Blablacar et la NYU Stern viennent de dévoiler leur étude « Entering The Age » au cours d'une conférence au siège social du site de covoiturage. L'enquête examine la manière dont la confiance est créée en ligne, avec ses implications pour l'économie collaborative et la société en général. Elle met aussi en avant le changement, en cours, des comportements face aux plateformes collaboratives.
« La confiance est au cœur de toute relation humaine et c’est aussi la sève des rapports humains », affirme d'entrée de jeu Verena Butt d’Espous, responsable de la communication corporate de Blablacar. Co-écrite par Frédéric Mazzella, Fondateur de Blablacar, et Arun Sundararajan, Professeur à l’école de commerce de l’université de New York NYU Stern, l’enquête traite un sujet bien particulier : la confiance au sein des plateformes en ligne et particulièrement sur celle de Blablacar. En effet, la confiance est à l’origine des collaborations et serait même un « organe » de l’économie mondiale. « Entering the age » est une étude qui a été réalisée auprès de 18 289 covoitureurs dans 11 pays: la France, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Russie, le Portugal, l’Espagne, la Hongrie, l’Angleterre et l’Ukraine. L'objectif était de comprendre comment les individus de ces pays développent entre eux un niveau de confiance élevé avant de s’être rencontrés en personne.
« Comment se construit la confiance ? »
Historiquement la confiance s’est construite sur des relations interpersonnelles, c’est-à-dire grâce à notre entourage (famille, amis, voisins). Avec l’arrivée de la technologie, l’Homme peut s’éloigner de cette confiance interpersonnelle et s’approcher des confiances intermédiées (le Gouvernement, les institutions légales, les marques, etc.). De nos jours, l’humain peut dépasser les limites de la confiance interpersonnelle à travers des outils digitaux et d’interconnectivité. « Une personne peut maintenant faire confiance à un autre individu grâce aux outils tels que le smartphone et le mobile», explique Verena Butt d’Espous. Cette confiance interpersonnelle a pu être développée à grande échelle. « Nous pouvons faire confiance à n’importe qui dans le monde d’aujourd’hui », poursuit-elle. Cette assurance libère un potentiel de partage et ouvre des marchés.
Blablacar voit le jour il y a 10 ans grâce à cette évolution de pensée. L’entreprise française met en relation des conducteurs avec des passagers qui vont dans la même direction. Il y a un partage d’expérience et de frais associés. Présent dans 22 pays avec 30 millions de membres actifs, ce site fait voyager plus de 11 millions de personnes chaque trimestre. C’est un réel phénomène de société et c’est aussi une valeur créée par la confiance et le partage.
« Faire plus confiance à un utilisateur inconnu avec un profil complet plutôt qu’à un voisin ou un collègue »
Pour évaluer le niveau de confiance des 18 289 sondés, une question particulière a été posée. Il fallait qu’ils notent de 0 à 5 la confiance qu’ils accordent pour un trajet en voiture à des profils types de personnes que tout le monde connaît : la famille, les amis, les collègues, les voisins et les contacts de réseaux sociaux. Afin de représenter au mieux la population, seules les notes les plus élevées ont été gardées (4 sur 5 ou 5 sur 5). Évidemment, la famille, avec 94% et les amis avec 92% remportent le plus haut niveau de confiance. Les collègues (58%), les voisins (42%) et les contacts de réseaux sociaux (16%) sont loin derrière. Mais LA grande conclusion de l’étude est assez marquante : les représentants de l’enquête disent avoir un niveau de confiance plus élevé envers des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées, plutôt qu’envers leurs collègues ou leurs voisins : 89% des sondés seraient plus confiants avec un membre de Blablacar, à condition que son profil soit complet et détaillé (photo, numéro de téléphone vérifié, avis des anciens covoituriers, etc.). Cet échelon est presque équivalent à celui attribué à la famille ou aux amis proches et ce niveau serait, à quelques pour-cent près, le même dans les 11 pays représentés. Un changement d’attitude est en train de s’opérer…
Pourcentage des répondants qui ont noté 4/5 ou 5/5 à la question : "à quel type de profil accordez-vous le plus votre confiance pour les trajets en voiture ?"
Changement des comportements
Les résultats ci-dessus montrent que les comportements sont en train de changer. Ceci démontre que les plateformes en ligne sont à l'origine d'une nouvelle création de confiance interpersonnelle « à une échelle sans précédent ». De nos jours, les individus sont capables d’emmagasiner un « capital confiance » grâce aux profils complets des personnes sur les plateformes ainsi qu’aux avis des anciens clients. Les outils de confiance digitaux et l’interconnectivité sont les principaux moteurs de ce phénomène. Une personne peut donc faire confiance à une autre sans jamais l’avoir rencontrée et en ayant simplement visualisé son profil en ligne. Énormément d’opportunités sont réalisées suite à ce changement de comportements. Cela engendre des enjeux plus élevés comme l’auto-partage, la location d’une maison, d'un appartement entre particuliers ou encore la ventes d’objets ou de services sur des sites tels que Le Bon Coin. Un autre point étonnant est dévoilé par l’étude : 48% des sondés déclarent que le covoiturage les a rendus plus ouverts à ces autres plateformes et services collaboratifs.
Le modèle D.R.E.A.M.S est présenté par Blablacar et ce serait un outil essentiel pour favoriser la confiance au sein des communautés des plateformes digitales. Cet inspirateur est l’acronyme de Declared (Déclaré); Rated (Évalué); Engaged (Engagé); Active (Actif); Moderated (Modéré) et Social.

L’étude révèle par ailleurs une forte distinction entre la génération Y et le reste de la population. Systématiquement, la génération Y a une plus forte appétence. Le changement sociétal est en train de s’opérer à travers toute la population.
« Nous arrivons dans un monde où ensemble, les plateformes collaboratives sont en train de créer un cercle vertueux de la confiance et de développer les nouveaux codes de confiance qui ont effet sur l’ensemble de l’économie collaborative, mais aussi sur la société puisque l’on apprend à faire confiance à l’autre autrement », ajoute Verena Butt d’Espous. Selon le fondateur de Blablacar, Frédéric Mazzella : « La confiance digitale est à la confiance interpersonnelle ce que l’invention du téléphone a été pour la communication humaine. Le téléphone a soudainement permis aux personnes de communiquer instantanément avec tout le monde; de la même façon, les réseaux de confiance digitale permettent aux individus de télécharger le « capital confiance » de toute personne avec effet immédiat.»
Yann Algan et Frédéric Mazzella se sont joints à Verena Butt d’Espous pour conclure la conférence. Yann Algan s’est dit très marqué par cette étude car elle renvoie à beaucoup de travaux d’économistes et de sociologues en sciences humaines: « Ce qui va vraiment permettre de mettre de l’huile dans les rouages et permettre à une économie de se développer, c’est vraiment la confiance interpersonnelle. Et cette confiance, qui explique l’essentiel de la croissance, explique aussi l’essentiel du bien être ».
Yann Algan, spécialiste de l’économie collaborative et numérique, de l'économie de la confiance et du bien-être, et des politiques publiques et de l’éducation (à gauche) - Frédéric Mazzella, Fondateur de Blablacar (au centre) - Verena Butt d'Espous (responsable de la communication corporate de Blablacar)
Frédéric Mazzella clôt la conférence en expliquant le choix de réaliser cette étude. Il voulait, avec Arun Sundararajan, faire un sondage pour répondre aux besoins primordiaux des individus dans les services collaboratifs. Voici l'explication du Professeur à NYU Stern :
Photo d'ouverture: Fotolia - juliabatsheva