Le 5 avril dernier a eu lieu le Forum Dimo, un évènement dédié aux professionnels, managers et dirigeants d’entreprises autour des solutions de gestion et d’organisation. L’une des conférences de la journée, animée par Marcel Levy, fondateur de Deplacements Pros, avait pour objet le voyage d’affaires et ses mutations face à l’innovation.
Selon Michel Roncka, Travel Manager chez Réseau de Transport d'Électricité et Administrateur à l’AFTM, c’est le voyageur d’affaires qui amène l’innovation au sein de l’entreprise et qui fait bouger les lignes. Mais prendre en compte les nouveaux usages pose des problématiques autour de la sécurité et de la gestion des notes de frais. Michel Roncka rappelle qu’en moyenne, il faut compter 57 euros pour une gestion de note de frais, ce qui n’est pas négligeable. Les technologies commencent néanmoins à intégrer le secteur et les voyageurs d’affaires peuvent désormais payer avec le NFC (sans contact), ouvrir les portes avec leur smartphone ou réaliser le check in/out. Dans ce contexte, le rôle de l’agence s’amenuise. Selon l'Administrateur à l'AFTM, c’est grâce à sa qualité de service et sur ses connaissances du métier qu’elle survivra. Philippe Riffard, Responsable Commercial chez Bleu Voyages, pense lui que l’agence se démarque par sa capacité à réaliser des économies. C’est pourquoi il ne croit pas en l’automatisation complète des processus de gestion. En revanche, la dématérialisation des documents est pour Gilles Bobichon, Directeur d'activité Travel & Expense Management - Notilus chez DIMO Software, un bon moyen de réaliser des économies rapidement sans qu’il n’y ait d’impact sur les processus de gestion.
Gérer l’arrivée de nouveaux acteurs
La table ronde s’est ensuite poursuivie par une question de Marcel Levy, fondateur du magazine Deplacement Pros, autour de l’intégration des nouveaux acteurs, notamment collaboratifs, dans le secteur du voyage d’affaires. Chez Réseau de Transport d'Électricité et Administrateur, Michel Roncka remarque que des plateformes comme Airbnb posent des problèmes autour l’assurance qui n'est pas très claire. « Les acheteurs préfèrent de toute manière centraliser leurs dépenses auprès d’un acteur principal afin de pouvoir négocier. Si tout le monde négocie à droite à gauche il n’est plus possible d’avoir de bons prix », a-t-il expliqué.
Si un voyageur d’affaires réserve une chambre sur Airbnb, ce n’est donc pas forcément plus intéressant financièrement pour l’entreprise. « Les acheteurs veulent de la visibilité et des reporting détaillés. Mais il ne s’agit pas toujours de faire des économies, proposer un confort de voyage est aussi important », a ajouté Philippe Riffard. C’est pourquoi certaines entreprises préfèrent payer un billet de train ou d’avion plus cher, mais plus flexible, pour éviter les surcoûts liés à une annulation par exemple. « Certaines offres grand public peuvent paraître intéressantes grâce au prix d’appel, mais une fois le petit déjeuner et le Wi-Fi ajoutés, le prix n’est plus le même », a déclaré le Responsable Commercial chez Bleu Voyages.
Selon Michel Roncka, il s’agit de mixer les deux pour innover intelligemment. Lorsqu’un collaborateur sait à quelle heure a lieu une réunion, il peut prendre un vol low cost à l’aller et prendre un vol plus cher mais flexible pour le retour s’il ne sait pas à quelle heure elle finira exactement. Il en est de même avec l’utilisation de nouveaux acteurs.
Des innovations durables ?
A la fin de la table ronde, Marcel Levy a demandé aux participants quels étaient selon eux les nouveaux services et technologies qui ont une chance de prendre une réelle place dans le voyage d’affaires. Pour AirPlus, forcément, il s’agit de la simplification de l’acte d’achat grâce aux cartes d’entreprise, notamment sa carte Logée. Grâce à celle-ci, le voyageur d’affaires n’a pas besoin d’avancer son propre argent et la liste des dépenses est directement envoyée à l’entreprise. « Les nouveaux moyens de paiement, c’est un peu utopique. Il y a encore trop de risques de fraude pour les proposer aux voyageurs », a déclaré Philippe Klopman, Responsable Partenariat/Commercial chez AirPlus.
Michel Roncka, lui, se méfie des innovations dont on parle beaucoup mais qui ne seraient que de passage : « Il y a eu un gros engouement autour des Google Glass et je m’y suis fortement intéressé. Pourtant, elles ne sont plus d’actualité ». Aujourd’hui, il regarde beaucoup ce qui se fait du côté du MICE, notamment les startups qui proposent de réserver des espaces pour faire des réunions.
Enfin, Gilles Bobichon a mis le doigt sur un frein à l’intégration de nouveaux services dans le business travel : les startups ne sont pas assez au fait des problématiques du secteur. « J’ai rencontré Captain Train récemment et en discutant avec eux, je me suis rendu compte qu’il y avait plusieurs points qu’ils ne prenaient pas en compte », a-t-il raconté. Les startups proposent donc des solutions inspirées du loisir, mais elles sont trop axées sur le voyageur et pas assez sur la gestion du côté de l’entreprise selon lui. Si une startup veut collaborer avec une entreprise du voyage d’affaires, voire même être rachetée, il semblerait donc qu'un stage de remise à niveau s’impose.
Retrouvez aussi l'interview de Michel Roncka sur les bouleversements technologiques du secteur :
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