Du 24 au 26 mai prochain aura lieu l’évènement Innorobo aux Docks de Paris. Il se présente comme le seul sommet européen entièrement dédié aux technologies robotiques et aux innovations de rupture qui répondent à nos enjeux sociétaux majeurs. A la fois ouvert aux professionnels et au grand public, il attire depuis cinq ans une population du monde entier venue rencontrer les exposants, assister aux conférences et ateliers et découvrir les nouveautés du secteur. Entretien avec Catherine Simon, présidente d'Innoecho, société organisatrice de ce rendez-vous incontournable.
Pouvez-vous nous présenter le salon Innorobo ?
Catherine Simon, Présidente d'Innoecho
Tout d’abord, je tiens à préciser que ce n’est pas un salon, mais que l’on peut plutôt qualifier Innorobo de sommet, de forum ou de rencontres. Le but de cet évènement est de toucher du doigt l’innovation et les progrès en robotique. Nous attendons de 300 à 500 personnalités internationales dans le domaine. La robotique est une technologie qui a le potentiel d’irriguer beaucoup de secteurs, elle a un fort potentiel pour révolutionner la société que ce soit à travers la sécurité, la domotique, les ressources énergétiques, l’agriculture ou les transports. Ce que nous voulons faire avec Innorobo, c’est inventer une vision d’une société au présent. En Europe, beaucoup de personnes pensent que les robots vont nous voler nos emplois ou que l’on va tous devenir des cyborgs. Alors que la robotique permet de faire plein de choses positives, elle permet par exemple de palier un handicap physique, de se rendre à des endroits inaccessibles, elle permet de créer des choses que l’on croyait impossibles. Le but de l’évènement est donc de créer une vision positive de la robotique et d’accélérer son intégration dans la société. Pour cela, nous mettons en contact des startups avec des grandes entreprises, nous présentons de nouveaux produits et services. C’est important pour nous de faire en sorte que les jeunes entreprises trouvent leur marché. Il y a à la fois un côté interactif avec la rencontre de plusieurs écosystèmes et à la fois une vision prospective, sur le plus long terme, pour transformer la société.
L’évènement se déroulait jusqu’ici à Lyon, pourquoi avoir investi la capitale cette année ?
Cela faisait cinq ans que l’évènement avait lieu à Lyon. Il était temps de changer d’air et d’aller au plus près de l’écosystème, car une majorité des entreprises dans la robotique se trouvent à Paris. Nous avons acquis assez de réputation jusque là, auprès d’acteurs français, mais aussi internationaux, pour pouvoir organiser Innorobo à Paris. C’est aussi là que se trouvent les grandes entreprises et donneurs d’ordres. Nous attendons forcément plus de monde, mais notre but n’est pas de multiplier le nombre d’entrées. Ce qui nous importe, c’est de répondre aux interrogations des visiteurs, c’est ici que l’on saura si notre évènement a été un succès. On ne veut pas devenir trop gros, sinon on ne s’en sort pas et notre but est de rester qualitatif. C’est pourquoi nous choisissons avec attention chaque entreprise exposée et chaque robot présenté. Avec Paris, nous entamons un tour d’Europe, voire du monde. Nous voulons faire rayonner la robotique européenne, bien différente de la robotique asiatique ou américaine, sur la planète entière. Pour cela, nous serons également présents à des évènements comme le CIROS China International Robot Show en Chine ou le Robot World à Séoul.
Y a-t-il des initiatives dans la robotique qui peuvent intéresser le secteur du Tourisme ?
