérir », a lancé Cori Lathan, avant de demander à l’assistance : « Parfois nous oublions nos clés ou le nom d’une personne que l’on connaît. Mais comment savoir si c’est normal ou si nous ne souffrons pas d’une forme d’Alzheimer précoce ? Lorsque nous allons chez le médecin, il regarde notre tension, jamais notre cerveau ». C’est pourquoi il est important de mettre en place des technologies avec des capteurs selon elle, sinon, des millions de personnes mourront de démences d’ici 2030 sans avoir pu faire quelque chose. Le Dana Brain Vital est un outil permettant de mesurer et surveiller les capacités cérébrales, mais il est plus utilisé dans un contexte de guérison plutôt que de prévention.
Une nouvelle ère de robots chirurgiens
da Vinci Xi Surgeon Console de Intuitive Surgical
Catherine Mohr elle aussi porte un bracelet connecté à son poignet pour surveiller sa santé. La Vice Présidente de Medical Research Intuitive Surgical pense que nous sommes dans une ère où les robots vont pouvoir faire énormément de choses dans la santé et ce en étant toujours plus précis. Sa société a mis au point des robots d’assistance pour la chirurgie mini-invasive, permettant de réaliser des opérations dans le domaine cardiaque, thoracique ou pédiatrique. Le chirurgien se place derrière la machine et peut piloter, grâce à un autre robot situé près du patient, l’opération à distance. Chaque geste est dupliqué à l’identique. Aujourd’hui, Intuitive Surgical a installé 3500 robots dans 65 pays. Qu’en est-il de la responsabilité dans une opération où une vie peut être en jeu ? « Il ne s’agit pas de robots autonomes, mais bien d’appareils pilotés par un chirurgien. En cas de problème, c’est lui qui est responsable de ses actes », a expliqué Catherine Mohr. Elle a également évoqué la possibilité, grâce à des imprimantes 3D, de reconstruire des os endommagés.
De l’apprentissage indispensable des robots
La dernière conférence avait pour objet ce que l’on trouve à l’intérieur des robots, à savoir l’intelligence artificielle et l’interaction homme/machine. Stéphane Doncieux, Professeur à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique et Chercheur au CNRS, est venu expliquer les étapes d’apprentissage des robots. Il y a selon lui trois éléments pour qu’un robot s’adapte à un nouvel environnement : la robustesse, l’apprentissage et le développement. Le robot de Boston Dynamics par exemple est maintenant capable de marcher dans la neige sur plusieurs mètres sans tomber et d’ouvrir une porte. Mais pour qu’un robot s’adapte, il doit apprendre. Il ne doit pas avoir seulement un algorithme, mais plusieurs, pour pouvoir effectuer plusieurs tâches. Les techniques d’apprentissage expliquées par le Professeur sont assez complexes à comprendre. Plusieurs pistes de réflexion sont présentes dans l’essai Reinforcement Learning : an introduction ou dans les différentes publications auxquelles il a participé. Après son intervention, Melonee Wise, CEO de Fetch Robotics est venue parler de l’open source dans la mise en place d’un système pour les robots. Sa société a mis au point un robot semblable au Kiva d’Amazon qui permet d’aider les employés chargés de préparer les commandes sur Internet. Il est capable de suivre une personne en suivant le mouvement de ses jambes, sans avoir à tracker l’employé. La technologie du robot a été mise au point grâce au système d’exploitation ROS, gratuit et en open source. Melonee Wise a expliqué à quel point il était simple de développer un système avec cet outil, mais qu’il fallait se méfier des idées reçues sur l’open source : ce n’est pas toujours gratuit, c’est un outil et pas une solution, ça ne se crée pas comme par magie et c’est à utiliser à ses propres risques.
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