Pourquoi la data et l’intelligence artificielle sont-elles intrinsèquement liées ?

Le salon Big Data s’est tenu le 7 et 8 mars au Palais des Congrès à Paris.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

9 mars 20165 min de lecture

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© Archives Travolution

Le salon Big Data s’est tenu le 7 et 8 mars au Palais des Congrès à Paris. Deux journées de conférences, d’ateliers et de démonstrations pour comprendre l’importance des données et leurs enjeux dans la capacité d’innover. L’occasion de réfléchir autour d’une table ronde aux prochaines applications du Big Data, notamment dans le machine learning et l’intelligence artificielle.

Pour cette table ronde, le salon Big Data a réuni du beau monde : Dominique Cardon, sociologue et auteur de plusieurs ouvrages sur l’impact des nouvelles technologies sur la société (notamment A quoi rêvent les algorithmes chez Seuil) ; Yann Lechelle, COO de Snips, société dirigée par Rand Hindi, spécialisée dans l’intelligence artificielle et les algorithmes pour améliorer nos quotidiens ; et enfin Florent Perronnin, Directeur du très mystérieux FAIR, le laboratoire français de Facebook dédié à l’intelligence artificielle (IA). C’est d’ailleurs lui qui a ouvert la discussion en évoquant les travaux sur lesquels le laboratoire travaillait actuellement. « Tout d’abord, il faut rappeler que le Big Data n’existe pas sans l’intelligence artificielle et inversement », a-t-il commencé par expliquer. En matière d’IA, Facebook travaille sur l’analyse de l’image et de la parole. Pour cela, le laboratoire s’intéresse aux manières dont les humains apprennent et notamment les enfants. « La plupart des machines aujourd’hui apprennent grâce à un apprentissage supervisé. L’apprentissage non supervisé, c'est-à-dire lorsqu’un enfant fait ses propres expériences et apprend par lui-même, est beaucoup plus complexe à intégrer aux machines », a continué Florent Perronnin. Pour le moment, la solution qui a été trouvée est l’apprentissage par renforcement qui demande peu de supervision. « Il consiste à récompenser le sujet lorsqu’il a réussi à faire quelques chose », a-t-il ajouté. Facebook avance donc, mais est encore loin de ce qu’il voudrait faire. « Les chercheurs disent que les machines réfléchissant comme les humains devraient arriver dans 50 ans. Ce qui veut dire que cela se produira dans au moins 70 ans », a plaisanté le directeur de FAIR.

« Les humains sont très prévisibles »

Yann Lechelle a ensuite pris la parole pour expliquer quelles étaient les ambitions de Snips. « Nous utilisons surtout des modèles statistiques. Notre but est de réduire la friction liée à la technologie au quotidien », a-t-il déclaré. Le but de la société est de rendre la technologie omniprésente et pourtant indétectable. Le rêve de beaucoup de technophiles aujourd’hui. « Je suis désolé de vous le dire, mais les humains sont très prévisibles. Nous répondons tous à un schéma métro, boulot, dodo », a-t-il lancé à l’assistance. C’est cette prévisibilité qui permet à Snips d’utiliser les algorithmes pour faire disparaître la technologie et améliorer l’expérience utilisateur, notamment sur le smartphone. « Contrairement à ce que son nom suggère, un smartphone n’est pas smart. Ce sont Facebook ou Google qui le sont. C’est pourquoi nous voulons créer une couche algorithmique pour reconstruire une représentation de chaque modèle personnel », a expliqué Yann Lechelle. Les data récupérées  dans toutes les applications, les photos, le calendrier ou les contacts et leur croisement permettrait de rendre le téléphone réellement intelligent. « Mon mobile est censé savoir que je suis actuellement en train de parler avec vous sur scène et que je ne veux donc pas être dérangé par mon vibreur. Il devrait savoir quelle notification est susceptible de m’intéresser selon le contexte », a-t-il donné comme exemple. Le smartphone n’est pas seul champs d’investigation de Snips puisque la jeune société s’intéresse aussi aux voitures et veut aussi les rendre intelligentes.

Le choix de l’open source et d’être implanté en France

Florent Perronnin et Yann Lechelle s’accordent pour dire que lorsque l’on travaille dans les données et l’intelligence artificielle, l’open source a son importance. Une idée qui fait écho au discours d’ouverture de Mounir Mahjoubi, qui plus tôt dans la matinée expliquait la nécessité d’une ouverture des données. « Il est important de partager ses recherches avec la communauté scientifique », a déclaré le directeur de FAIR, suivi par le COO de Snips : « Cela permet d’être plus créatif et d’implémenter des solutions beaucoup plus rapidement ».

Alors que beaucoup de sociétés spécialisées dans l’intelligence artificielle sont implantées dans la Silicon Valley ou au Japon, Facebook et Snips ont choisi d’être présents en France. La raison pour le réseau social ? Garder les talents en France et éviter qu’ils ne partent aux Etats-Unis. « Nous avons commencé à 6, nous sommes actuellement 12 et nous espérons être une vingtaine d’ici la fin de l’année », a déclaré Florent Perronnin. Un peu gêné, Yann Lechelle a concédé : « Les salaires en France sont moins élevés que dans la Silicon Valley et il y a des intérêts fiscaux à être implanté dans l’hexagone », avant d’ajouter « Nous pourrions aller aux Etats-Unis, car nos actionnaires sont majoritairement américains. Mais ils ne nous l’ont pas imposé ».

Une table ronde qui s’est poursuivie par quelques mots du sociologue Dominique Cardon qui affirme que « nous sommes dans la 3e vague de l’intelligence artificielle ». Pour lui, l’IA ne cesse de naître et de disparaître au fil des années. Ce qui pouvait apparaître comme tel il y a des années s’est fondu (ou non) dans nos quotidiens. L'IA prend plusieurs formes et posent toujours plus ou moins les mêmes questions. « Aujourd’hui, c’est l’intelligence statistique avec le Big Data qui prédomine » a-t-il continué. La multiplication des contextes rend les choses plus complexes selon le sociologue et il est de plus en plus difficile d’établir des règles. Un phénomène qui n’est pas prêt de s’arrêter.

Photo du slider : Fotolia - freshidea

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