Noël 2019. "Qu'est ce que tu veux pour ton Noël ?" "J'aimerais un petit débardeur rose ou bien une jupe fluo vert pomme." "Non, prends plutôt le spencer c'est plus chic." "Non non, je veux la jupe ou bien le chapeau à plumes, j'ai vu S3PO à la télé, ça lui allait super bien…" Un dialogue que vous aurez bientôt avec… votre robot compagnon ! Cette projection est le résultat de plusieurs annonces récentes concernant les robots compagnons.
Tout d'abord la première boutique de vêtements pour robot vient d'ouvrir au Japon. Mitsuru Numata et Rieko Kawauchi sont les premiers vendeurs de prêt-à-porter pour robots. Ils viennent d'ouvrir un site de e-commerce qui vend des accessoires et des tenues spécialement conçues pour le robot Pepper. Leur boutique propose une soixantaine de costumes et de vêtements comme un kimono rouge (150 €) mais aussi des bijoux, du maquillage… Il y avait déjà une boutique pour Roomba, l'aspirateur, qui proposait des tenues comme le tigre ou le lapin ou bien encore une tenue "sexy" de "french maid" avec petit tablier et dentelle.
Mitsuru Numata et Rieko Kawauchi sont les premiers vendeurs de prêt-à-porter pour robots.
A l'instar de nos amis les bêtes, nous allons voir fleurir des boutiques d'accessoires et de costumes pour robots. Mais le chien, lui, ne peut pas nous demander de lui acheter telle ou telle chose. Même s’il frétille de la queue quand vous lui offrez un cadeau, vous ne pouvez pas réellement savoir si c'est ce qu'il aurait voulu pour Noël ou pour son anniversaire. Alors que le robot, lui, peut vous le demander.
Parallèlement, "Hello Barbie", le dernier jouet "intelligent" de l'entreprise Mattel, a été mis en vente pour Noël. Dotée d'un micro et d'un haut-parleur, cette Barbie high-tech est capable d'écouter et d'enregistrer les voix humaines. Elle se connecte à internet via Wifi ou Bluetooth pour analyser les paroles afin de pouvoir répondre de façon intelligente. Un véritable dialogue s'instaure donc avec l'enfant : "Qu'est-ce que tu préfères à New York ? La nourriture, la mode, le tourisme ? - La nourriture. - Moi aussi, j'adore manger. Quelle nourriture préfères-tu ? - La nourriture italienne. - Je n'ai jamais goûté, il faudra que tu m'y emmènes".
En quoi cela concerne t-il le tourisme et plus largement le marketing ?
Un robot compagnon est pourvu d'une intelligence artificielle qui traite nos datas, c'est-à-dire l'ensemble des données collectées par la machine nous concernant : préférences alimentaires, lectures, préférences artistiques, sportives et bien sûr nos préférences en matière de voyages et de tourisme. Ce robot saura (presque) tout de nous grâce au big data. Comme le font déjà les moteurs de recherche ou plus récemment des bots comme SIRI, les algorithmes vont nous faire des suggestions. Déjà, quand ils cherchent sur Google vos devices sont orientés par les adwords, le ranking…. Quand on leur demande des suggestions, ils les font parmi un choix déjà prédéterminé par la localisation ou l'historique de vos recherches. Dans une publicité pour Siri, on trouve des exemples de ce que vous pouvez lui demander : "Trouve moi une pharmacie. Trouve une station essence sur la route. Où se trouve l'Apple Store le plus proche. Trouve-moi une bonne pizzeria. Je mangerais bien Chinois, trouve-moi un bon resto pour ce soir." Les réponses ne viennent pas de l’expérience du robot qui n'a pas goûté telle ou telle pizza, mais des choix prédéterminés par l’algorithme.
Les « r-prescripteurs » influenceront nos choix
Les robots compagnons deviendront donc des prescripteurs. Certes, ces prescripteurs ne sont pas revendeurs ; pourtant, ils influencent le choix des acheteurs. Ils sont à la croisée des chemins entre les clients finaux, les consommateurs et les industriels, fournisseurs de produits et services. Certes, ils n'achètent rien, ne revendent rien, ils conseillent simplement un produit ou un service plutôt qu'un autre et laissent au client le soin de prendre la décision finale.
Mais comment résister aux grands yeux de Buddy, à la petite bouille sympa de Pepper ou à ma meilleure amie Barbie ? Et en plus, ils ont l'air tellement vivant, ils vous parlent, tiennent une conversation qui parait sensée… donc quand votre robot compagnon vous demandera quelque chose, vous aurez réellement l'impression qu'il a "besoin" de cette chose. Et ce sera parfois vrai, quand il vous demandera de lui changer tel ou tel accessoire, comme sa caméra qui, trop ancienne, n'est plus adaptée : il en aura "besoin" pour être plus performant et vous rendre de meilleurs services. Ses suggestions auront un air de nécessité auxquelles vous ne pourrez pas dire non. Comment remettre en question une machine qui en toute vraisemblance en connaît plus que vous question technologie ? Ces « r-prescripteurs » joueront donc un rôle clé dans la décision finale.
Il va donc falloir faire de la publicité en direction des robots, leur proposer tel ou tel produit en fonction de la personne à qui ils appartiennent. Il y aura une double data, celle du robot qui vous connaît et emmagasine des informations sur vous et une autre en direction des moteurs de recherche, des mot-clés, des newsletters auxquelles le robot sera abonné ou qu'il consultera pour faire ses choix. Ce n'est plus la personne qui fera ses choix directement mais son robot qui lui suggérera un certain nombre de solutions.
Voici donc venue l'ère du R-Marketing
Et cela intéresse tout particulièrement les acteurs du Tourisme. Il va falloir faire rêver le robot pour qu'il vous choisisse vous plutôt qu'un autre. Il va falloir le convaincre et sûrement lui faire des avant-visites pour qu'il puisse recueillir des informations pertinentes qui lui permettront de devenir prescripteur auprès des futurs touristes. Nous pourrons donc avoir ce genre de conversation avec notre robot compagnon : "Je vous suggère de partir au Laguna Beach en Floride : il possède une magnifique piscine, des bains à remous dans chaque chambre et, en plus, il y a un festival de musique avec le groupe « robots bands » auquel je veux assister… "