Analysis Group, une des plus grosses sociétés de consulting dans l’économie aux Etats-Unis, vient de publier une étude commandée par Facebook sur l’impact économique de l’usage, le développement et l’adoption de l’intelligence artificielle sur les 10 prochaines années.
Facebook ne cache pas ses ambitions dans le secteur de l’intelligence artificielle, cette propension à vouloir donner aux machines et logiciels la capacité de réfléchir comme, voire mieux, que les humains. En juin dernier, le réseau social a ouvert à Paris FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research), son premier laboratoire européen dédié à l’intelligence artificielle. Rien d’étonnant donc à ce que Facebook commande une étude sur les impacts économiques de cette technologie très poussée qui devrait bouleverser nos quotidiens bien plus profondément et plus vite que l’on ne le croit. Selon l’équipe en charge de l’étude, le marché de l’intelligence artificielle devrait générer entre 1,49 et 2,95 trillions (1000 milliards) de dollars d’ici 2025.
De quelle intelligence artificielle parle l’étude ?
Au début des réflexions sur l’intelligence artificielle (IA) dans les années 50, le mathématicien britannique Alan Turing a proposé un test, connu aujourd’hui sous le nom de « Test de Turing » (très bien retranscrit dans le film The Imitation Game ou Ex Machina), montrant que dans certains cas il est difficile pour un homme de savoir s’il a affaire à un autre humain ou un ordinateur lors d’une conversation. Cette capacité à imiter et à reproduire le schéma de pensée d’un humain est l’un des objectifs de l’IA. Aujourd’hui, cette technologie est présente lorsque des ordinateurs jouent à des jeux contre les humains et peuvent comprendre plusieurs langages, dans les assistants virtuels, dans les robots capables de voir, entendre et réagir à plusieurs stimuli.
L’intelligence évoquée dans cette étude concerne la technologie capable d’égaler les capacités humaines en apprenant d’elle-même, en arrivant à ses propres conclusions, en comprenant des problématiques complexes, en engageant le dialogue avec des personnes, en améliorant les performance cognitives des humains ou en les remplaçant dans des tâches quotidiennes ou non. Comme il est impossible de savoir exactement quelles technologies verront le jour dans les prochaines années dans ce secteur, l’étude imagine le futur de celles que l’on voit déjà apparaître, telles que le machine learning (la machine apprend d’elle-même sans assistance humaine), le langage naturel (la capacité à comprendre et parler comme un humain), les assistants personnels virtuels (qui aident les utilisateurs à s’organiser) ou encore le machine vision (la capacité à identifier des objets et des situations).
Les effets de l’IA sur le PIB mondial
Les auteurs de l’étude prévoient que l’intelligence artificielle entraînera une croissance directe du PIB grâce aux sociétés qui développent des technologies liées à l’IA et une croissance indirecte grâce à celles qui utilisent des technologies non directement liées. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le développement de cette technologie ne va pas supprimer d’emplois (dans le sens où moins de postes seraient proposés), puisqu’une toute nouvelle économie prendra vie et avec elle un nouveau besoin de personnes qualifiées.
L’intelligence artificielle sera présente partout et les besoins vont donc se multiplier. Elle sera intégrée à d’autres secteurs d’activités et contribuera également à leur croissance. Le rapport donne l’exemple de la production de nourriture : l’IA permettra d’optimiser la production alimentaire dans le monde entier en analysant les régions agricoles et en identifiant les actions nécessaires pour améliorer les rendements des cultures. Elle intégrera aussi les PC, l’Internet haut débit, les smartphones et les robots industriels.

En revanche, il est vrai que qu’au regard du passé, dans certaines industries, l’amélioration des machines a contribué à supprimer des emplois. Mais le rapport affirme qu’il n’y a pas eu d’impact sur le marché de l’emploi en général sur le long terme et qu’en parallèle, de nouveaux postes ont été créés. Il devrait en être de même avec l’intelligence artificielle.
Plus l’IA sera ancrée dans une région ou dans un secteur économique, plus elle aura d’impact. Mais il est difficile de prédire quelles applications de la technologie auront du succès et donc leur impact économique exact d’ici 10 ans. C’est pourquoi le rapport donne une fourchette assez large, entre 1.49 trillion de dollars et 2.95 trillions.
Les investissements dans l’intelligence artificielle
Pour que la technologie devienne un vrai marché, de nombreux investissements devront être réalisés. En 2014 et 2015, huit sociétés majeures dans les technologies ont racheté 26 entreprises spécialisées dans l’IA, pour un montant total de 5 milliards de dollars. Le laboratoire FAIR de Facebook, le lab de Google et la division dédiée de Microsoft recrutent également les meilleurs talents dans le domaine. Entre 2010 et 2015, 5 milliards de dollars ont été levés par des sociétés développant de l’IA. Selon le rapport, ces investissements sont des indicateurs quant au potentiel de la technologie. L’impact économique de ces investissements pourrait représenter entre 359.6 milliards et 773.2 milliards de dollars dans les 10 prochaines années. Ils facilitent l’innovation et donc la productivité et donc la croissance. Mais leurs retombées économiques ne sont pas toujours immédiates. Il faudra donc attendre bien après 10 ans pour voir l’impact que ces investissements auront.
Un gros travail de démocratisation
Si le marché de l’intelligence artificielle devrait être énorme dans les prochaines années et que les sociétés devraient se multiplier dans le domaine, c’est aussi à condition que le public ne voie plus cette technologie comme une menace. Les films de science-fiction ont mené la vie dure à l’intelligence artificielle, souvent présentée comme l'ennemi avec un scénario à la Terminator. C’est pourquoi IBM, notamment avec sa technologie Watson, son programme informatique d'intelligence artificielle qui a notamment pour but de répondre à des questions formulées en langage naturel, entend démocratiser l’IA.
IBM a par exemple mis l’intelligence artificielle à disposition des professionnels du Tourisme via WayBlazer, une startup fondée par Terry Jones, fondateur de Kayak et Travelocity, qui fournit des recommandations contextualisées et personnalisées en langage naturel aux voyageurs, en prenant en compte une multitude de données (géolocalisation, température, époque de l’année, saisonnalité, évènements…). La société utilise Watson. Mais WayBlazer n’est qu’un exemple de ce que l’on pourrait faire dans le Tourisme. Le machine learning, la robotique de service, les assistants virtuels, tous représentent des opportunités pour proposer de meilleurs services aux voyageurs. Pour le moment, l’intelligence artificielle appliquée au Tourisme n’en est qu’à ses balbutiements. Mais de grandes choses sont à venir. Pour savoir lesquelles, on se donne rendez-vous dans 10 ans.
Retrouvez l'étude ici