La fin du roaming en Europe va-t-elle entraîner la disparition du Wi-Fi de poche ?

En octobre dernier, le Parlement Européen annonçait avoir adopté une loi prévoyant la fin des frais d’itinérance (= le roaming) au sein de l’Union Européenne…

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

2 février 20166 min de lecture

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© Archives Travolution

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En octobre dernier, le Parlement Européen annonçait avoir adopté une loi prévoyant la fin des frais d’itinérance (= le roaming) au sein de l’Union Européenne avec une application prévue pour juin 2017. Une bonne nouvelle pour les touristes européens, mais peut-être pas pour les fournisseurs de Wi-Fi de poche qui proposent des petits boîtiers et qui font donc de la connexion Internet leur fond de commerce. La fin du roaming est-elle une opportunité ou une épine dans le pied pour ces acteurs? Entretien avec Jean-Baptiste Queromes et Fabrice Gaumont, co-fondateurs de Bienvenue Wi-Fi.

Pouvez-vous revenir sur la création de Bienvenue Wi-Fi ?

Fabrice Gaumont : Bienvenue Wi-Fi a été lancé en 2014, en partie grâce à cette réflexion de la Commission Européenne autour du roaming !

Jean-Baptiste Queromes : Avant de créer ce service, Fabrice travaillait dans les smartphones. Nous avons vite vu le potentiel de la technologie mobile, à condition qu’elle soit connectée à Internet. J’en ai donc profité, pendant une année sabbatique autour du monde, pour réaliser un benchmark pour connaître l’accessibilité à Internet dans les différentes destinations. Il y avait un vrai besoin et une frustration de la part des voyageurs qui ont un mobile à 600 euros dans la poche, mais qui ne peuvent pas l’utiliser au moment où ils en ont le plus besoin.

F.G : J’ai aussi travaillé dans les télécoms et sur des projets de voitures connectées. J’ai pu passer des deals importants sur le roaming car il fallait que les voitures puissent se connecter d’où qu’elles soient en Europe. Nous avions donc à la fois des connaissances techniques et une problématique à laquelle il fallait répondre. Nous étions partis sur l’idée de fournir Internet aux Français allant à l’étranger. Mais nous nous sommes vite rendu compte qu’il fallait faire le contraire, car nous vivons dans un des pays les plus touristiques du monde !

J-B.Q : Nous avons ensuite contacté l’ARCEP (autorité de régulation des télécommunications, ndlr), puis nous avons participé aux réunions de la Commissions Européenne qui a commencé à réfléchir à la suppression du roaming en 2013. Il y avait à la fois les grands constructeurs et les grands opérateurs mondiaux. Nous avons été observateurs de ces échanges pendant un an. C’est avec tout ce bagage que nous avons lancé Bienvenue Wi-Fi mi 2014.

Qui sont vos clients ?

J-B.Q : Nous avons un modèle purement B2B. Nous avons noué une cinquantaine de partenariats avec des professionnels français de l’hébergement (ils viennent de signer avec Interhome, ndlr), du transport ou qui proposent des activités, comme les réceptifs ou les organisateurs d’évènements. Nous travaillons avec quelques agences en Chine et en Russie, mais les Chinois sont difficile à convaincre, les boîtiers Wi-Fi existent depuis presque 10 ans là-bas. Nous travaillons sur un modèle de « dépôt-location », le matériel continue à nous appartenir. Nos « mini-box » sont prêtes à l’emploi. 10 appareils peuvent s’y connecter en même temps avec une vitesse 10 fois plus rapide que l’ADSL, mais un peu moins rapide que la fibre.

Est-ce que la fin du roaming en Europe va changer quelque chose pour vous ?

F.G : Étant donné que nous avons participé aux discussions de la Commission Européenne, nous savions à quoi nous en tenir dès la création de Bienvenue Wi-Fi et nous avons décidé d’exclure les européens de notre cible et de prendre seulement en compte les étrangers venant en France. Donc cette décision ne va rien changer pour nous. Nos seuls clients européens sont Français et utilisent nos boîtiers pour des évènements demandant un plus fort débit Internet (Bienvenue Wi-Fi propose un autre boîtier avec une capacité de connexion supérieure, ndlr) ou pour se connecter dans des hébergements dépourvus de Wi-Fi. Dans ce cas, notre boîtier remplace une box de salon. Le seul cas de figure qui nous embêterait, c’est si les Américains par exemple décidaient de suivre l’initiative de la Commission Européenne, mais c’est très peu probable.

fondateurs_bienvenue_wifi Fabrice Gaumont et Jean-Baptiste Queromes, fondateurs de Bienvenue Wi-Fi

Quel est votre avis sur cette décision, vous qui avez participé aux discussions de la Commission Européenne ?

J-B.Q : C’est une très bonne chose que l’Europe soit en avance et qu’elle permette à ses citoyens de se connecter à Internet partout. Il faut se mettre à la place des Européens, ce n’est pas logique que dans l’espace Schengen il y ait la libre circulation des biens, mais que téléphoner en Espagne coûte cher. Ça n’a fondamentalement pas de sens. L’Union Européenne regarde particulièrement ce qui se passe sur le marché français, notamment à cause de Xavier Niel qui a révolutionné le roaming out. Les Français n’ont pas conscience qu’ils ont la téléphonie fixe et mobile avec le meilleur rapport qualité-prix au monde. La Commission Européenne veut étendre ces avantages à toute Europe. Du point de vue des télécoms, c’est une moins bonne nouvelle pour les opérateurs historiques. En réalité, il ne s’agit pas vraiment de la fin du roaming. La raison est simple : si je suis un opérateur italien et que demain tous les citoyens italiens peuvent se connecter partout en Europe sans lien avec leur pays, tout le monde va prendre un forfait téléphone polonais ou même chez Free qui a la meilleure offre d’Europe. Et alors l’Italien qui investit des milliards sur ses antennes ne peut plus les rentabiliser et donc il met des gens au chômage et met la clé sous la porte.

F.G : C’est pourquoi l’Europe place des gardes fous pour éviter la disparition du roaming de manière permanente. Pour éviter qu’un opérateur lituanien par exemple fasse un forfait à 2€ et acquiert des millions et des millions de clients au détriment des autres opérateurs d’Europe. Il n’aurait besoin que de quelques antennes dans son pays et se reposerait sur chacune des antennes des opérateurs dans chaque pays européen.

J-B.Q : Ce que veut la Commission Européenne, c’est la fin de l’abus des opérateurs, mais pas au point de supprimer totalement le roaming. La seule solution pour le supprimer serait qu’il n’y ait que 4 ou 5 opérateurs en Europe qui proposeraient des forfaits au même prix. Mais cela entraînerait la mort de tous les petits opérateurs et donc beaucoup de personnes se retrouveraient au chômage. C’est pourtant un scénario qui est actuellement envisagé par la Commission. Mais pour le moment, il n’y a pas de solution.

F.G : Ce que prévoit la loi qui sera effective en 2017, c’est qu’un touriste aura un accès à Internet en illimité durant un week-end à Venise. En réalité cet usage sera limité sur un nombre de jours dans l’année et/ou sur un volume de data sur l’année. Si on regarde le texte de la Commission Européenne de plus près, on se rend compte que quelque part est marqué quelque chose comme « dans un usage raisonnable à définir ». Pour le moment, c’est donc assez flou. Ce qui est sûr, c’est que l’accès à Internet ne sera pas réellement illimité, il y aura des limites. Après, cela satisfera sûrement 80% des gens. C’est dans le principe que c’est contestable.

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