Je pense que le robot humanoïde Pepper d’Aldebaran a du potentiel dans ce secteur. Il y a eu plusieurs initiatives, mais il sait faire encore plus de choses que ce que l’on pense. Les robots de téléprésence aussi sont intéressants. Orange va bientôt en commercialiser un pour la visioconférence. Je pense aussi aux drones d’exploration, aux logiciels et interfaces, à l’intelligence artificielle, à la reconnaissance faciale, au micro processeur que l’on trouve dans les cartes bancaires. Toutes ces technologies peuvent servir le Tourisme. On peut imaginer qu’un touriste pilote un robot d’exploration à distance pour découvrir l’océan, le cœur d’un volcan, une fourmilière ou même l’intérieur du corps humain. C’est d’ailleurs un service que pourrait proposer les agences de voyage. Il y a également des choses à faire dans la mobilité au sein de la ville. En prenant en compte les technologies et améliorations aujourd’hui, on peut imaginer qu’un voyageur renseigne ses goûts et préférences et qu’en montant dans une voiture autonome, sa découverte de la ville soit totalement personnalisée. A l’aéroport, les robots peuvent aider les personnes qui enregistrent les bagages et qui doivent les étiqueter et les soulever. Cela leur permettrait de leur libérer du temps afin d’aller à la rencontre des voyageurs pour les guider vers cette machine. On pourrait redonner une valeur humaine à l’employé.
Vous ne croyez donc aux hôtels où une grande partie des employés sont des robots, comme au Henn Na Hotel au Japon ?
En Asie, la population n’a pas le même rapport avec les robots qu'en Europe. Ils sont nombreux, mais il faut beaucoup de personnes pour travailler dans les usines ou s’occuper des personnes âgées. Pour palier au manque de personnel, ils créent donc des robots humanoïdes. En Europe, nous avons tout un imaginaire basé sur des films Hollywoodiens, sur des scénarios à la Frankenstein. Nous voyons davantage les côtés négatifs que positifs dans la robotique. C’est pourquoi un hôtel comme celui là ne marcherait pas. Au Siècle des Lumières, l’Europe a pourtant joué un rôle majeur dans la réflexion intellectuelle et le développement du progrès. Il faudrait que les Européens se remettent dans cet état d’esprit. Nous avons des valeurs humanistes et des technologies dans la robotique pourraient permettre d’améliorer la société et la servir. Il faut arrêter de penser que les robots vont se rebeller contre nous, il suffit de leur enlever leur batterie pour être tranquille ! (Rires)

Quand on pense robotique, on pense aussi intelligence artificielle, est-ce que ces deux domaines sont désormais indissociables ?
L’intelligence artificielle permet une réflexion au-delà du calculatoire. Elle crée des robots apprenants. C’est le cas du robot iCub développé par les équipes de l'Institut des systèmes intelligents et de robotique de l'Université Pierre et Marie Curie à Paris, du groupe de recherche Flowers de l'INRIA Sud-Ouest et du groupe de Robotique Cognitive de l'ENSTA. Il n’a pas appris à attraper un gobelet dans sa main grâce à des lignes de codes, mais grâce à sa technologie apprenante. C’est en analysant son environnement qu’il est capable d’attraper le gobelet. Il lui faut tout de même trois minutes de réflexion aujourd’hui, mais cela montre que l’intelligence artificielle permet aux robots de faire des déductions et de ne pas seulement répéter des tâches qu’on leur aurait apprises. La robotique évolue vers une interaction homme/machine. Bientôt, un robot porteur de bagages dépourvu de bras pourra se rendre sur Internet pour trouver les manières d’ouvrir une porte et se rendant compte qu’il ne peut pas, il pourra contacter le possesseur de la valise pour lui dire qu’il est devant la porte de la chambre, mais qu’il a besoin d’aide. Même s’il n’est pas totalement autonome, il peut enlever le côté pénible de certaines tâches.
Quelles sont les grandes tendances actuelles de la robotique ?
Nous assistons à plusieurs croissances dans plusieurs secteurs au sein de la robotique. D’abord, une croissance des robots industriels, ceux que l’on trouve dans l’industrie automobile ou électronique, qui sont par ailleurs plus optimisés pour un gain de productivité. La robotique de service professionnel a elle aussi évolué. Il s’agit des véhicules autonomes, des robots d’explorations, des robots agricoles, des drones de défense, des robots médicaux, des robots d’accueil, comme Pepper d’Aldebaran en ambassadeur des boutiques Nespresso au Japon et de quelques magasins Carrefour en France. Enfin, la robotique de service personnel a connu la plus grande croissance. Il s’agit des robots qui réalisent des tâches domestiques, les aspirateurs ou tondeuses, des robots sociaux ou éducatifs et des drones de loisirs.
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