Le navigateur Alain Thébault, créateur du voilier l’Hydroptère, revient avec un nouveau projet : créer un véhicule fluvial volant zéro émission pour désengorger le trafic urbain. Anne Hidalgo, maire de Paris, a exprimé son souhait de faire de la Capitale, leur première utilisatrice.
Après plusieurs décennies de rêve et de persévérance, le bateau rêvé par Alain Thébault inaugure son premier « vol » en 1994. En effet, L’Hydroptère dessiné par le navigateur, est un voilier capable, à partir d'une certaine vitesse et grâce à un ensemble d'ailes immergées (ou foils, en terme mécanique), de se retrouver hors de l’eau. Sur le même principe que les ailes des avions, cette originalité permet de supprimer le frottement (ou traînée) des vagues contre la coque, et de permettre ainsi d’augmenter la vitesse des bateaux. En 2009, L’Hydroptère a même battu un record de vitesse à la voile à 50,17 noeuds de moyenne au mille nautique. Cette fois-ci, Alain Thébault souhaite rendre son invention la plus utile possible en l’exportant dans les canaux de Paris.
Quel potentiel ?
Tout comme le rapporte le média L’Usine Nouvelle, Alain Thébault, avec le champion de planche à voile suédois Anders Bringdal, conçoivent en décembre dernier la start-up « Sea Bubble » : l'idée étant de bouleverser les moyens de transport actuels. Après l'abandon d’un ancien sponsor, développant le concurrent Hydroptere.ch, le navigateur s’est recentré autour d’ingénieurs et de passionnées comme l'équipe de Kaïros, apportant leur soutien à de nombreux projets maritimes. Les premiers croquis et calculs dévoilent ainsi un véhicule "Bulle" offrant quatre places et capable de sortir de l’eau à faible vitesse (dès 5 nœuds, soit 9,3 km/h) grâce à une coque de fibre composite en lin, propulsé par un moteur électrique. L'ensemble est donc, théoriquement, très silencieux et respectueux de l'environnement.

Les avantages d’une telle réalisation seraient multiples : en réduisant la traînée, le prototype ne crée pas de vagues susceptibles d’abîmer les berges et nécessite peu d'énergie, du fait de sa batterie électrique, par rapport aux autres transports plus "traditionnels". Des zones protégées, comme à Port Cros dans le Var ou Scandela en Corse, pourraient ainsi avoir un intérêt à les utiliser pour préserver leur faune.
De plus, sachant que la plupart des grandes villes sont à proximité d'une façade maritime ou traversées par une rivière, cette solution pourrait s'envisager comme "véhicule en libre-service" tel les Autolib de Paris ou même, en concurrence face aux VTC comme les Yellow Cab de New York... Les villes de Londres et Hong Hong se sont déjà dites intéressées.
Le cas de Paris
Pour l'heure, la maire de Paris, Anne Hidalgo a déclaré vouloir que « Paris soit la première capitale à tester les deux premiers prototypes [...] sur la Seine. » Un choix motivé par à un accord signé avec la fédération de l’UNICEM (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction), un acteur du secteur des matériaux de construction afin de « développer sensiblement le trafic fluvial et ainsi contribuer à limiter les émissions de CO2 et de particules fines. » Tout ceci pour parvenir à une alternative écologique au « tout-routier » car la filière BTP est la première contributrice de ce trafic. Cet exemple démontre un autre intérêt du projet : son utilisation par l'industrie dans le domaine fluvial.
Les premiers prototypes seront ainsi visibles dès le printemps sur la Seine, mais toujours soumis aux limitations de vitesse de 18 et 12 kilomètres heures (9,6 et 6,5 nœuds) classiques.
Un futur automatisé ?
Henri Seydoux, PDG de Parrot, n'est pas étranger au développement de ce prototype. Il est l'un des actionnaires de la start-up. Depuis la présentation du drône DISC, avec un système de pilotage automatique, lors du dernier salon du CES de Las Vegas en janvier dernier, un rapprochement avec cette start-up n'est pas à écarter. Le projet attire plusieurs influenceurs importants dans le domaine de la robotique... Les SeaBubbles risquent donc de connaître un certain succès avec une utilisation comme desserte urbaine. Et peut-être sur le long terme, automatisée...
En comparaison, le projet est quasi-similaire au Quadrofoil, un hydroptère électrique destiné à la navigation de plaisance. Mais ce dernier est d'ores et déjà commercialisé... SeaBubble a donc encore beaucoup à prouver pour prouver son insubmersibilité.